25 moments de la vie de l’artiste mais sans la passion: Frans Masereel ressuscité plutôt que réinvesti par Voloj et Sulaiman

© Voloj/Sulaiman chez Casterman

Cinquante ans après sa mort, Frans Masereel, papa du « roman muet »… mais tonitruamment graphique, revient sous le feu des projecteurs mais toujours dans un noir et blanc cinglant. Sous un titre se référant à la première oeuvre, et déjà chef-d’oeuvre, du graveur, 25 images de la Passion d’un homme, Julian Voloj et Hamid Sulaiman marchent dans ses traces avec Frans Masereel-25 moments de la vie de l’artiste.

Résumé de l’éditeur : Né en 1889, Frans Masereel est un artiste belge, fortement marqué par les deux guerres mondiales. Pacifiste, antimilitariste, humaniste, il fréquente l’intelligentsia européenne de l’entre-deux-guerres, illustrant de son style inimitable des textes d’Emile Zola, Stefan Zweig, Thomas Mann… Ami du peintre allemand George Grosz, il commence à publier ses « romans en gravure » en 1918, en Suisse, et ne cessera, jusqu’à sa mort en 1972, d’utiliser la gravure sur bois comme moyen d’expression privilégié. Art Spiegelman a reconnu l’influence majeure du travail de Masereel dans la création de Maus.

© Voloj/Sulaiman chez Casterman

On n’exagérerait presque pas en disant que le texte du résumé ci-dessous en raconte plus sur l’homme à qui hommage est rendu ici que ce qu’on trouve dans les 320 pages de cet album. Certes, deux pages de postface par Julian Voloj amènent un peu plus de matière… mais, pour le reste, l’ensemble graphique a du mal à raconter quelque chose, au fil de l’Histoire et de la vie de l’artiste.

© Voloj/Sulaiman chez Casterman

Certes, je suis très mal placé pour parler de Masereel que je connais très peu et je comptais bien sur cet album pour m’ouvrir l’esprit sur cet artiste engagé et plein de relief, forgé par la vie et les expérimentations, fruit d’une époque guerrière contre laquelle il avait choisi l’art comme témoignage pacifique et humaniste.

© Voloj/Sulaiman chez Casterman

Il fallait bien un jour que le roman graphique rende hommage au papa du roman muet. Voilà donc Voloj et Sulaiman qui le font à l’économie de mots mais pas de dessins indigents, en gros plan, sous un trait très gras. À force de vouloir prolonger par le même caractère l’oeuvre de leur héros, les deux auteurs donnent l’impression d’être restés le nez dans le guidon, dans l’époque qu’il raconte, sans pouvoir en tirer la rétrospective qu’on attendait, la confrontation avec le monde d’aujourd’hui et ce que Masereel lui a apporté. C’est d’autant plus absurde qu’un scénariste allemand vivant à New York et un artiste franco-syrien avaient certainement beaucoup de leur expérience à y mettre. Mais, la lecture de cet album se passe comme s’ils avaient anesthésié leur vécu, leur personnalité pour faire corps et âme avec leur sujet, sans rien amener de plus qu’une biographie sans sens et sans ton. C’est ainsi qu’on voit l’artiste rencontrer des gens dont le lecteur lambda n’a jamais entendu parler, sans recontextualisation. Puis, surtout, si les images sont fortes, noires, elles se racontent pour elles-mêmes et peinent à former une histoire avec les autres. Inextricable.

 

À réserver aux puristes, et encore.

© Voloj/Sulaiman chez Casterman

Titre : Frans Masereel

Sous-titre : 25 moments de la vie de l’artiste

Récit complet

Scénario : Julian Voloj

Dessin : Hamid Sulaiman

Traduction de l’anglais : Basile Béguerie

Noir et blanc

Genre : Biographie, Expérimentation, Hommage

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 320

Prix : 22€

Date de sortie : le 02/03/2022

 

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