L’AVC et la rééducation du grand reporter Bruno Cadène en BD: silence radio, le courage et l’espoir parlent

© Cadène/Betaucourt/Perret chez Delcourt

Quand la vie bascule, l’histoire ne s’arrête pas. Grand reporter, amateur de foot et de géopolitique, voix de la radio française, Bruno Cadène ajoutait, en juin 2017, une nouvelle plume à son arc: la BD. Conjuguée à une autre de ses grandes passions, celui du rock, des Ramones. Dans une évocation de ces enfants terribles, le reporter trouvait en le scénariste Xavier Bétaucourt, un partenaire de choix. En juin 2017, pourtant, pas de fête jusqu’à pas d’heure pour célébrer cette entrée dans le Neuvième Art, Bruno Cadène avait subi l’inenvisageable quatre mois plus tôt: un AVC. De quoi bousculer tous les projets d’une vie, d’une famille, mais saisir le sens du combat intérieur, encore plus impressionnant que celui extérieur.

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Résumé de l’éditeur : Un soir de février, la vie de Bruno Cadène bascule : il est victime d’un AVC. À 54 ans, le journaliste doit réapprendre à marcher, à parler… Kinés, orthophonistes, neurologues et spécialistes se succèdent. Galina, son épouse, semble parfois découragée par la faiblesse de ses progrès. 36 mois d’acharnement, jusqu’à la victoire : son retour au travail.

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Il faisait le petit matin le lendemain et pourtant il était encore dans son bureau, surprenant ses collègues de le voir encore là si tard. Des reportages pour la semaine suivante à préparer. Presque 20h, il rentre, fait glisser le verrou (celui qui le poursuivra très longtemps et à qui il pensait devoir la mort, en faisant barrage aux secours), un bon disque, une aspirine, un verre de rouge, de quoi se détendre. Et tomber là. Avec comme seul mot au téléphone, sortant de sa bouche noyée de salive, un « Aaaah! » qui hurle son état de détresse.

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Commence alors un voyage. De Suresnes à Divio, puis d’est en ouest, en espérant retrouver la Maison ronde, France Inter. Ce en quoi Bruno Cadène croit fermement, malgré les désespoirs de sa femme, totalement à son service, endurant les baisses de moral face à un mari qu’elle croit inconscient par moments. Comment espérer, au fur et à mesure que les mois s’égrainent, retrouver le confort de vie et les folles péripéties d’avant 2017?

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Pour ce deuxième album BD, d’ores et déjà remarqué, c’est toujours en compagnie de Xavier Bétaucourt, comme au temps des Ramones, que Bruno Cadène raconte ce sujet qui le tient à coeur, et au corps, et à l’esprit. Exemple parmi tant d’autre qu’il faut être obstiné dans la simplicité. C’est à Olivier Perret, fidèle collaborateur de Bétaucourt également, qu’est revenue la tâche de figer ses instants de douleurs et d’espoir, avec une moitié du corps qui dit merde à l’autre et un cerveau qui peine à faire parvenir les ordres aux membres. Notamment cette main droite qui jusqu’au bout restera récalcitrante. Et cette locution atteinte, à tel point que faire une phrase est pendant longtemps mission impossible, balbutiements. Mais à force.

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Pendant 120 pages, le lecteur se retrouve pris entre physique et mental. Car la pensée, la réflexion de Bruno, elles, semblent fonctionner comme avant. Finalement, par rapport à d’autres albums qui ont tendance à tout expliquer de l’envers du monde médical, des diagnostics posés et des traitements, et le font parfois très bien, le trio d’auteurs reste quasi intégralement focalisé sur le ressenti de leur patient et de son entourage. Quitte aussi à mettre en avant l’incertitude des médecins. Un convalescent n’est pas l’autre. Alors, Bruno y croit, pas après pas, même s’il faut désormais des heures pour faire le tour d’un quartier qui ne prenait que quelques dizaines de minutes. Et qu’il lui faut se mettre sur Whattsapp pour commenter les élections de part et d’autre de l’Europe. Stimulation et acharnement, quitte à en avoir à revendre pour sa famille, courageuse mais peut-être moins endurante que lui, et à enfin vaincre les démons. Comme ses portes qui doivent rester ouvertes, même au petit coin, de peur qu’un verrou n’entrave la survie.

© Cadène/Betaucourt/Perret chez Delcourt
© Cadène/Betaucourt/Perret chez Delcourt

Si ce ne sont les voiles d’un lit d’hôpital qui le noient au début, le Bruno de papier est mu dans le plus strict réalisme, qui passe aussi par la répétition de scènes mais jamais gratuite ni facile, sans fantaisie, sans onirisme. Là aussi, c’est un choix payant. Silence Radio aurait pu être le verdict de cet accident de santé, il n’en a jamais rien été. Bruno et ses compères sont là pour en témoigner.

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Titre : Silence radio

Sous-titre : 36 mois pour me relever d’un AVC

Récit complet

D’après le vécu de Bruno Cadène

Scénario : Bruno Cadène et Xavier Bétaucourt

Dessin : Olivier Perret

Couleurs : Paul Bona

Genre : Biographie, Récit de vie

Éditeur : Delcourt

Nbre de pages : 120

Prix : 15,95€

Date de sortie : le 23/03/2022

Extraits : 

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