Cadène, Betaucourt et Cartier dans l’intimité de Dee Dee, l’âme damnée des Ramones, à la recherche de « quand ça a merdé »

Du rock, au-delà des radios (spécialisées), la BD en regorge depuis des années déjà. D’une adaptation des musclés Shaka Ponk à tous les dessins rock que Serge Clerc a pu réaliser en passant par la mini-clopédie de Jacques de Pierpont et Hervé Bourhis, la BD est de plus en plus habile à mettre des mots et des dessins sur les notes. Encore plus quand celles-ci sont aussi phénoménales que catastrophées, qu’il y a du relief. Et du relief et des mésaventures, l’histoire des Ramones, considéré comme le premier groupe, n’en manque pas.

Recherches © Éric Cartier

Résumé de l’éditeur : Années 70. Le rock s’ennuie. Quatre jeunes paumés vont lui donner un nouveau ton. L’histoire du groupe est racontée du point de vue de Dee Dee Ramone, âme emblématique du quatuor punk, bassiste et parolier des titres, inspiré par ce qu’il vivait : la drogue, l’angoisse, le désespoir, la prostitution.

© Cadene/Betaucourt/Cartier chez Futuropolis

Pour fonder un groupe mémorable dans l’histoire du rock. Être quatre garçons dans le vent ? Testé, approuvé puis éprouvé. Être frères ? Les Gallagher se sont chargés de prouver que l’esprit de famille, c’est peine perdue. Et être des faux-frères ? Les Ramones ont bien essayé d’anoblir l’expression mais rien n’y a fait, leur aventure pionnière dans un monde du rock qui commençait à lasser, s’est émoussée et à exploser. Pour en faire un mythe.

© Cadene/Betaucourt/Cartier chez Futuropolis

Celui-là même auquel Bruno Cadène (grand reporter et journaliste pour Radio France, et désormais coscénariste d’un premier album de BD) et Xavier Bétaucourt (qui, la dernière fois, nous comptait la folle histoire toute aussi rock’n’roll du grand A) s’attaquent en compagnie d’Éric Cartier (habitué aux destins de planches). Pourtant, loin de se résoudre au traitement plan-plan d’une histoire humaine qui y aurait gagné en monotonie malgré l’énergie protubérante du band, le trio a trouvé son prisme en Dee Dee Ramone (alias Douglas Glenn Colvin), la plus damnée des âmes des Ramones qui quittera le groupe définitivement en 1989. Et peut-être aussi le regard le plus intéressant, intérieur comme extérieur, sur cette fantastique et néanmoins tristounette page du rock.

© Cadene/Betaucourt/Cartier chez Futuropolis

Il faut dire qu’ils étaient totalement irrécupérables, et pourtant… en alliant leurs forces (plus loin que la schizophrénie de l’un, l’immaturité d’un autre, l’esprit caïd d’un troisième et de l’asociabilité du dernier) et en changeant d’identité, ils allaient créer une musique absolument récupérable puisqu’elle traverserait les décennies et qu’elle est, encore aujourd’hui, citée à foison lorsqu’il s’agit de parler punk. Au-delà de son exubérance, c’est dans son intimité, son intériorité que se glissent les trois auteurs décelant le mal-être et la déroute, touchant à la guerre des égos qui indubitablement vient avec le succès.

© Cadene/Betaucourt/Cartier chez Futuropolis

« J’pourrais pas dire quand ça a merdé« , c’est ainsi que commence cet album après les compliments de John Peel et Chuck Berry à l’égard du groupe. Et le tourbillon infernal (mais aussi phénoménal) de souffler de plus en plus. Des espoirs, des rancoeurs, des déconvenues, la célébrité mais le manque, surtout. Pourtant Dee Dee (celui qui disait avoir « laissé le business nous pousser à bout, (…) un système qui contrôle la rébellion pour en tirer du profit, un peu comme le font les barons de la drogue ») ne pouvait pas cauchemarder pire que sa vie d’avant.

© Cadene/Betaucourt/Cartier chez Futuropolis

Celle de ses treize ans, dans la base américaine de Pirmasens, dans l’Allemagne de l’est. Nous sommes en 1964, et les choses vont de mal en pis pour Doug. Fuck l’école et sa vie de famille, son père mort saoul en continu et sa mère (cette « sale pute d’Allemande » dixit son père qui ne se retient jamais d’user de sa ceinture, martyrisant autant la mère que l’enfant) qui tente de tenir la barre. Résolument, il n’y a que ses escapades dans les bois et autour des bunkers, les trésors nazis qu’il trouve et ce cinéma qui va lui offrir sa plus belle découverte (le « Hard day’s night » des Beatles) pour le sortir de cette drôle de vie. C’est à ce moment-là que, comme Paul McCartney, Doug va devenir Dee Dee et que la première ligne de la légende des Ramones va être jetée pour la postérité.

Couverture refusée © Cartier

Un souvenir qui trotte encore dans la tête du Dee Dee quadragénaire. Celui que Cadène, Bétaucourt et Cartier vont suivre dans ce qui ressemble à une 25ème heure, la dernière cigarette d’un condamné, une promenade après laquelle rien ne sera plus pareil. À Buenos Aires, en 1996, quelques heures avant l’ultime concert des Ramones en Amérique du Sud, quelques semaines avant le tout dernier concert tout court. Cela fait sept ans que Dee Dee, à bout d’anorexie, de drogue et d’antidépresseurs, a quitté le groupe. Et si celui-ci a perdu gros, il n’a pas non fait de cadeau à celui qui n’est pas pour autant redevenu Douglas pour la cause : il n’a même pas reçu de ticket pour ce soir-là. Ainsi, la promenade dans cette ville ébouillantée par le concert mémorable à venir se poursuit, à travers les souvenirs et les époques. Musicale mais surtout humaine, entre la difficulté de cette vie de route (en avion, en ambulance « le meilleur van pour les tournées » ou en belles voitures) et ce qu’on prend pour faire passer la pilule.

© Cadene/Betaucourt/Cartier chez Futuropolis

En noir et blanc mais pourtant fort à distiller les couleurs de l’orage et de la rupture, Éric Cartier prouve, s’il en était besoin, tout son talent à mettre en scène les destins chahutés du rock, fort en expressions et dosant superbement réalité et caricature. De quoi rencontrer l’exigence du scénario de Cadène et Bétaucourt qui mettent une histoire (en lettres de rock, de rage et d’épique) sur des chansons entendues et réentendues mais dont les plus jeunes ont peut-être zappé d’où elles venaient. Cet album, c’est du solide. De quoi donner envie de ressortir la discographie de ces enfants terribles et de prêter encore un peu plus attention à leurs paroles, et surtout à celles de Dee Dee.

Titre : One two three four Ramones

Scénario : Bruno Cadène et Xavier Bétaucourt

Dessin : Éric Cartier

Noir et blanc

Genre : Biopic, Musique

Éditeur : Futuropolis

Nbre de pages : 96

Prix : 20€

Date de sortie : le 08/06/2017

Extraits : 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s