
Alors que les super-héros français se comptent encore sur les doigts de deux mains (et allez des pieds aussi), oscillant entre parodie et vraie volonté de rivaliser avec les super-héros masqués et en slip d’Outre-Atlantique, les deux Golden moustachus Julien Josselin et Valentin Vincent se sont associés à l’intenable Grelin pour fonder l’univers de l’invraisemblable… Trousse Boy ou l’Homme-Trousse!
Résumé de l’éditeur : Après avoir perdu les fournitures d’une trousse maudite, Elliott libère une vague de super-pouvoirs parmi les élèves de son collège. Dès lors, une bande de super-vilains, avec à sa tête le terrible Effaceur, prend le contrôle du bahut en faisant disparaître les élèves rebelles. Forcé de s’associer à Maddie, qu’il déteste, Elliott va devoir récupérer les objets magiques des mains de ses ennemis s’il veut pouvoir refermer la trousse et annuler la malédiction… Enfin, ça, c’est s’il pige comment marche son pouvoir…
Un compas, un rapporteur, un effaceur, un fluo… Quand on y repense, c’est vrai que nos plumiers (je vous parle d’un temps qui existait bien avant qu’ils soient troqués contre des écrans et des claviers) en contenaient des super-pouvoirs. Capables de rattraper les erreurs, de mettre en exergue des mots à retenir, de prolonger la pensée.

À l’heure des multivers, faire glisser la tirette de la trousse, c’est s’assurer une infinie de possibilité, pour créer ou démonter. Pour un auteur de BD, en premier! C’est lui le premier des héros! Et dans cet univers de super-héros scolaire et insoupçonné, les scénaristes n’ont d’ailleurs pu s’empêcher de jouer sur le langage BD, s’en moquant un brin quand le texte dit parfois la même chose que l’image, que certains n’arrivent pas à choisir entre l’un et l’autre et risquent d’être pompeux. Quand après une scène de nuit vient le matin, et qu’un cartouche dit le lendemain. Cash, les deux nouveaux venus dans la BD commencent à apporter un regard neuf désopilant qui n’entrave en rien le spectaculaire de leur récit.

Dans le grand bain du Neuvième Art, on n’en finit plus de compter plus que jamais les transfuges venus d’autres industries médiatiques : Youtube, Instagram et autres mondes où la folie, l’ingéniosité et la créativité posées sur un budget rikiki font parfois le même boulot que des superproductions. Alors imaginez avec un crayon (ou une palette graphique) dans les mains qui fait que tout est possible, des effets spéciaux à moindre coût, pourvu qu’on trouve le bon metteur en images. Avant d’aller dans le second degré, Julien Josselin et Valentin Vincent font donc dans le premier en remplaçant la piqûre de l’araignée par celle d’un porte-mine. J’y vois déjà un hommage à ces dessinateurs qui, d’une feuille blanche, créent tout, la puissance et l’émotion, le drame ou la comédie.

La mise en abyme est là, légère, mais le divertissement aussi, complètement assumé là où il aurait pu passer pour kitsch. Sur un pitch ridicule, mais c’est aussi le savoir-faire français de partir de canevas tel (regardons Imbattable, pour prendre un autre justicier de BD, mais aussi les films de Quentin Dupieux ou même de la Bande à Fifi) pour les rendre costauds et crédibles. Et c’est ce qui arrive quand Elliott, le leader de la cour d’école qui jusque-là aimait écraser ses sbires pour se grandir, se retrouve poussé dans ses retranchements car, en cherchant un porno, il a trouvé la trousse de son frère, cadenassée et enchaînée, mis dans une boîte qui est dans une boîte qui est dans une boîte au grenier (comme ces malédictions jetées au plus profond de l’océan) et réveillé le démon. Mais c’est après avoir négligé ce qu’il prenait pour un vulgaire objet qu’il prend conscience de sa douleur. Il se métamorphose. Et les autres qu’il brimait et laissait vivre dans son ombre, prennent le pouvoir, chacun héritant d’un pouvoir en fonction de l’instrument scolaire sur lequel il a jeté son dévolu.

Référencé, ce Trousse Boy inattendu fait avant tout son propre chemin, cinématographique mais sans perte de valeur du dessin et de sa capacité à susciter l’action et le fantastique, le déluge de gestes mais aussi de mots. Quand une onomatopée vous transperce le coeur ou casse des barreaux de chaise, ou des portes. Grelin trouve là un terrain de jeu fantasque et habité entre les différentes tendances du Neuvième Art (comics, manga, franco-belge) et fait claquer tout ça. Force parachevée par les couleurs tranchées, osées parfois que le dessinateur a endiablées. Les vidéastes se révèlent excellents bédéastes. Une surprise de taille et vive.


Ce premier tome aurait dû sortir il y a deux ans. Le tome 2 (sur 2) est prévu pour le 7 septembre. Cette histoire épique du quotidien fait déjà des émules.
Série : Trousse Boy
Tome : 1
Scénario : Julien Josselin et Vincent Valentin
Dessin et couleurs : Grelin
Genre : Horreur, Fantastique, Jeunesse, Super-Héros
Éditeur : Glénat
Nbre de pages : 80
Prix : 16,95€
Date de sortie : le 27/04/2022
Extraits :
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