Satanas et Sandoval : en enfer ou dans les chairs, intime et externe, deux albums au spectacle intense et sensoriel, pour publics avertis

© Sandoval chez Daniel Maghen

Une patte folle (pas un handicap, bien au contraire) envoûtante et une efficacité redoutable. En l’espace de quelques mois, le Mexicain, installé à Paris, Tony Sandoval nous a offert deux spectacles très différents mais intégraux: Oscuro en rosa dans l’imprévisible collection Porn’Pop de Glénat et Volage en compagnie de Stephen Desberg aux Éditions Maghen. Les deux pour un public averti.

© Sandoval chez Glénat

Volage – Chronique des enfers : un Evil Dead dont les héros sont les pires crapules

© Desberg/Sandoval chez Daniel Maghen

Résumé de l’éditeur : Un homme se réveille dans un étrange paysage. Il est sous terre et les lumières sombres, rougeâtres, ne lui laissent pas de doute sur l’endroit où il est. Cet homme s’appelle Ian McGilles et il s’est réveillé en Enfer. ​Qu’a-t-il fait pour mériter cela ? McGilles partage sa prison avec plusieurs autres captifs, habitués du lieu, qui ne tardent pas a se présenter. Des criminels de guerre, des personnages historiques et des tueurs en série qui ont cent fois mérité leur place en ce lieu. Cette inquiétante assemblée lui fait part d’un projet auquel ils veulent l’associer : il s’agit ni plus ni moins que de s’évader de l’Enfer. Les fugitifs sont Fegelein, un criminel de guerre nazi, Gesualdo, prince compositeur et meurtrier, Locuste, l’empoisonneuse de la Rome antique, Anne Bonny, la pirate sans merci ou encore Jack l’éventreur, autrefois habitué à d’autres bas-fonds. Quittant les profondeurs et les labyrinthes encerclés de lave, McGilles et ses compagnons gagnent la surface et sont pris en chasse par le gardien des Enfers, celui dont il est dangereux de seulement prononcer le nom : L’Équarrisseur et sa meute de chiens enragés. Pour lui échapper, ils rejoignent une caravane peuplée d’animaux fantastiques destinés à être sacrifiés. Dans une cage, une femme-oiseau retient l’attention de McGilles. Elle s’appelle Volage.

© Desberg/Sandoval chez Daniel Maghen

Dans un décor rougeoyant, chauffé à blanc, c’est une énigmatique créature qui nous fait face, avec un nombre incalculable d’ailes et mille nuances dans le regard: peur et tristesse, douleur et paix, abnégation et résilience. Preuve s’il en est besoin, en une image, de l’étendue de l’art et des significations qu’y met  Et comme même au purgatoire, il peut y avoir de l’espoir… ce nouvel univers fantastique et, a priori délétère, qui va comme un gant à Sandoval.

© Desberg/Sandoval chez Daniel Maghen
© Desberg/Sandoval chez Daniel Maghen

Dans cette ligue des gentlemen et women patibulaires qui rejoint les Dix petits nègres, cet Evil Dead qui a croisé Mad Max, dans un vaste huis clos qui éparpille les horreurs et les monstres mais paraissant sans issue pour retourner à la vie, Stephen Desberg offre donc à son héros, anonyme jusqu’ici, une sacrée bande de méchants, très différents les uns des autres mais réconciliés pour faire force commune et espérer ressusciter plutôt que de croupir là, flagellés pour l’éternité.

© Sandoval chez Daniel Maghen
© Sandoval chez Daniel Maghen

Dans cet enfer qui fait perdre le nord et n’en finit plus de convoquer des âmes damnées, Desberg a pensé un infernal décor que Sandoval obscurcit et illumine à l’envi et l’infini avec profondeur et un sens démoniaque de l’action, carnassière et n’offrant pas de seconde chance (ou de troisième, si on admet que ce gang de mauvais qui veut échapper aux plus mauvais, vit là sa deuxième). Au-delà des deux personnages centraux, il est dommage de voir que ces immortelles figures monstrueuses et cauchemardesques, érigées en héros pour sauver leur peau, ne soient pas plus creusées. J’aurais aimé en savoir plus sur la version imaginée par Desberg qui les cantonne finalement au rôle de faire-valoir. Pour le reste, cette histoire doit surtout aux pulsions de Sandoval, son art du spectacle et de la poésie même dans la plus sainte des horreurs, évacuée ici de toute notion religieuse.

© Sandoval chez Daniel Maghen
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Oscuro en rosa : le temps des vacances, la fin de l’innocence

© Sandoval chez Glénat

Résumé de l’éditeur : Au terme d’une journée printanière, sur les rives sauvages d’un point d’eau marécageux, Gloria s’est surprise à tomber dans un étonnant songe érotique. Un homme étrange, albinos, lui est apparu, comme émergeant des flots, arrivant nu. Ensemble, ils ont fait l’amour et de cette relation éphémère n’est resté à Gloria qu’un souvenir brumeux ainsi qu’une étrange excroissance au niveau de l’entrejambe : un nouvel appendice s’apparentant à un pénis rose. Cette transformation a éveillé en elle de nouveaux désirs et Gloria vit ces changements comme une nouvelle existence. Les bouleversements dans son corps altèrent sa relation au monde et rendent son quotidien bien plus excitant qu’auparavant…

© Sandoval chez Glénat

Céline Tran l’avoue d’emblée: elle n’a pas forcément compris au premier abord où Tony Sandoval voulait en venir avec cet autre « amour à la plage ». Moi aussi, j’ai l’impression de ne pas avoir eu toutes les clés à la première lecture de cet album déboussolant et décoiffant, allant d’une facette à l’autre de l’émoi amoureux, sexuel. Le terrien et l’aérien. L’extra-terrien, aussi. La noirceur et la « roseur ». Les pratiques du passé, patriarcales, et le présent des êtres libres d’être qui ils veulent. Peut-on être complet si on n’a pas reçu d’amour? Psychologiquement et physiquement. Dans ce décor en puzzle, passant des roseaux au sable, de la mer à la rivière, des adultes aux enfants, Tony Sandoval nous immisce dans la métamorphose de Gloria, l’initiation mais aussi l’envie de faire ses armes et de vivre ses extases, sans perdre de tête sa quête, et cette disparition  qui la touche.

© Sandoval chez Glénat
© Sandoval chez Glénat

Ce changement, qu’elle maîtrise autant qu’il lui échappe, Tony Sandoval fait travailler les sens de son lecteur pour l’appréhender. Avec forcément cet argument qui pourrait faire rire, voire moquer: un vit qui pousse (quitte à devenir un rêve, une chimère) dans l’entrejambe de celle qui est pourtant une femme en puissance, qui s’affirme en tant que telle, Tony Sandoval réussit pourtant, sans tout expliquer, à réussir une oeuvre à la pornopoésie exaltante et porteuse. Quelque part entre Del Toro et le Splice de Vincenzo Natali, mais avec la grammaire extraordinaire et sensitive de Tony Sandoval. C’est superbe, moins choquant qu’engageant, ôtant des habits mais aussi des tabous.

© Sandoval chez Glénat
© Sandoval chez Glénat

Titre : Volage

Sous-titre : Chronique des enfers

Récit complet

Scénario : Stephen Desberg

Dessin et couleurs : Tony Sandoval

Genre : Fantastique, Horreur, Survival

Éditeur : Daniel Maghen

Nbre de pages : 144

Prix : 25€

Date de sortie : le 18/02/2022

Extraits : 

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Titre : Oscuro en Rosa

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Tony Sandoval

Genre : Drame, Ésotérisme, Fantastique, Initiatique, Porno

Éditeur : Glénat

Collection : Porn Pop

Nbre de pages : 112

Prix : 24,95€

Date de sortie : le 25/08/2021

Extraits : 

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