Uchronie politique qui sonne comme un coup de poing : Le brun et le rouge de Michèle Cotta et Robert Namias

C’est plus qu’un livre. Ce thriller politique est une projection dans le temps, dans une France qui s’est choisie comme présidente la leader du parti d’extrême droite : la France d’Abord. À quelques mois des élections présidentielles de 2022, cette fiction est tellement réaliste qu’elle ne vous laissera pas un instant en paix. Et c’est peu de le dire. Lu en trois jours, j’y ai laissé mes nuits. Non pas que je les ai passées à lire mais que mon cerveau ne pouvait s’empêcher de retourner seul dans cette France repliée sur elle-même, dans cette France des interdits, dans cette France où la liberté de la presse n’existe plus, où les immigrés sont parqués dans des camps et maltraités, où les assassinats politiques sont devenus la norme. C’est un véritable coup de poing qui vous laisse KO sur place et qui vous donne la pleine mesure de ce que pourrait être demain si l’on n’y prend pas garde. À lire absolument.

Résumé de l’éditeur : « Nous sommes en 2025, dans une France qui a politiquement tout essayé. Mais les échecs successifs de tous les bords ont fini par conduire les Français à un choix radical et sans précédent : c’est Charlotte Despenoux, la jeune dirigeante du parti d’extrême-droite La France d’Abord, qu’ils ont installé à l’Elysée.

Après s’être alliée avec l’extrême gauche, la nouvelle présidente prend bientôt prétexte de l’assassinat de l’une de ses plus proches collaboratrices pour provoquer de nouvelles élections et s’arroger tous les pouvoirs. d’autoritaire, le régime devient policier et engage une implacable répression contre ce qu’il reste d’opposition.

Partis politiques, syndicats et associations interdits, presse muselée, arrestations massives … : ce roman raconte les trois années noires (2025-2028) d’une France qui, en quelques mois, a basculé dans le fascisme… »

Michèle Cotta et Robert Namias sont journalistes. Elle a été présidente de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, directrice de l’information à TF1 et directrice générale de France 2. Lui a notamment été le directeur général adjoint de TF1 et chargé de l’information, président et directeur de la rédaction de Nice-Matin.

Ce livre devrait être obligatoire avant d’autoriser les gens à voter. Il devrait être lu dans les classes, débattu au sein des familles… Il devrait être l’outil indispensable à toute formation des citoyens. Et pourtant, si l’on parle d’obligation, on entre de plein pied dans ce qu’il dénonce. Alors, plutôt que de prôner l’obligation, nous vous le conseillons fortement.

C’est une fiction qui relate une France historique qui s’est choisie un destin différent. Les auteurs utilisent des élections gagnées honnêtement par le parti d’extrême-droite pour installer au pouvoir cette présidente d’une certaine France. Évidemment qu’on ne peut s’empêcher d’y voir le parallélisme avec la survenue d’Hitler au pouvoir en 1933. Et c’est bien cela qui installe ce récit dans une vraisemblance que l’on ne peut nier. La France, comme l’Allemagne à l’époque, est en quête d’identité. Réclame à manger, revendique le droit de se chauffer, de vivre sans pauvreté. Et cela sonne furieusement juste à nos oreilles…

Et plutôt que de manifester sur les ronds-points ou de casser les vitrines dans les rues, ce peuple-là décide d’élire Charlotte Despenoux, tête de file du parti La France d’Abord. Un nom qui sonne furieusement comme le « Make America Great Again » d’un autre populiste. Ses promesses de campagne sont alléchantes et son physique inspire confiance. Comme un air de Marion Maréchal, elle est la petite fille du leader d’extrême droite et sa jeunesse et sa blondeur ne sont pas menaçants. Elle lisse le discours, axe l’ensemble de sa campagne sur les problèmes sociaux et les solutions qu’elle compte apporter. Et la première année suivant son élection, elle respecte ses promesses. Montée du RSA, allocations de logement, aide aux démunis, élévation du salaire minimum. Bref, le peuple est heureux et lui donne 80% de majorité aux élections municipales. C’est la voie royale pour installer sa politique.

Et c’est donc une politique d’interdiction, de restriction, d’exclusion qui se met en place. Une politique d’extrême-droite la plus extrême.

Le point de vue intelligent de ce livre est le fait que le lecteur n’est pas à côté du peuple, mais à côté de cette jeune présidente fraîchement élue et baignée, depuis son plus jeune âge, par les idées nauséabondes de son grand-père. Elle est plus modérée, mais sa politique reste celle d’une dictature extrême. La France aux blancs, la France aux français… C’est exactement ce qu’elle met en place.

Et le plus dérangeant dans cette histoire, c’est qu’au début le lecteur comprend cette mise en place progressive d’un régime autoritaire. Puisqu’on chemine avec la présidente, lorsqu’un obstacle se pose devant elle, afin de l’empêcher de mener à bien ses objectifs pour le pays, on comprend qu’elle élimine l’obstacle. La presse la critique et agite l’opinion, elle muselle la presse. Ce sont des empêcheurs de tourner en rond, il faut juste lui laisser le temps de voir ses objectifs sociaux se réaliser et le peuple sera heureux. c’est pour le bien de la France.

Le déficit se creuse sans cesse à cause de nouvelles largesses politiques, faisons des économies. Et ces économies, on va les faire là où le peuple sera le moins touché. Pourquoi continuer à financer l’immigration, à verser des allocations à des étranger qui refusent de retourner dans leur pays et qui n’apportent aucune valeur ajoutée par le travail au pays. Regroupons-les dans des lieux qui permettent de contrôler leurs mouvements sur le territoire et raccompagnons-les dans leurs pays respectifs.

Et c’est parce que les auteurs nous offrent le point de vue de la présidence de plus en plus retranchée derrière les murs de l’Elysée, que le lecteur accepte des idées contre lesquelles il s’offusquerait en temps normal. Et c’est bien cela qui questionne. C’est cela qui vous poursuit la nuit. Car ce récit ne m’a laissé aucun repos. Je me réveillais en alerte, avec cette impression d’enfermement, de contrôle permanent, de liberté perdue à jamais, d’insouciance envolée… Et cela remet en perspective les discours haineux que l’on peut voir se généraliser dans l’espace publique.

Les références à d’autres ouvrages du style (1984 de George Orwell pour ne citer que lui) sont présentes mais la vraie différence ici, c’est le point de vue de narration.

C’est passionnant, c’est réaliste, c’est remarquablement écrit. Un livre à lire absolument, à faire lire et à débattre.

Auteurs : Michèle Cotta et Robert Namias

Titre : Le brun et le rouge

Editions : J’ai lu

Sorti le 2 février 2022

382 pages

Prix : 8,30 €

 

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