
Et si, en 2022, vous vous offriez l’agenda de 2020. Pas vierge, annoté et dessiné par l’un des excellents dessinateurs que compte le monde belge du Neuvième Art: Olivier Grenson. Bien en vue en 2021, avec la Fée assassine fresque familiale et déchirée composée avec sa femme, Sylvie Roge, et la réédition de son chef-d’oeuvre, La douceur de l’enfer (tous les deux chez Le Lombard), l’auteur a aussi attendu la fin de l’année pour livrer un petit bijou, repéré par les éditions Kennes: Le nageur solitaire. L’agenda d’une réalité suspendue.

Résumé de l’éditeur : « Jour après jour… Le premier janvier 2020, j’ai décidé de réaliser chaque jour un dessin dans mon agenda. Pas de plan, pas de scénario, juste une situation et le même personnage, curieux d’une exploration silencieuse et émerveillée. Il existait sommairement fin 2019 et je l’appelais le nageur solitaire. Le vendredi 13 mars 2020, le monde semblait s’arrêter. Pour beaucoup, il s’arrêtait vraiment. Les rendez-vous annulés, le confinement, les interdictions, les obligations, le « plus rien », la solitude, le rapport au temps chamboulé. Ce combat contre un ennemi invisible a changé notre quotidien. Dans un agenda devenu inutile, le Nageur Solitaire a pris tout son sens. Les jours passent, les dessins se suivent, un récit se dévoile. 2020 est devenu une année historique, une année hystérique. »
À lire aussi | Sylvie Roge et Olivier Grenson dans l’intimité bouleversante d’une fée assassine: « Nous manquions de recul, le lecteur pas. »

L’instinct du créateur, c’est fou ce qu’il vous conduit à faire, à imaginer et à pressentir. Parce que quand Olivier Grenson commence son oeuvre, ce cadavre exquis qui n’appartient qu’à lui, et ceux qui l’inspireront (avec des clins d’oeil, des citations…), nous sommes aux prémisses de 2020. Une année comme une autre qui basculera sous l’effet d’un sacré virus que, 22 mois plus tard, nous n’avons toujours pas terrassé. Si certains ont vu leur vie être suspendue, catégorisée entre essentiel ou non-essentiel, le petit bonhomme avec qui notre auteur avait décidé de passer son année ne s’est pas démonté.

En crawl, en brasse, suivant le courant ou à contre-courant, s’envolant même, de plages en villes, il a tenté de vivre sa meilleure vie dans ce monde incroyable, insoupçonné, tantôt grave tantôt loufoque, parallèle au nôtre.

Little Nemo de l’ère 2020, le nageur solitaire a été conçu dans l’éphémère et dans la durée. En prêtant vie quotidiennement à son petit héros le temps d’une année, qu’il n’imaginait pas si chahutée, Olivier Grenson se rêve dessinateur de presque et ne naviguant pas à vue, il réussit un faux agenda fou, sensible et créatif (car oui, sur ces pages lignées et datées, Olivier Grenson se détache du format BD, lorgne vers l’Oubapo pour créer le mouvement et la séquence sans plus besoin de case mais en se faisant copain avec les marges grisées des week-ends ou les pages d’éphémérides). Dans l’esprit de Magritte. Entre pensées, citations, poésie et faits réels, l’auteur réussit là un beau voyage, à lire d’une traite ou à picorer, sur la temporalité de sa création. Un livre résolument pas comme les autres, un agenda indéfini, pas un invendu et sans date de péremption, dans lequel, sans écrire, on peut tout de même investir l’encre de nos vies. On passe par tous les sentiments et toutes les sensations.


Titre : Le nageur solitaire
Récit complet
Scénario, dessin et couleurs : Olivier Grenson
Genre : Fantastique, Initiatique, Onirisme, Surréalisme
Éditeur : Kennes
Nbre de pages : 400
Prix : 32€
Date de sortie : le 03/11/2021
Extraits :





















