Quelqu’un à qui parler, Cabot-Caboche : des vies de chien, humaines ou canines, prises entre doutes et rêves, hier et demain et la Panaccione universelle

© Panaccione chez Le Lombard

Aidé par de bons récits à adapter, en quelques semaines, ce n’est pas moins de deux romans graphiques géniaux que Grégory Panaccione a fait paraître. Chez Le Lombard, d’abord, c’est sur le roman de Cyril Massarotto que l’auteur complet a jeté son dévolu pour faire dialoguer un homme ayant intériorisé le fait qu’il était un looser avec l’enfant qu’il était. Puis, chez Delcourt, Grégory retrouve l’univers canin, qui lui allait si bien dans Toby mon ami, pour mettre en images et en musique le Cabot-Caboche de l’excellent Daniel Pennac. Tout un programme, riche en émotions.

© Panaccione chez Delcourt

Quelqu’un à qui parler : allô, à qui ai-je l’horreur? « Moi devenu grand »

© Panaccione chez Le Lombard

Résumé de l’éditeur : Samuel broie du noir. Et il y a de quoi ! Il est célibataire, vit dans un petit appartement sous un toit de Paris et se morfond dans un travail qui ne le passionne pas… Seul chez lui le soir de son anniversaire, Samuel s’amuse à appeler le seul numéro qu’il connait par coeur, celui de sa maison d’enfance. À sa grande surprise, quelqu’un décroche : lui-même. Le petit Samuel, 10 ans, qui rêve d’être footballeur, de voyager et d’écrire des romans pour impressionner les filles… Comment garder la tête haute quand on doit avouer à l’enfant qu’on était qu’on n’a réalisé aucun de ses rêves ? Il est temps pour Samuel de reprendre sa vie en main…

© Panaccione chez Le Lombard

Elles ne sont pas évidentes à tenir les promesses qu’on se fait à soi-même quand on est enfant. Je serai ceci… et surtout pas cela… et patati et patata. Et puis patatra. Car les circonstances de la vie, du monde du travail et des relations humaines qui se testent et s’éprouvent au petit bonheur la chance, font parfois qu’on se désillusionne et qu’on se contente d’être là plutôt que d’exister. On déguste !

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Samuel est devenu un robot, téléguidé par le métro-boulot-dodo qui a eu sa peau et ses rêves. Alors, lors d’une divagation, ce pauvre réconfort, sans trop y croire et alors qu’on est en perte de vitesse, il arrive qu’on retourne faire un tour du côté de chez soi. Chance, il y a chez Samuel, un ancestral téléphone, comme on n’en voit plus beaucoup à l’heure du tout sans fil, sur lequel il s’amuse à composer le numéro de la maison familiale. Naturellement, il y a belle lurette que plus personne, du moins personne qu’il connaisse, n’y vit plus, mais peut-être s’imagine-t-il que quelqu’un va lui répondre. Et la magie opère un jour où le moral est encore plus en berne que les autres.

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Samuel lui répond ! Mais un Samuel qui a dix ans et une imagination débordante pour imaginer de quoi sera fait son futur. Que Samuel-le-grand ne peut que compromettre en lui racontant comme il s’est enfermé dans la monotonie, le désarroi le plus complet. Mais le petit ne lâche pas l’affaire, quitte à se faire le psychothérapeute actif et revendicatif de cette part de lui qui a bien grandi… et régressé. Naturellement, il y aura plusieurs séances faites de tout le sel et le sucre de la vie, avec des engueulades et des souvenirs, parfois désagréable et qui ne laissent pas indemnes. Le Samuel contemporain va même tenter d’influencer le comportement de son cadet pour contourner le premier destin et induire une nouvelle vie. Cela fonctionnera-t-il? Toujours est-il que le plus gros boulot qu’il ait à faire, c’est sur lui, à l’heure actuelle. Mais le garçon et l’adulte peuvent s’aider mutuellement, trouver des clés.

© Panaccione chez Le Lombard

Il y a parfois des livres qui sont adaptés alors qu’ils se suffisaient à eux-mêmes, parce que les images ne servent à rien à côté des mots précis et imagés, parce que l’adaptateur n’a pas de vision. C’est tout l’inverse qui se produit ici. Grégory Panaccione n’a pas son pareil pour mettre sa curiosité et sa passion dans cette histoire qui gagne progressivement en couleurs et en épaisseur. De l’ambiance morne et de la grise mine des débuts, Grégory fait oeuvre de transition pour éclairer le visage de son héros malheureux et le convaincre d’habiter de toute sa personnalité son monde et celui de son « petit-frère ». Entre les doutes et les envies, l’échappée est belle et le duo part en classe verte pour retrouver aussi la puissance naturelle de tous les possibles et permis. Au sommet de l’arbre pour mieux voir l’horizon, aussi bref que soit finalement ce moment d’échange téléphonique, le tandem vit et nous fait vivre une multitude d’aventures fortes, intimes et universelles. Voilà un album dont on ne se défera jamais tant il nous apporte tellement.

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Cabot-Caboche : chien-chien quotidien, une gueule d’atmosphère

© Panaccione chez Delcourt

Résumé de l’éditeur : Jugé trop laid pour être adopté, le Chien est traité comme un vulgaire déchet, laissé pour mort dans une décharge. Gueule Noire, une vieille chienne qui vit là, lui vient en aide. Son principal conseil ? Trouver au plus vite une maîtresse et, surtout, bien la dresser ! Pomme sera sa maîtresse. Mais cette petite fille a un solide caractère et va s’avérer particulièrement difficile à apprivoiser…

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Une décharge à ciel ouvert, constituée de bric et de broc et même, depuis quelque temps, de masques buccaux : voilà un terrain de jeu qui va bien cinq minutes mais pas toute une vie de chien ! Surtout quand la nourriture vient à manquer, au milieu des pneus et des meubles qui continuent d’arriver, sur ce bord de mer crasseux. C’est pourtant là que commence l’histoire du Chien, en tout cas. Balancé aux oubliettes mais sauvé par une ange gardienne nommée non pas Joséphine mais Gueule Noire, le regard fou, usé, par des années de survie mais capable encore d’apprendre celle-ci à un héritier.

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Même si un chiot, c’est mignon, le Chien n’a pas été gâté, selon l’avis des experts de la beauté. Mais pourquoi n’aurait-il pas sa chance? Commence alors un road trip de la côte sauvage (dans le mauvais sens du terme, vous l’aurez compris, car colonisé par les poubelles de l’Homme) vers la ville. « C’est comme tout, il y a du bon et du mauvais », a-t-on prévenu notre héros à quatre pattes et dont les yeux se disent merde l’un à l’autre. Mais le petit bâtard a du courage à revendre, peut-être aussi de la naïveté. Et de l’amour de la vie, des siens et des humains, malgré eux.

© Panaccione chez Delcourt

Tour à tour libre ou se plaisant à être le chien de quelqu’un, Pomme cette peste par exemple, Chien donne un autre angle de vue sur l’existence tourbillonnante, vociférante, capable du meilleur comme du pire, de ces prédateurs en puissance que sont les êtres humains. Pendant près de 130 pages de ce monde de sensations de tous poils, baroudeuses, chouchoutée ou mal peignées, Grégory Panaccione livre un travail incroyable pour incarner ce petit chien moche parfois confiant ou perdu dans un monde de fous.

© Panaccione chez Delcourt

De coups de pied en caresses réconfortantes (venues parfois de ceux qui matériellement ont le moins à donner), le Chien se laisse toujours porter par les rencontres et les amitiés d’un jour ou de toujours. Avec des chats aussi, responsables d’un bordel magnifique et jouissif dans une séquence-clé de ce roman graphique, lui aussi, magistral. Une ode à la résistance aux jours sombres et à la résilience, à trouver sa place dans ce monde. Avec un si petit chien difforme, dans les pas de maître Pennac, Panaccionne réussit un album bourré de sens et de réflexions, riche d’expériences et de différences.

© Panaccione chez Delcourt

Titre : Quelqu’un à qui parler

Récit complet

D’après le roman de Cyril Massarotto

Scénario, dessin et couleurs : Grégory Panaccione

Genre : Comédie dramatique, Fantastique, Initiatique Psychologique, Romance

Éditeur : Le Lombard

Nbre de pages : 256

Prix : 22,50€

Date de sortie : le 26/08/2021

Extraits : 

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Titre : Cabot-Caboche

Récit complet

D’après le roman de Daniel Pennac

Scénario, dessin et couleurs : Grégory Panaccione

Genre : Animalier, Comédie dramatique, Initiatique

Éditeur : Delcourt

Nbre de pages : 128

Prix : 19,99€

Date de sortie : le 03/11/2021

Extraits : 

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