Stephen Desberg explore les drames de son arbre généalogique dans le Paris occupé : aimer pour deux et réussir à être libre pour soi

© Desberg/Van Der Zuiden

Après tant de récits d’aventure, de héros forts dont il cherche les faiblesses, Stephen Desberg s’est, depuis quelques albums (sans laisser tomber un Scorpion, par exemple), recentré, concentré sur son histoire de près (c’est ici le cas) ou de loin personnelle. Là où il y a des êtres faibles qui se cherchent des forces et font surgir le drame dans la vie d’autres qui cherchent juste à être libres. Dans Aimer pour deux, en compagnie d’Emilio van der Zuiden (avec qui il a signé Les Anges d’Auschwitz, aussi inspiré de son passé familial), Stephen se rapproche un peu plus de lui et les siens.

© Desberg/Van Der Zuiden/Alquier chez Grand Angle

Résumé de l’éditeur : Monique a 20 ans et ne rêve que de s’émanciper. En 1941, elle débarque dans un Paris occupé et découvre l’euphorie de la capitale. Elle fait la connaissance de Francis, l’épouse sur un coup de tête et donne naissance à Nicole. Mais Monique cherche à comprendre comment elle doit aimer sa propre fille, cette enfant innocente qui la prive de sa liberté… À la Libération, Monique rencontre un officier américain et découvre le grand amour. Pour vivre sa passion, la jeune femme décide de renoncer à tous ses droits sur sa fille et l’abandonne à son père.

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Après leur incursion dans le plus terrible des camps de la mort, Auschwitz, c’est de l’autre côté du miroir hanté par l’Histoire que Desberg et van der Zuiden nous entraînent. L’histoire de Monique, de son dilemme, commence pourtant à la Libération (mot suprême pour une héroïne qui n’aura de cesse de chercher sa liberté) de Paris, en la signature d’un papier qui divise en deux la femme qu’elle est, son coeur. L’enferme. Lui refuse le droit d’être amoureuse à nouveau et maman à la fois. Francis veut bien divorcer si et seulement s’il obtient la garde exclusive de leur enfant. Cruel. Mais peut-être Monique croit-elle en sa chance de retrouver Nicole un jour ou l’autre, pas trop lointain ?

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Toujours est-il que les auteurs remontent d’abord le temps pour comprendre comment le couple a pu en arriver là, à cette signature déshumanisante. Au-delà des apparences. Il a fallu danser et endurer une aventure humaine et intime, sociale et historique pour en arriver là. Dans les pas de Monique qui a peut-être la vie devant elle mais que l’Occupation allemande oblige à avancer au jour le jour. À profiter et à se méfier, car les apparences peuvent être trompeuses dans ce Paris cosmopolite mais polarisé entre la peur de Monsieur et Madame-Tout-Le-Monde et le sentiment de puissance des nazis et assimilés. Il n’y a que face aux bombes, lâchées depuis le ciel, que tout le monde est vulnérable.

© Desberg/Van Der Zuiden/Alquier chez Grand Angle

Mais comme Monique a l’âge et la beauté qu’il faut, cela lui vaut d’être courtisée, d’un côté comme de l’autre, pour collaborer ou résister, pénétrer le monde interlope et jazzy qui entend faire continuer la fête, car c’est une manière de combattre la morosité et d’amener l’espoir. Dans la foule incertaine, Monique découvre un pianiste, un peintre, une beauté fatale (y compris peut-être pour elle-même), un premier amour qui sera vite père et un second amour.

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Tissant le docu-fiction par son fil autobiographique, Stephen Desberg signe un album intime et universel, bouleversant mais restant debout pour affranchir et réaliser le destin et la vie libre de son héroïne. Emilio van der Zuiden va chercher plutôt les complicités que la violence et l’horreur de l’oppression. Dans l’esprit de la Ligne Claire et le souci du détail et de la reconstitution, le dessinateur réussit à nous mettre avec ses personnages.

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Par contre, comme beaucoup d’albums ces derniers temps, ce récit bénéficie aussi d’une édition de luxe noir et blanc et grand format. Le grand format peut amener de l’intensité dans la plongée dans cette guerre d’il n’y a même pas cent ans, mais le noir et blanc est cruellement négocié, déforçant complètement, par sa trame grise, l’aura et les couleurs de cette histoire. Les personnages y ont perdu en qualité de vie et d’esprit. Tout cela est bien norme et n’encourage vraiment pas à la lecture. Un coup (marketing) manqué pour Grand Angle qui est en général plutôt lucide.

© Desberg/Van Der Zuiden/Alquier chez Grand Angle

Titre : Aimer pour deux

Récit complet

Scénario : Stephen Desberg

Dessin : Emilio Van Der Zuiden

Couleurs : Fabien Alquier

Genre : Biographie, Drame, Histoire

Éditeur : Grand Angle

Nbre de pages : 80 ou 88 (version deluxe noir et blanc)

Prix : 16,90€ ou 29,90€

Date de sortie : le 29/09/2021

Extraits : 

 

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