Violence intrafamiliale : se fracasser contre un murmure mais trouver la voix pour fissurer le mur

D’un murmure à une onde de choc. Action ou vérité. Les jeux des enfants sont parfois faussement naïfs et peuvent réveiller des monstres. C’est ce que démontrent les Danois Morten Dürr et Sofie Louise Dam dans Comme un murmure. Un album qui commence dans l’amusement d’une jeunesse a priori insouciante mais qui va se muer dans la gravité. Là où l’esprit de groupe n’est pas toujours a priori un remède aux solitudes.

© Dürr/Dam chez Jungle

Résumé de l’éditeur : Véra et ses amis jouent souvent au téléphone arabe, un jeu qui consiste à se dire une phrase dans l’oreille que chacune répète à l’autre pour qu’à la fin celle-ci ressorte mais souvent de manière déformée. Anna, une de leurs amies va un jour murmurer à l’oreille de Véra « ma mère me frappe », cela la laissera sans voix. Mais les murmures ont parfois besoin d’être dits tout haut pour être écoutés. C’est le chemin que fera Véra pour défendre Anna, même s’il est parfois difficile d’être entendu.

© Dürr/Dam chez Jungle

Le jeu des murmures, c’est un jeu au doux nom, poétique, pour quelque chose qui peut noyer dans le flux des chuchotements, qui tronquent les paroles. Le jeu des murmures, c’est ce qu’on appelle plus populairement le téléphone arabe. De bouche en oreille, le sens des mots est travesti et c’est pourquoi ce jeu de société sans dé ni pion fait la part belle aux phrases basses de plafond. On ne se creuse pas la nénette, on dit ce qui nous passe par la tête et on s’amuse à voir comment tout cela mute en une phrase souvent What The Fuck. Mais si, à la base, quelqu’un trouvait là l’occasion de dire ce qu’elle ne peut pas dire en public, une douleur qu’elle retient trop longtemps. C’est ce qu’Anna va faire, en dépit des apparences, prenant Véra comme seule témoin alors que la succession des joueurs transforme déjà tout bas son cri existentiel, le fait passer à la trappe de nos oreilles sourdes : « ma mère me frappe ».

Allié des jeunes dans un monde tempétueux, comme on a pu le voir dans Ivalu, Morten Dür se place cette fois dans un milieu universel, le chemin entre la maison et l’école, où l’on est tenté d’oublier ses maux sauf s’ils sont trop importants et que les camarades de classe peuvent, volontairement ou non, enfoncer le couteau dans la plaie.

© Dürr/Dam chez Forlaget

Comme un murmure, c’est une leçon de courage de part et d’autre, pour s’affranchir de la peur mais aussi des proches qui diront à la potentielle sauveuse que ce qu’elle a entendu n’est qu’une histoire d’enfant, qui rend intéressant, et que la maman d’Anna, elle est bien sous tous les rapports. Anna, ment-elle ? Les adultes aiment parfois encore moins entendre la vérité que les enfants.

Comme un murmure, c’est aussi une relation qui s’installe à distance, muette et invisible, parce qu’Anna aura l’impression d’avoir déclenché la tempête et que peut-être elle aurait dû se taire. D’abord. Mais après, peut-être, si son choix de coeur, la personne à qui elle a choisi de confier son secret et son malaise, s’avère être le bon, poindra l’éclaircie.

© Dürr/Dam chez Jungle

Dans l’amour et la haine, la honte aussi, Morten Dürr construit un récit tendu et fort, dans un univers neutre pourtant, où il faut être attentif pour voir ce qui défaille. C’est la force de Sofie Louise Dam, faire simple mais précis dans l’étude des attitudes que les membres de cette classe vont adopter. Avec peu de couleurs, mais bien choisies, l’auteure trouve le circuit, en aller-retour, entre déni et compréhension, jusqu’à une fin bien trouvée, en miroir mais avec un rayon de soleil, tout ouïe et toutes mains soudées.

© Dürr/Dam chez Jungle

Un ouvrage de sensibilisation avec un vrai scénario, un vrai échange, loin de ce qu’on voit souvent de facile dans ce genre de livre. En fin d’album, une fiche explicative s’adresse aux jeunes francophones qui pourraient rencontrer des problèmes et voir leurs droits bafoués. Avec les numéros à retenir pour joindre les services dédiés: le 103 (en Belgique), le 116 000 (au Luxembourg), le 119 (en France), le 147 (en Suisse) et le 418 661-3700 ou le 1 800 463-4834 (Québec).

© Dürr/Dam chez Jungle

Info bonus, il est question que cette BD bénéficie d’une adaptation en série animée.

Titre : Comme un Murmure

Titre VO: Hviskeleg

Récit complet

Scénario : Morten Dürr

Dessin et Couleurs : Sofie Louise Dam

Traductrice : Catherine Renaud

Genre : Drame, Jeunesse

Éditeur VF: Jungle

Éditeur VO : Forlaget Plot

Nbre de pages : 76

Prix : 13,95€

Date de sortie : le 03/06/2021

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