Sur plusieurs plans mafieux ou amoureux, Le Sarde peut-il parvenir à ce que le monde tourne un peu plus rond comme un ballon de football?

C’est une incursion dans la mafia mais aussi dans les coulisses peu reluisantes du football que Loulou Dedola et Lelio Bonaccorso nous offrent avec le Sarde. En couverture, dans la collision des décors et des actions, un homme en blanc se détache. Blanc mais aux noirs desseins et prêt à tout pour arriver à ses fins. Pas tellement par faim mais parce qu’il n’a pas tout digéré d’un passé qui l’a forgé dans la douleur.

© Dedola/Bonaccorso chez Glénat

Résumé de l’éditeur : À Lyon, Giacomino, surnommé « le Sarde », tient un restaurant branché. Homme de confiance de la mafia calabraise, cette activité n’est en réalité qu’une couverture pour ses activités criminelles internationales, qu’il sait dissimuler avec une habileté frisant le grand art. Mais si tout semble aller pour le mieux dans sa vie de gangster solitaire, Giacomino cache une blessure profonde. Et alors qu’un jour, il surprend un jeune joueur en train d’effectuer une figure dont son frère avait le secret, Giacomino prend le petit génie en affection, il réussira à le faire entrer dans un centre de formation grâce à ses relations avec le club de l’Olympique Lyonnais. Mais le Sarde qui n’avait aucune attache est désormais vulnérable, et son jeune protégé en danger de mort…

© Dedola/Bonaccorso chez Glénat

Avant toute chose, je tenais à vous dire qu’une fois encore j’ai été inspiré de ne pas lire le résumé donné en quatrième couverture et sur le site de l’éditeur, tant il spoile à mort les deux-tiers de l’album et livre l’une des clés de cette intrigue bien plus intime qu’il n’y paraît. Raison pour laquelle j’ai épuré le résumé présent ci-dessus.

C’est ainsi sans rien connaître de l’histoire que j’allais lire que j’ai été intégré à ce milieu fait de messes basses ou fortes (pour peu que le volume de la télé soit au maximum pour surplomber les discussions portant sur les prochains coups). Le Sarde, Giacomino Fara, est arrivé haut. Dans la mafia locale qui cherche à mettre au tapis ses concurrents, les Siciliens, cet homme au costume blanc impeccable, soupçonnable quand il se balade dans les quartiers très populaires de sa ville, a réussi à devenir un homme de confiance, une tête bien pensante pour que le mal se répande : drogue, paris truqués… Le tout allié à d’autres activités en façade qui rachète sa respectabilité : studio d’enregistrement, céréales…

© Dedola/Bonaccorso chez Glénat

Pourtant, là où les micros de son organisation ne portent pas, avec son homme de main, Giacomino semble préparer son évasion de ce système, non sans avoir tout fait péter. Raison personnelle ou volonté d’être calife à la place du calife? Toujours est-il que depuis que son regard a capté un moment furtif, sa tête est désormais hantée par des flashs, des petits joueurs de foot plus que prometteurs dans une bourgade où tout, pourtant, est cadenassé. La drogue ne suffit pas à calmer la violence des maux et le vertige d’un passé qui n’a pas été soldé. À l’heure où Le Sarde met méticuleusement en place sa stratégie infernale sur ce jeu d’échecs où il veut faire chuter le roi, cette faiblesse mentale et morale ne vont-elles pas jouer les trouble-fête.

© Dedola/Bonaccorso chez Glénat

Quel que soit le milieu, les plus forts, quitte à en être perfides, sont ceux qui se déconnectent de leurs émotions, mais pour combien de temps ? Peut-on vivre une vie, un règne, sans éprouver de l’amour, de la tristesse… sans chaleur ? En une centaine de pages menées comme des bolides Fast & Furious, le chanteur, écrivain et désormais bédéaste Loulou Dedola et Lelio Bonaccorso nous font vivre une histoire désenchantée dans un monde de désenchantement par excellence, même si tout brille. Mais la confrontation aux rêves d’enfants peut-elle changer les choses, vaincre les destins contrôlés par les marionnettistes qui ont vite fait de mettre votre peau en sursis.

© Dedola/Bonaccorso chez Glénat

Nous perdant d’abord dans des enjeux qui nous dépassent, les deux auteurs se rapprochent de l’intime, avec leur héros au cuir dur mais pourtant profondément brisé à l’intérieur. Et si la cruauté est bien installée, autant que les complots qui se jouent dans l’obscurité, Lelio Bonaccorso (loin du trait à l’oeuvre dans À bord de l’Aquarius ou le tout récent Chez nous – Paroles de réfugiés) privilégie un trait rond, entre comics et Disney, pour que cette histoire se livre comme un dessin animé, tambour battant, dans un découpage qui glisse toujours plus vers l’issue cinglante.

Dommage, pourtant, dans cette histoire bien fichue et jouant de ressemblance pour créer la surprise, les auteurs semblent avoir été pris de court et de temps et livrent une dernière partie assez brouillonne et expéditive, floue dans son exécution. Mais avec une note d’espoir, qui laisse croire que le monde des pourris n’a pas toujours le dernier mot et ne peut pas toujours étrangler les mômes et leurs rêves.

© Dedola/Bonaccorso chez Glénat

Anecdote, pour des raisons de droits, sans doute liés à l’utilisation du club Olympique Lyonnais, l’album a failli être interdit peu après sa sortie. Il n’en a rien été.

Titre : Le Sarde

Récit complet

Scénario : Loulou Dedola

Dessin : Lelio Bonaccorso

Couleurs : Alessandro Buffa

Genre : Drame, Thriller

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 104

Prix : 19€

Date de sortie : le 17/02/2021

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