Guerre, horreur teenager ou western noir s’envolent en fumettti chez Paquet : Sans-Âme, Creepy Past et Deadwood Dick

Ils sont bien les Suisses, au carrefour des cultures et des frontières, de quoi leur permettre de piocher et picorer çà et là des oeuvres mémorables pour les amener ailleurs. Le foot excelle dans les transferts mais les Éditions Paquet ne sont pas en reste. En ce début d’année, les Italiens, notamment issus du catalogue de Sergio Bonelli Editore (pouvant compter sur les plus grands personnages de la BD italienne, comme Zagor, Dylan Dog, Tex, mais aussi une production propre de nouveautés), se font ainsi un peu plus de place chez Paquet. Dans des styles très différents.

Creepy Past 1 © Di Gregorio/Enna/Rigano/Dottori chez Paquet

Deadwood Dick, sombre héros des hautes plaines, très moderne

Deadwood Dick 1 © Masiero/Mastantuono chez Paquet

Résumé de l’éditeur : Nat Love, jeune Noir plus connu sous le nom de Deadwood Dick, manque de se faire lyncher parce qu’il a osé regarder une Blanche. Afin de sauver sa peau, il s’engage dans l’armée et devient l’un des soldats noirs du 9e de cavalerie US. Il affrontera la vie de caserne avec courage et abnégation, jusqu’au jour où retrouvera face à une troupe d’Apaches sur le sentier de guerre !

Deadwood Dick 1 © Masiero/Mastantuono chez Paquet

Adapté de nouvelles de Joe R. Lansdale, elles-mêmes inspirées des aventures vraies de Nat Love, voilà Deadwood Dick réincarné en BD par Michele Masiero et Corrado Mastantuono. Après tout, Lucky Luke a bien eu droit à sa confrontation avec un shérif afro-américain dans son dernier album, pourquoi ne pas réinterpréter celui qui fut l’un des plus fameux cowboy du late-western. Deadwood Dick, c’est un homme multi-facettes. Un esclave érudit, capable de lire et écrire, d’exprimer avec verve ses sentiments et ses tribulations, qui, la guerre de Sécession n’ayant pas annihilé le racisme ni résolu la condition de misère des Noirs, devra prendre son destin en main. D’autant plus qu’il est chassé après un regard mal placé sur la croupe de la femme d’un cowboy qui à la gâchette facile. Fuir ou être pendu, Deadwood Dick a vite choisi.

Deadwood Dick 1 © Masiero/Mastantuono chez Paquet

Caractère bien trempé contre caractère bien trempé, le jeune homme va vite apprivoiser (enfin elle ne l’est jamais trop) cette carne de Satan, se faire des amis et intégrer la cavalerie de Fort McKavett, un endroit bien perdu où on n’a plus vu d’Indiens depuis longtemps et où la vie militaire s’écoule tranquille. Ici, tous les cow-boys sont noirs, si ce n’est le chef, le Colonel Hatch.

Deadwood Dick 1 © Masiero/Mastantuono chez Paquet

Dans un long flashforward remontant le temps à partir d’un duel sans issue avec un Apache, c’est le début des exploits de Deadwood Dick qui nous sont contés ici, entre moments de franche camaraderie, fuite, recherche d’un but et quelques grandes scènes d’action. Naviguant entre roman noir et western, Joe R. Lansdale (interviewé dans le cahier bonus du présent premier tome) ne cache pas avoir usé pleinement de sa licence artistique. S’il y a dans son héros du Nat Love, forcément, il y a aussi mis de Bass Reeves (le héros justement du dernier Lucky Luke), du Buffalo Bill et du Wild Bill. De quoi intégrer les grands faits historiques de l’Ouest et donner de l’épaisseur à un héros qui, s’il publia son autobiographie, aurait sans doute été nébuleux à suivre s’il avait fallu tenir compte des failles et des trous dans le texte. La démarche est donc pleinement encadrée et on peut se laisser porter dans ces récits avant tout de fiction, corsée dans les mots par la sacrée personnalité de son héros.

Deadwood Dick 1 © Masiero/Mastantuono chez Paquet

Aussi loin soit-il et a-t-il vécu, Deadwood Dick est un vrai héros des années 2020. Comme il raconte sa propre histoire, est bavard et ne recule jamais devant aucune digression, le cavalier a carte libre dans le texte et adopte un langage cru et imagé, boueux et bouseux, très réjouissant. D’autant plus qu’il sait qu’il est regardé, lu, il a conscience de sa condition de personnage de papier, alors il en profite, il en rajoute. On a l’habitude de ce processus dans les films, les drames modernes, mais cela reste assez rare en BD, encore plus dans un récit s’implantant dans une époque révolue, il y a près de 150 ans. Bref, c’est frais (enfin pas toujours) et cette intimité trouvée avec ce personnage est assez salvatrice, entre complicité, confiance et l’art de se faire prendre au piège. Car forcément, en tant que lecteur, on met en doute ce qu’il peut dire.

Deadwood Dick 1 © Masiero/Mastantuono chez Paquet

Surprenant, cet album l’est, créant des situations périlleuses quand on ne les attend pas et semant le calme là où on attend l’explosion. D’autant plus qu’il y a des illusions, des effluves d’alcool ou de déshydratation, qui mettent la méfiance à mal, parfois, ou la place mal. Dans ce premier album, Noir comme la nuit, Rouge comme le sang, Michele Masiero et Corrado Mastantuono recréent vraiment le personnage de Lansdale, en révèlent ses origines, ses forces et faiblesses. On sait d’où il vient, du trou du cul du monde mais pas de nulle part.

Deadwood Dick 1 © Masiero/Mastantuono chez Paquet

Dans un noir et blanc clair, torride parfois, propice à créer la nuit où tout va changer et où Deadwood Dick va comprendre que rien n’est un jeu, que la mort guette comme ces Indiens qu’on pensait disparu, Corrado réussit une oeuvre flambante, sanglante, de bonne facture pour osciller entre l’ultra-réalisme et l’humour graphique. Quelques cases sont parfois moins percutantes, mais dans l’ensemble le dessinateur ne tremble pas et réussit une belle cavalcade, proche de ses héros, sans jamais être à bout d’imagination.

Deadwood Dick 1 © Masiero/Mastantuono chez Paquet

Notons que ce premier album sera suivi de deux autres (chaque tome étant une histoire complète) mettant en selle d’autres auteurs : Maurizio Columbo et Pasquale Frisenda (Entre le Texas et l’enfer) ainsi que Mauro Boselli et Stefano Andreucci (Black Hat Jack).

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Sans-Ame, un peu plus encore à chaque combat

Sans-Âme 1 © Vietti/Enoch/Alberti/Mossa chez Paquet

Résumé de l’éditeur : Une troupe de mercenaires redoutés, vivant de pillages et de batailles sanglantes. Les « Sans-Âme ». Que vient faire un jeune noble parmi ce ramassis de canailles et de tueurs ? Au plus fort du combat, il fera ses preuves et méritera les « fils d’or », symbole de l’appartenance au clan. Mais bon sang ne saurait mentir, et notre héros aura bien du mal à s’adapter aux mœurs de ses compagnons d’arme.

© Alberti

Senazima, en italien, ça peut sonner charmant, joyeux. Il n’en est rien. Senazima, ça veut bien dire ce que ça veut dire : Sans-Âme. Si la lecture ci-dessus était malgré son noir et blanc assez chaleureuse et sèche; celle-ci, faite de couleurs, fait ressentir le grand froid, l’humidité ensanglantée, celle qui peut régner aux enfers même si on les dit ardents. D’ailleurs, ici, dans ce pays imaginaire mais manifestement loin d’être merveilleux (on pense aux rafles vikings, notamment), s’il pleut parfois, l’incendie est lui aussi bien présent.

Sans-Âme 1 © Vietti/Enoch/Alberti/Mossa chez Paquet

Dès la première planche, le geste du « Puceau », du « gamin », est franc, sa lame brise le casque de fer de son opposant et transperce sa caboche. Le vol des corbeaux noirs s’intensifie, qu’a fait ce jeune homme pour se retrouver sur ce champ de bataille, ce charnier. Manifestement, dans ce clan auquel on accède en tuant et en gagnant son fil d’or, la composition mercenaire est hirsute: un Cannibale, un Troll,  un Capitaine, un Sans-Visage, La Charogne, Avedis l’elfe…

© Alberti
© Alberti

S’ils ne veulent pas s’écrouler, ils doivent tuer. À n’importe quel prix ? Sans doute. Mais notre nouveau venu, dans cette guerre dont on ne voit pas le but et les motifs, a peut-être encore une âme, et va être tiraillé entre ce qu’on attend de lui ou ses propres pulsions, moins ravageuses que juste humaines.

Sans-Âme 1 © Vietti/Enoch/Alberti/Mossa chez Paquet

Dans cette initiation au goût de l’enfer, parfois en avant, parfois à reculons, Luca Enoch et Stefanio Vietti (au scénario), Mario Alberti (au dessin, avant qu’il ne s’attaque au Mur, série mémorable chez Glénat) et Andres Mossa (aux couleurs) livrent une partition dantesque. S’il faut se faire au dessin sacrifiant parfois la précision à l’action, l’ambiance et la fulgurance, n’est tiré d’un bout à l’autre de ce premier album (quatre autres sont prévus) qui ne dit pas son contexte mais jouit d’un casting assez improbable pour nous titiller et nous inciter à aller plus loin. D’autant que le guerrier le plus fragile, le plus moqué, est peut-être aussi le plus moral, capable par son envie de faire le bien en terres du mal de faire pencher la situation d’un côté ou de l’autre. L’avenir nous le dira.

Sans-Âme 1 © Vietti/Enoch/Alberti/Mossa chez Paquet

Deuxième tome, le 21 avril, avec cette fois, au dessin, Ivan Calcaterra.

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Creepy Past, une institution pour soigner le sommeil… et nourrir les démons ?

Creepy Past 1 © Di Gregorio/Enna/Rigano/Dottori chez Sergio Bonelli

Résumé de l’éditeur : Les légendes urbaines ne sont pas que des légendes… Quelque chose de malsain et de très dangereux peut se cacher dans l’ombre… Derrière les troubles du sommeil de Qiro, derrière les excursions nocturnes d’Ester, derrière les murs aseptisés de la fondation REM, derrière les rumeurs qui courent sur Internet… se trouvent quelques vérités !

Creepy Past 1 © Di Gregorio/Enna/Rigano/Dottori chez Sergio Bonelli

« À onze heures, les grilles sont fermées, c’est le couvre-feu. À minuit, le silence doit régner. La nuit est faite pour dormir au cas où tu en douterais. » Même ce lieu plutôt paradisiaque en apparence la journée se transforme en écueil à cauchemars, la nuit. Troisième et dernier album de cette sélection avec Creepy Past qui nous fait encore changer de genre et s’adresse à un public moins averti (mais peut-être impressionnable) que les deux précédents. Dans Creepy Past, place aux jeunes lecteurs, aux teenagers moins insouciants qu’avant et pouvant être en prises à des terreurs nocturnes.

Creepy Past 1 © Di Gregorio/Enna/Rigano/Dottori chez Paquet

Pas de panique, la fondation REM et sa technologie sont là pour régler tous les problèmes pouvant être liées la nuit inconnue et aux mauvais rêves auxquels elles donnent lieu. Acouphènes, visions fantaisistes, mythomanie, ronflements… Mais qui sait, peut-être que les cauchemars sont moins imaginaires que tapis dans l’ombre de ce qu’on imagine être l’éveil, le réel.

Creepy Past 1 © Di Gregorio/Enna/Rigano/Dottori chez Paquet

Toujours est-il que Qiro est l’un des nouveaux patients de cet institut dont le premier contact est un savant un peu fou qui l’invite à porter un casque jour comme nuit et le second une guide intraitable, entre deux eaux calmes et tempétueuses. Esseulé dans cette prison qui ne dit pas encore son nom, le jeune héros dont le sommeil est peuplé d’un monstre stephenkingien qu’il ne veut pas avouer, va faire connaissance avec quelques comparses souffrant eux aussi de maux bien handicapants… à moins qu’ils ne se révèlent être de vrais atouts, des pouvoirs surnaturels pour affronter l’horreur.

Creepy Past 1 © Di Gregorio/Enna/Rigano/Dottori chez Paquet

Avec du Burton sous perfusion (on pense, dans le graphisme de quelques monstres, à Mr Jack ou les créatures de Miss Peregrine et les enfants particuliers) et quelques autres références, Giovanni Rigano surfe d’un extrême à l’autre sur le scénario proposé par Bruno Enna et Giovanni Di Gregorio (qu’on a vu signer le premier scénario des Soeurs Grémillet), pour proposer des héros au design gentil, rond comme on en trouverait dans des Disney submergé par une vague d’épouvante toutes dents dehors. Touchant la poignée des mondes parallèles ou confondus, les auteurs réussissent là un premier épisode intriguant et attirant, ode au slasher et aux jeux vidéo, aux démons infernaux.

Mais, sous les couleurs tranchées d’Alessandra Dottori, ces 60 planches répandent peut-être trop de mystères que pour que le lecteur s’y retrouve. Peut-être aurait-il fallu envisager des double-albums ? Enfin, cela dit, les deux premiers tomes (sur six, alors qu’Alberto Zanon prendra le relai de Giovanni Rigano dès le troisième) sont parus en même temps, le 13 janvier dernier. Le troisième, lui, est sorti le 24 mars dernier.

Bref, une belle entrée en matière, qui n’a pas peur de faire peur !

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Série : Deadwood Dick

Tome : 1 – Noir comme la nuit, Rouge comme le sang

D’après les nouvelles de Joe R. Lansdale et la vie de Nat Love

Scénario : Michele Masiero

Dessin : Corrado Mastantuono

Traducteur : Roma Paris London

Noir et blanc

Genre : Roman noir, Western

Éditeur VF : Paquet

Éditeur VO : Sergio Bonelli

Collection : Wanted

Nbre de pages : 128

Prix : 13,50€

Date de sortie : le 03/02/2021

Extraits : 

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Série : Sans-Âme

Tome : 1

Scénario : Stefano Vietti et Luca Enoch

Dessin : Mario Alberti

Couleurs : Andres Mossa

Traduction : Roma Paris London

Genre : Fantasy, Guerre

Éditeur VF : Paquet

Éditeur VO : Sergio Bonelli

Nbre de pages : 64

Prix : 12€

Date de sortie : le 20/01/2021

Extraits : 

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Série : Creepy Past

Tome : 1 – Tapi dans l’ombre

Scénario : Giovanni Di Gregorio et Bruno Enna

Dessin : Giovanni Rigano

Couleurs : Alessandra Dottori

Traduction : Roma Paris London

Genre : Fantastique, Horreur, Jeunesse, Psychologique

Éditeur VF : Paquet

Éditeur VO : Sergio Bonelli

Nbre de pages : 64

Prix : 12€

Date de sortie : le 13/01/2021

Extraits : 

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