Bertier allume le « feu.E » et vous invite à marcher sur les braises

Après avoir sorti « Dandy » sur le thème de l’eau en 2015 et « Anna & Roby » en 2017 qui nous parlait de l’air, Bertier nous revient en force avec feu.E, le troisième volet de ce qui s’annonce comme une tétralogie ayant pour thème les éléments. Et ce troisième opus, magnifique, marque un réel franchissement de cap pour le collectif bruxellois emmené par le charismatique Pierre Dungen.

À l’écoute de feu.E, on est immédiatement happés par le son de l’album et les mots de l’auteur. Pierre Dungen est un poète, quoi qu’il en dise, un magicien des textes, qui en quelques phrases vous ensorcelle l’esprit puis ne vous lâche plus.

L’artiste est habité, enflammé, et cette passion brûlante transpire par tous les pores de son écriture. Inévitablement, on ressent dans son travail les influences de ses maîtres comme Higelin, Bashung ou Gainsbourg, mais Pierre Dungen fait tout simplement du Dungen, en nous livrant des textes plus ressentis qu’explicites.

« Ami.e.s ne comptez pas sur moi pour l’analyse de textes. Ce ne sont que des chansons. Certainement pas des poésies. Et d’ailleurs faut il disséquer les poèmes ? » P. Dungen

Avec ces 16 nouveaux titres, Bertier soigne aussi l’emballage musical qui, cette fois, est purement magistral. Autour de Pierre gravitent une multitude d’intervenants parmi lesquels on retrouve entre autre Lara Herbinia (sa moitié dans la vie), vocaliste et photographe; le célèbre guitariste Yan Péchin qu’on a pu voir à l’oeuvre avec Bashung ou Thiéfaine; le talentueux violoncelliste Jean-François Assy qui a accompagné Christophe et Daan, ainsi que des gens comme Nicolas Jules, Matthieu Thonon, Olivier Terwagne, Cédric Van Caillie, Christa Jérôme (de La Jérôme), Amaury Boucher, et Quentin Steffen pour n’en citer que quelques-uns. Au total, ils sont 19 artistes et Bertier n’a jamais aussi bien porté son nom de « collectif ».

« C’est mon tour de piste aux étoiles!
Lanceur d’étincelles, dompteur de flammèches…
Monsieur Loyal tellement fier d’avoir initié ce bordel organisé ! » P. Dungen

Ce qui frappe aussi avec cette nouvelle oeuvre, c’est que les chansons y sont bien plus mélodieuses et immédiates que lors des 2 précédents albums. Plus accessible, cet album nous fait aussi danser… sur des braises.

Plusieurs titres vous restent immédiatement scotchés dans la tête dès les premières écoutes comme les formidables « Grands Brûlés », « Des Nouvelles du Front », « Flambeur Voyeur » où les voix de Pierre et Lara s’entremêlent avec bonheur, « Feu Follet », « 13th Floor », « Photophore », « Tierra Del Fuego ». D’autres touchent en plein coeur comme « À nos Heures », « ENA » et le magnifique « L’Étincelle » dédié à son père disparu il y a peu.

Et puis il y a cette production ciselée au scalpel, compliment particulier adressé à Amaury Boucher, le réalisateur de l’album, car c’est lui « l’orfèvre des sons ».

Cet album est une synthèse, la création originelle d’un seul esprit qui a grandi, portée par la force de collaborations artistiques multiples au service d’une pop rock lettrée en français qui se fiche de la mode et de l’air du temps.

Bertier possède la force de l’intemporalité, et ça c’est la force des grands. Ferré se fichait d’être à la mode, Higelin, Brassens et Bowie également… Aujourd’hui, ils sont devenus des artistes cultes écoutés et adulés par plusieurs générations. C’est tout le mal qu’on souhaite à Bertier dont l’oeuvre encore bien trop discrète mérite une audience bien plus étoffée.

« La mort est le berceau de la vie », chantait Higelin.

Même si entre les lignes il évoque nos disparus, feu.E est un hymne brûlant à la vie, un pansement humain et humaniste à poser sur toutes nos plaies. Et en cela il est indispensable.

Un grand album !

Jean-Pierre Vanderlinden

feu.E est distribué par Igloo Circle.

Infos et commandes sur http://bertiermusique.com

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