Elle s’appelait Mademoiselle J, jeune femme en avance sur son temps et combative face à leur férocité

Dans Il s’appelait Ptirou, un drôle de Spirou vu par… qui n’en était pas un, Yves Sente et Laurent Verron avaient compris peut-être un peu tard qu’ils s’étaient trompés de héros. Que Ptirou, malgré toute sa bravoure et son potentiel à inspirer au steward maritime Robert Velter son personnage de groom de BD, était en fait éclipsé par une héroïne fraîche et sachant ce qu’elle veut: Juliette de Sainteloi. Une bourge dont le coeur parle pourtant pour toutes les classes et qui aspire à la vie dont elle rêve. Ambitieuse mais pas forcément conforme à son statut et à ce qu’attend une Société qui n’a pas encore compris qu’elle devait évoluer et travailler à l’égalité des sexes. Il aurait été bien dommage de la laisser sur le quai. Remodelé en série (une trilogie d’après ce qui est annoncé), Mademoiselle J. 1938 en est le deuxième tome.

Si, en Belgique, le maintien de l’ouverture des librairies est prévu lors de ce deuxième confinement; en France, les nouvelles mesures ont acté leur fermeture. Alors, pensez au click & collect 🙂

© Sente/Verron/Rabarot chez Dupuis

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Résumé de l’éditeur : En 1937, la fille du patron de la Compagnie Générale Transatlantique, Juliette, a 22 ans, son diplôme en poche, et s’apprête à tenter de devenir grand reporter. Son père, qui a entre-temps fondé sa propre compagnie de cargos, se voit proposer par Gustave Noirhomme, son associé, une offre difficile à refuser : Herr Von Riblach, homme de confiance de Hitler concernant la marine civile, voudrait entrer dans le capital de la Compagnie des Cinq Océans. Juliette, bien consciente des projets d’invasion des nazis, refuse tout net. Malgré les réticences machistes des rédacteurs en chef, Juliette n’abandonne pas son rêve de devenir grand reporter et le journal Horizon France lui donne l’occasion de montrer sa valeur en l’engageant comme stagiaire de Daniel Fraiser, journaliste aguerri mais particulièrement désagréable.

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Après un faux départ dans la mauvaise collection, c’est donc dans la lignée des aventures de Kathleen Van Overstraeten (Sourire 58, Léopoldville 60, Bruxelles 43) aux Éditions Anspach que s’inscrivent Yves Sente et Laurent Verron. En effet, dans les trois tomes annoncés, on passera d’une époque à l’autre avec comme fil rouge la même héroïne: Mademoiselle J. (c’est plus passe-partout que Juliette de Sainteloi pour ne pas se faire remarquer dans le monde clivé de la presse des années 30).

Après avoir embarqué en croisière sur 1929, place au Paris exposé universellement en 1937 et témoin de la montée du nazisme, des extrêmes. Et c’est bien sûr l’Oncle Paul qui en rapporte les événements. Après Noël dans Ptirou, c’est autour de la table de Pâques qu’il raconte la suite du destin de Juliette.

© Sente/Verron/Rabarot chez Dupuis
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Juliette a bien grandi depuis la dernière fois, elle est jolie et elle a tout pour elle. Si son papa ne la mouille pas dans ses affaires internationales, comme ils sont en fusion, Juliette à son mot à dire. Et comme les requins de la guerre tournent autour des actions de la société qu’il représente, avec un associé nettement plus influençable, c’est l’idéologie et l’humanisme de la jeune femme qui vont la faire refuser, catégoriquement, que le bébé de son papa soit compromis dans un projet qu’elle pressent comme nauséabonde. Et ce malgré les pressions venues de tous les côtés, pernicieuses, dangereuses.

© Sente/Verron
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Mêlant les genres (drame, romance, grande Histoire et petites histoires, espionnage et sacerdoce de la bonne information qui ne se laisse pas aller à la négligence et aux raccourcis) sans les dénaturer ou les déforcer, le duo d’auteurs livre un album très maîtrisé, qui file comme il est emporté par l’énergie de son héroïne, bientôt rattrapée par les ennuis. Parce que la témérité et l’idéalisme ne font malheureusement pas tout dans un monde de brutes.

© Sente/Verron

Définitivement désengourdi du rythme répétitif des gags, Laurent Verron prend dans ses mains le destin de Juliette dans un Paris en changement qui, il est vrai, donne encore plus matière à varier les plaisirs qu’une croisière au milieu de l’Atlantique. Entre le tennis, les courses de bolides, un dancing et, forcément, la rédaction d’Horizon France enfumée par cet ours de Daniel Fraiser, il y a de quoi occuper la rétine à tombeau ouvert. Dans des ambiances très classe d’Isabelle Rabarot. Puis, il y a tous les monuments et les constructions élevées à la gloire des nationalismes exposés internationalement.

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Ça en jette, Laurent n’a pas son pareil pour rendre impressionnante la petitesse des hommes face au pouvoir des idéologies mais à un peu tendance à pécher par excès de cadrages inclinés. Le seul défaut, lassant, d’une mise en scène et en case soignée, inventive et généreuse, alliant vintage et modernité. D’autant plus que l’histoire proposée par Yves Sente est sans faille, partant de bons sentiments pour finir par ne pas pouvoir lutter dans un monde où tout le monde n’est pas tout beau et gentil.

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Ça bascule, à tel point qu’un moment la lecture devient incontrôlable, comme si on la subissait, comme au cinéma, parce qu’on veut savoir et on n’ose se demander ce qu’il va se passer. La mâchoire infernale des extrémismes aura broyé des hommes et des femmes mais Juliette tient bon. Émouvante et inspirante, sous le fantôme de Ptirou et l’inspiration, puisqu’entre-temps 1938 s’est invitée au calendrier, de Spirou.

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Ah oui, et au fait :

Série : Mademoiselle J.

Tome : 2 – 1938 : Je ne me marierai jamais

Scénario : Yves Sente

Dessin : Laurent Verron

Couleurs : Isabelle Rabarot

Genre : Drame, Espionnage, Histoire, Romance

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 64

Prix : 15,95€

Date de sortie : le 09/10/2020

Extraits : 

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