Avant de dessiner Kaamelott, Steven Dupré ne connaissait pas l’univers d’Astier: « Ça m’a permis de ne pas être impressionné »

Kaamelott, sur tous les plans. Alors que le film est attendu tout prochainement, cela fait quinze ans que l’univers culte et phare d’Alexandre Astier a débarqué dans le monde des bulles et des cases, sous les traits de Steven Dupré. De quoi dynamiter la mythologie arthurienne à coup de bons mots et d’actions dont les effets spéciaux ne sont pas comptés. Interview avec son dessinateur flamand.

Bonjour Steven, si Kaamelott arrive bientôt au cinéma, ça fait déjà longtemps que l’univers d’Alexandre Astier a envahi les cases du Neuvième Art. Si on revient à l’origine, connaissiez-vous cette série ?

Pas du tout. Je ne suis pas francophone et la série n’étant pas diffusée sur nos chaînes flamandes, elle m’avait totalement échappé.

Comment avez-vous mis vos pieds, et vos crayons, là-dedans alors ?

Grâce à l’éditeur. J’avais proposé à Casterman un autre projet qui avait été refusé, Midgard qui s’est finalement concrétisé quelques années plus tard. Mais, si mon projet n’avait pas séduit, j’avais l’avantage que mon style était frais dans la mémoire de l’éditeur qui est revenu vers moi pour adapter Kaamelott. J’ai réalisé quelques planches d’essai, des recherches de personnages. Et j’ai convenu. Si je ne me trompe pas, à l’époque, je n’avais pu regarder qu’un seul épisode. Après quoi, j’ai dû revoir toute la série. J’y reviens de temps en temps. C’est ma documentation.

© Astier/Dupré

Vous imaginiez-vous à quel point cette série était culte ?

On m’en a avisé mais je n’étais pas au courant de cette notoriété ni de celle d’Alexandre. De mon avis, ce fut un avantage. Ça m’a permis de ne pas être impressionné, de juste considérer ça comme un projet BD.

Le médiéval-fantasy, ça vous parlait ?

Évidemment, j’en ai rêvé. Ce n’est pas pour rien que la première série dont j’aie eu l’idée abordait l’univers viking. J’aime la mythologie, les créatures. Quand je travaille sur un album médiéval, je me sens à l’aise.

© Astier/Dupré

Comment élaborez-vous vos couvertures ?

Cela dépend toujours. Il arrive que je réalise des couvertures avant de commencer les planches, sur une idée d’Alexandre. D’autres fois, c’est après avoir terminé pas mal de planches, quand j’ai une bonne idée de la situation, du lieu de l’action, que je commence mes croquis de couverture.

Mine de rien, Kaamelott est une série qui fonctionne par son texte, ses traits d’esprit et ses dialogues. C’est aussi le cas dans la BD. Cela ne rend-il pas plus compliquée la tâche du dessinateur ?

C’est vrai qu’il y a beaucoup de texte, le risque est là de ne faire que des têtes qui parlent. Ce n’est pas moi qui détermine le rythme, du coup, mais il m’incombe d’essayer, par mon medium vivant, de trouver des astuces pour que ça bouge, qu’il se passe quelque chose.

© Astier/Dupré/Burgazzoli chez Casterman

Cette fois, vous vous aventurez, nous aussi, dans une grotte. Il faut faire émerger les personnages de l’ombre.

Oui, j’ai dessiné beaucoup plus d’ombres, j’ai utilisé plus d’encre. Mais, en tant que dessinateur, je dois toujours être au service du récit. Si j’ai 8000 soldats à dessiner, c’est mon métier de le faire. Cela dit, je ne sais pas si je suis toujours heureux à cette idée (il rit).

Le coloriste, Roberto Burgazzoli, a bien travaillé. Si c’était son premier Kaamelott, ce n’était pas notre première collaboration. Nous avions déjà travaillé sur le Club des prédateurs, nous sommes habitués l’un à l’autre. Il fallait, ici, faire simple, mais aussi sombre, en faisant attention à ce que les détails importants ressortent bien. Si nous n’étions pas libres sur les costumes, par exemple, nous avons eu l’occasion d’être nous-mêmes dans d’autres séquences. Quand on est soi-même dans ce qu’on dessine ou colorise, le résultat n’en est que mieux.

© Astier/Dupré/Burgazzoli chez Casterman

Être soi-même, n’est-ce pas compliqué quand la base est déjà établie ? Que des acteurs ont déjà donné un visage aux personnages ?

Au début, c’est vrai, je partais des comédiens. Mais je le fais de moins en moins. Ma conception de l’univers a évolué, les personnages restent reconnaissables mais j’ai de plus en plus l’impression qu’ils m’appartiennent plus à moi qu’aux acteurs.

© Astier/Dupré

Le plus facile, c’est Léodagan, le beau gosse.

Ici, il y avait aussi des méchants, comment les avez-vous créés ?

J’ai fait des croquis et les ai envoyé à Alexandre Astier. Il valide de temps en temps mais veille à ne pas trop me donner d’indications. Cette fois, il y en avait beaucoup à dessiner. Pour pas mal de créatures, je leur ai inventé un corps entre humain et bête.

Puis, il y a le Basilic.

Alors, lui, il y a plusieurs manières de le portraiturer. Comme ce corps de reptile à huit pattes mélangé à une tête de coq avec de grosses dents. On a essayé, hein, mais le résultat était ridicule. On a donc abandonné cette voie pour privilégier quelque chose de plus simple.

© Astier/Dupré/Burgazzoli chez Casterman

Mais pas moins effrayant-marrant. Alexandre n’avait jamais fait de BD auparavant, comment votre collaboration s’est-elle mise sur pied ?

Alexandre a un cerveau très ouvert, il s’est très vite inquiété de la manière dont fonctionne la Bande Dessinée. Alors, je lui ai appris quelques règles et consignes. Comme le fait d’essayer d’avoir un cliffhanger à la dernière case de chaque planche. Puis, comme le lecteur voit les planches par deux, il s’agit de les écrire par deux. Je lui ai aussi parlé de la direction de la lecture et du fait que le personnage qui parle le premier doit être le plus à gauche.

© Astier/Dupré/Picksel chez Casterman

Mais, il avait déjà capté pas mal de choses puisque le tome 1 de Kaamelott, L’armée du Nécromant, était un bon exemple. Il s’agit d’un aller-retour. Pendant la première partie de l’album, tout se passait de gauche à droite et, pour le retour, de droite à gauche. Personne ne s’en est aperçu!

Dans Kaamelott, le second degré est fort présent. Vous vous y retrouvez ?

Comme je ne suis pas francophone, c’est vrai que beaucoup de choses m’échappent. Je dois parfois m’y reprendre à plusieurs reprises pour capter ce qu’Alexandre imaginait. Je me souviens que dans un précédent tome, Arthur dit à un moment à un autre personnage : Lâchez-moi la chemise. Moi, j’ai traduit texto et j’ai dessiné Arthur en train d’être tenu par la chemise. Oui, je dois parfois corriger.

© Astier/Dupré/Burgazzoli chez Casterman

La BD a du succès en Flandre, même sans connaître la série télé ?

Oui, j’ai une base de fans en Flandre et aux Pays-Bas. Arthur est un mythe universel, c’est notre mythologie, je crois.

Finalement, ne vous connaît-on pas plusieurs styles de dessin ?

Si j’aime le changement. Il arrive qu’à la moitié d’un album j’en aie marre, alors pour le suivant je modifie mon trait. J’oscille entre caricature et réalisme, je m’y sens à l’aise.

© Conz/Dupré aux Éditions Standaard

La suite, quelle est-elle ?

Je prépare une adaptation d’un roman jeunesse chez Jungle avec Maxe L’Hermenier. Encore du médiéval puisqu’il s’agit du Faucon déniché de Jean-Côme Nogues.

Pour ce qui est de Kaamelott, ce sera Karadoc et l’icosaèdre. Mais je ne sais pas ce que c’est l’Icosaèdre, je n’ai pas encore googlé (NDLR. il s’agit d’un dé à 20 faces qu’on voit souvent dans les jeux de rôle).

Et le film, alors ?

Alexandre m’en a parlé mais je ne l’ai pas vu. Ça arrivera un de ces jours.

Merci Steven, belle suite d’été.

Série : Kaamelott

D’après l’univers de Alexandre Astier, Alain Kappauf et Jean-Yves Robin

Tome : 9 – Les renforts maléfiques

Scénario : Alexandre Astier

Dessin : Steven Dupré

Couleurs : Roberto Burgazzoli

Genre : Aventure, Heroic Fantasy, Humour

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 48

Prix : 13,95€

Date de sortie : le 24/06/2020

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