De Youtube à la BD, le Gérald de Léopold mis en boîte par Mister Box : « Il prend tout au premier degré, il lui manque une case »

Vous avez du second degré, vous ? Et du premier degré ? Pour bien faire et survivre dans la vie, parmi les fake news et l’ironie, les vraies infos et les fausses rumeurs, mieux vaut être équipé des deux degrés. C’est un réel handicap que d’être privé du second. Et ça, Gérald l’expérimente tous les jours que Dieu fait. Gérald, c’est le personnage créé par le Youtubeur Léopold Lemarchand et qui a eu plusieurs vies. Dans quatre sketches et désormais en BD. Léopold et Mister Box nous en parlent.

Bonjour Léopold, je viens de rencontrer Gérald en BD, je ne le connaissais pas. Vous nous le présentez ?

Léopold : Gérald, c’est un personnage que j’ai créé dans un gag en vidéo. Il a un petit problème: il prend tout au premier degré, de quoi engendrer différentes saynètes humoristiques, dans des situations inextricables. Puis, dans les épisodes 3 et 4, Gérald a évolué, il s’est montré plus poétique qu’il n’y paraissait. J’ai essayé d’aller en profondeur, de le rendre touchant.

Ces vidéos ont mis sur mon chemin les Éditions Michel Lafon qui m’ont contacté. S’ils étaient venus sans projet, j’aurais senti qu’ils cherchaient à faire de l’argent et je n’aurais pas accepté. Mais il y avait Gérald qu’il me proposait d’adapter en BD. Je sentais que mon personnage les avait touchés.

Du coup, comment avez-vous abordé cette aventure ?

Léopold : J’ai fait comme pour les vidéos. Tout en prenant en compte que même le lecteur peut prendre certaines choses au premier degré. Quitte à jouer sur des gags du langage BD. Comme quand on dit qu’il lui manque une case, et que ça se produit réellement sur papier.

L’une des planches proposées dans le projet avant validation © Léopold/Mister Box

Mister Box est aux commandes du dessin, vous le connaissiez ?

Léopold : Non, pas du tout. En tout cas, si j’avais dessiné, je n’aurais pas vendu un seul exemplaire. Il fallait donc que je trouve quelqu’un. Mister Box m’a été proposé par des amis designer que j’avais mis à contribution pour me faire des propositions. Je ne connaissais absolument pas le monde de la BD.

Du coup, j’ai regardé son compte Instagram et j’ai flashé ! Si je partais à l’aveugle, je savais ce que je ne voulais pas. Je ne voulais pas un style enfantin mais quelque chose de mature, quelque chose de beau. En me disant que si ça me plaisait, ça plairait aux gens. Et je n’ai pas déchanté quand j’ai vu les premiers dessins de Mister Box.

© Léopold/Mister Box chez Michel Lafon

Mister Box (nous rejoint dans la discussion) : De même, moi, je ne connaissais pas du tout Gérald ni Léopold. Jusqu’au jour où j’ai reçu un message sur Facebook. Il était intéressé par ce que je faisais. J’ai regardé toutes les vidéos en me demandant si on pouvait en faire une BD. Résolument, oui.

Ce n’était pas tant le concept du personnage qui m’intéressait que son potentiel. Il était hors de question de faire une adaptation plan-plan, mais d’apporter une vraie histoire. Le personnage est intéressant : un obstacle semblant insurmontable l’empêche toujours d’obtenir ce qu’il fait. Comment on fait quand on est Gérald ? On survit !

Recherches de personnages © Mister Box

C’est votre premier album, alors ?

Mister Box : Non, j’avais sorti quelques récits chez des éditeurs plus indépendants dont Comics Outcast et la chronique philosophale chez Snorgleux. Un mini-comics dont j’étais l’auteur-illustrateur. J’ai surtout participé à des concours (de BD, de mangas), j’ai aussi été assistant sur le premier tome de Lost Sahara, chez Ankama Editions avec Alan Heller comme meneur du projet.

Qui est Gérald ? Vous le connaissez dans la vraie vie ?

Léopold : Gérald, il a été inventé de toutes pièces… mais il a une pièce qui m’appartient. Car moi aussi, parfois, je prends les choses au premier degré. Quand on me raconte une blague. Et que je dis: « ah bon ? C’est vrai ? » Je suis comme ça, je fais confiance.

Où est Gérald, c’est la question que vous posez sur les pages de garde.

Mister Box : Oui, c’est une fresque façon Où est Charlie. J’aime bien dessiner ce genre de choses. Et quand j’ai terminé l’album, je me suis lancé. Bon, à la concrétisation, j’ai un peu regretté, ça m’a pris du temps. Il y a pas mal de choses à voir, des armures, une girafe. J’avoue que j’aime surtout le côté très vivant de ce genre de scène gigantesque. On y perd un temps fou et, à chaque fois, on y découvre quelque chose de nouveau.

© Mister Box

Et la couverture ?

Mister Box: C’est une des premières que j’avais en tête mais je l’ai déclinée selon plusieurs ambiances. Je jouais avec le code du personnage perdu dans le monde. Cela passait par une posture mais aussi une couleur très froide. Gérald est dans la foule, à contre-sens. Et sur le dos, on voit les autres personnages de face tandis que Gérald est de dos.

Recherches de couverture © Mister Box
Recherches de couverture © Mister Box
Recherches de couverture © Mister Box

Et cette expérience de la BD, alors ?

Léopold : Je n’avais jamais fait de BD avant, que des vidéos. Je me posais 1000 questions. Mister Box m’a aiguillé et m’a dit : « tu fais exactement pareil, tu réfléchis comme d’habitude. » Et lui a retranscrit. Tout s’est passé de manière assez simple et fluide.

Mister Box : La question qui s’est posée concernait l’esthétique. Comme l’univers existait déjà en vidéo, je suis d’abord parti sur un côté plus réaliste. Léopold, lui, cherchait justement un décalage, un trait plus poétique, stylisé. Le plus dur fut de trouver un juste milieu.

Recherches de personnages © Mister Box
Recherches de personnages © Mister Box
Recherches de personnages © Mister Box

Nous avons vraiment écrit cet album ensemble, en nous posant les questions de ce qu’on pouvait lui faire faire. Si Léopold ne maîtrisait pas ce nouveau média, moi, j’étais novice dans le genre de la BD d’humour. D’habitude, je fais dans l’action, le fantastique. Nous avons pris le meilleur des deux mondes.

Léopold, vous aviez quand même déjà lu des albums auparavant ?

Léopold : J’adorais quand j’étais jeune. Les Tintin, les Titeuf… Après, j’ai arrêté. Mais quand elle est revenue à moi par le biais de cette proposition, j’ai eu l’impression de retrouver une Madeleine de Proust. Et avec un personnage qui prend tout au premier degré, comment ne pas avoir envie d’exploiter au maximum le champ lexical de la BD ?

© Léopold/Mister Box chez Michel Lafon

Entre gags et histoire au long cours, on sent que votre coeur balance !

Léopold : Oui, je ne voulais pas d’un gag par page mais installer un fil rouge, avec plusieurs histoires. Mine de rien, 46 pages, ça restreint les possibilités quand même. Mais c’est l’occasion de parler d’amour, de la relation parents-enfant.

Que permet la BD que la vidéo ne peut pas proposer ?

Léopold : À un moment, les circonstances font qu’un personnage dit à Gérald: « va voir ailleurs si j’y suis. » En vidéo, il aurait fallu beaucoup d’argent et beaucoup de billets d’avion pour rendre ce gag visuel. En BD, la liberté d’expression est telle que ça ne pose aucun problème de faisabilité.

Recherches de personnages © Mister Box
Recherches de personnages © Mister Box

Et il n’y aura pas un épisode vidéo supplémentaire pour Gérald. Je n’ai pas envie qu’un cinquième épisode vienne tout gâcher. Le 4 propose, à mon sens, une belle fin. Par contre, en BD…

D’ailleurs, un deuxième tome est prévu si j’en crois le « 1 » qui orne la couverture de cet album ?

Léopold : Oui, mais je ne veux pas trop en dire, nous n’en sommes encore qu’aux prémisses. Même moi, je ne sais pas ce qu’on va faire mais je ne veux pas traiter des mêmes sujets en tout cas.

Pourquoi Gérald prend tout au premier degré, peut-être ?

Léopold : J’aime laisser planer le doute, laisser au lecteur ou au spectateur la liberté de penser que Gérald est autiste, que c’est une anomalie ou qu’il est juste étourdi.

À l’heure des réseaux sociaux, beaucoup de gens prennent les choses au premier degré, non ?

Léopold : Hé oui, énormément. Beaucoup de gens pourraient revendiquer le prénom de Gérald.

Pourquoi ce prénom, d’ailleurs ?

Léopold : Je n’en ai aucune idée, ça m’est passé par la tête. Ça aurait pu être un Patrick ou une Françoise. Gérald, c’est sympathique, non ? On n’en croise pas tous les jours.

Il n’y a pas que lui, il y a d’autres personnages dans cette BD ?

Léopold : Oui, Gérald essaie de sortir chez lui mais ça reste très « cocon ». Il est souvent chez ses parents, est un peu marginal. Mais il tend à s’en sortir.

Mister Box : Il y a effectivement d’autres personnages. Certains ont changé de forme, d’autres n’étaient pas prévus dès le départ. Juliette, dont Gérald est amoureux, a très vite trouvé sa forme.

Recherches de personnages © Mister Box
© Léopold/Mister Box chez Michel Lafon

Le plus rigolo, ce fut la conception des parents. Quand Léopold les a vus pour la première fois dessinés, il a eu cette réflexion : « T’as déjà vu une photo de ma mère? » Sans le savoir, j’avais créé un couple qui ressemblait à celui de ses parents. Par les pistes que je suivais, je me suis apparemment rapproché de sa vie à lui, tout en y mettant de la mienne.

Est-ce que le concept de ce personnage n’est pas un vrai casse-tête ? Tellement de choses peuvent être prises au premier degré.

Léopold : Oui, c’est très dur, il faut se relire, tester toutes les hypothèses.

© Léopold/Mister Box chez Michel Lafon

J’imagine que cette parution, vous a permis de renouer avec la BD. Il y a des dédicaces.

Léopold : Récemment, j’ai fait une promo radio. Et je me suis retrouvé avec un auteur que je ne connaissais pas du tout. Une photo a circulé et Mister Box est tombé dessus : il m’a tout de suite fait un message. « Tu sais qui c’est ? C’est une star!!! » Et, en effet, j’avais passé l’émission de France Inter à côté de Juanjo Guarnido, pour Les Indes fourbes et Blacksad.

En tout cas, la BD a rencontré mon domaine de prédilection, mais je ne veux pas en faire un métier. Mon vrai métier, c’est être comédien, être devant la caméra. Bien sûr, c’est très cool et c’est un challenge de faire cette série. Et si les gens sont satisfaits en retour, c’est chouette. Mais je m’éclate plus derrière la caméra que derrière un stylo, à faire des sketchs,des courts-métrages.

© Léopold/Mister Box chez Michel Lafon

En p.34, le dessin est différent, enfantin. Ce n’est quand même pas vous ?

Léopold : Si, c’est moi. Ça me faisait marrer et je n’ai pas forcé le trait, je dessine vraiment comme ça, comme un enfant. Ça tombait bien, Gérald est chez une psychologue et raconte son enfance.

La suite ?

Léopold : Cette année, j’ai vraiment envie de me concentrer sur l’acting. Je me suis trouvé un agent, je vais faire des castings. Croisons les doigts.

Mister Box : Je prépare une BD numérique pour Webtoon Factory de Dupuis. Le concept est tourné vers l’action et le fantastique: un jour, la gravité s’inverse. Que vont devenir les gens ? Ça s’appellera Le grand retournement.

Prochain projet, un webtoon © Mister Box
Prochain projet, un webtoon © Mister Box

Série : Gérald

D’après les sketches de Léopold Lemarchand

Tome : 1 – Le type qui prenait tout au premier degré

Scénario : Léopold Lemarchand

Dessin et couleurs : Mister Box

Genre : Gag, Humour

Éditeur : Michel Lafon

Nbre de pages : 46

Prix : 10,95 €

Date de sortie : le 23/01/2020

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