Red Sun : dans la constellation du Verseau, l’épopée des hommes a mal tourné, esclaves jusqu’au bout des poings

Trappist-1 ! Quand la découverte de cette naine rouge a été annoncée, née de la conjonction des efforts de deux observatoires (un au Maroc l’autre au Chili) autour de télescopes belges, nous avons cru à la blague. En amateurs de bières que nous sommes, on aurait été capable de le prendre au mot et d’aller à la conquête de ce système planétaire à peine découvert. Chiche. C’est ce qu’a fait Stéphane Louis, emmenant dans sa croisière ALE(ssandra De Bernardis), une jeune artiste qui fait forte impression. Revenu du futur, le constat qu’ils posent n’est guère joyeux. Sur Trappist-1, on ne lève pas le coude, non, on baisse les bras : les humains ont été réduits en esclavage par dieu sait qui ou E.T. sait quoi, sans possibilité de révolte. Jusque-là.

© Louis/De Bernardis chez Kamiti

Résumé de l’éditeur : 2017. Le système planétaire Trappist-1 est découvert. 2627. Pour une raison oubliée de tous, les quelque 900 millions d’individus qui composent le reste de l’humanité se sont retrouvés en esclavage dans les champs d’astéroïdes de Trappist-1. Toute forme de rébellion leur est impossible à cause d’un inhibiteur génétique. Mais quelque chose s’est produit. Tout peut changer. Tout va changer …

© Louis/De Bernardis chez Kamiti

À l’heure actuelle, sur un marché méfiant, les éditeurs BD proposent de moins en moins de séries et de plus en plus de di- ou tri-ptyque, soit des mini-séries tant l’argument aurait pu les faire prétendre à un one-shot. Ce n’est pas toujours le cas, cependant, et certains diptyques présentent une vraie dynamique, une réelle cohérence. C’est le cas de Red Sun, dont le deuxième tome vient de paraître aux Éditions Kamiti et dont les deux albums entretiennent un lien indéfectible. Le premier tome s’intitule Mon Frère, le deuxième Ma Soeur. Déjà rien que ça, et cet esprit de famille (désesprit aussi) n’est pas usurpé, renforcé par des bouleversements implacables et des questions posées dans le premier acte qui trouvent des réponses dans le second, jusqu’au-boutiste.

© Louis/De Bernardis chez Kamiti

Stéphane Louis, après un générique de début à la Star Wars, a eu la bonne idée de ne pas s’encombrer du passé pour se focaliser sur le présent. Nous sommes en 2627, les humains sont piégés, peuple prolétaire aux mains de maîtres anonymes. Des extra-terrestres, d’autres êtres humains ? Toujours est-il qu’un inhibiteur génétique rend impossible toute révolte – un coup de poing sera ainsi arrêté par la propre force intérieure qui empêche toute violence -, et ce de génération en génération. Peut-être est-ce pour ça que les humains se reproduisent de moins en moins.

© Louis/De Bernardis chez Kamiti

Mais, peut-être y’a-t-il une porte de sortie, quand même ? Même si les combats sont empêchés, rien n’empêche les esclaves de penser et de parler, de débattre, mus par le sentiment de liberté. Liberté qui semble pourtant insensée, extravagante. Ou qui l’était, une sorte de court-circuit a « désinhibé » un petit contingent de révolutionnaires, les Blue-Dots. Ils ne sont pas retournés sur Terre, ils sont toujours là, quelque part dans cette constellation du Verseau, passant régulièrement à l’acte et tentant le forcing pour libérer leurs frères humains du joug qui les rend esclaves. Pour ce faire, les révoltés tentent de noyauter le système de l’intérieur, cherchant des alliés, sans trembler.

© Louis/De Bernardis chez Kamiti

Bord’ et Cass’ sont frère et soeur. Bord se laisse enrôler parmi les prétendants à l’évasion et il ne serait pas contre emmener Cass’. Tous les deux ont le caractère bien trempé mais Bord’ va changer. Accéder à un groupe, une secte, c’est toujours faire des compromis, quitte à y laisser une part de soi. Bord’ n’y échappe pas, passant sous l’influence de son mentor, Taun, borderline lui. Et prêt à tenter le « Je t’aime moi non plus » avec Cass’, voyant d’un mauvais oeil le fait qu’elle puisse être émancipée de toutes ses entraves. Les prédateurs sont partout, même parmi les outragés.

© Louis/De Bernardis chez Kamiti

Dans les cent planches que contient ce premier cycle (dont le seul bémol reste une série de fautes d’orthographe, notamment de participe passé, comme si les règles de celui-ci n’avaient pas survécu au voyage spatial et temporel), Stéphane Louis démontre sa pleine maîtrise du sujet, jouant d’ingrédients fort répandus dans ce type de space-opéra tout en les assaisonnant d’épices et d’un ton très personnels. Cultivant le mystère et l’étrange, poussant ses héros dans leurs retranchements et au plus loin qu’il peut, dans leurs cauchemars. Sans compter sur beaucoup de personnages, le scénariste réussit un joli mélange, multidirectionnel en fonction des aspirations de chacun. Nous sommes parfois las des héros qui agissent comme des robots. Ici, privé de violence et d’action pendant une partie du récit, les humains se montrent plus que jamais humains, terriens. Même s’ils ne savent plus ce que ça veut dire.

© Louis/De Bernardis chez Kamiti

D’un propos froid et glauque, sans coup de sang si ce n’est celui des émotions (surtout du côté de Cass’), Stéphane Louis est parti trouver ALE (Alessandra De Bernardis), ultra-talentueuse Italienne qui fait ici ses débuts. Avec de la chaleur. Malgré le grand espace, c’est au plus près des personnages que se passe la plupart du temps ce duo d’albums. Un travail qui ne doit pas être évident mais qu’Alessandra réussit, fidèlement aux émotions et à la dureté que peuvent endurer les héros. Les méchants, car ils finissent par arriver, réussissent à être étranges et terrifiants, la dessinatrice ayant fait ses gammes et abordant l’ennemi de manière personnelle et créative. Oui, il reste encore des choses à inventer, malgré les découvertes toujours plus grandes sur l’univers qui nous entoure et la source inévitable d’inspiration qu’il génère pour la fiction.

© Louis/De Bernardis

Voilà un récit qui remue par ses coups de théâtre, son envie de ne pas faire dans la dentelle mais de le faire avec finesse et un spectacle contenu. Jusqu’à un final suffocant, qui nous prend de court. Une grande et belle réussite, puissante dans son engagement ici et maintenant et demain et au-delà, chez un éditeur émergent qui a d’ores et déjà marqué les esprits bédéphiles plus d’une fois. Chez Kamiti, je suis en confiance.

© Louis/De Bernardis chez Kamiti

Série : Red Sun

Tome : 1 – Mon Frère et 2 – Ma Soeur

Scénario : Stéphane Louis

Dessin et Couleurs : ALE(ssia De Bernardis)

Genre : Science-fiction, Space opera

Éditeur : Kamiti

Nbre de pages: 46 (54 pour la version Ulule)

Prix : 12,90€

Date de sortie : le 25/08/2018

Extraits : 

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