Les traducteurs afghans avaient tout à perdre et peu à gagner, la France les a oubliés

C’est une histoire de la guerre, de son inhumanité et de son ingratitude, comme il y en a d’autres. Parce que l’armée aussi a la culture du Kleenex quand il s’agit d’utiliser des autochtones pour arriver à ses fins, leur promettant monts et merveilles, ou en tout cas une vie meilleure, avant de les jeter. Si seulement ce pouvait être une amnésie, non, ce sont des mensonges et des secrets à peine voilés qui ne demandaient qu’à resurgir. Et la bande dessinée n’est jamais parmi les derniers à faire savoir les choses et à rétablir la bravoure et l’héroïsme de ceux qui avaient tout à perdre et peu à gagner. Rien, même, au bout du compte. Comme les traducteurs afghans.

© Andlauer/Muller/Thyss chez La Boîte à Bulles

Résumé de l’éditeur : Abandonnés par la France, l’histoire des tarjuman (traducteur, en langue dari) vient réveiller un sentiment amer, en écho avec tous les supplétifs laissés sans protection dans l’histoire des guerres de notre pays. En effet, la France a employé en Afghanistan quelques huit cents traducteurs, chauffeurs, physionomistes, manutentionnaires et logisticiens pour les épauler dans leurs missions. Colonne vertébrale de la stratégie visant à gagner les cœurs et les esprits, ils se sont mués en véritables soldats, engagés aux côtés de nos troupes par conviction, dans l’espoir d’un autre avenir pour leur pays. Mais, suite au retrait de nos forces à compter de 2012, la France a refusé d’accorder un visa à la majorité d’entre eux…

© Andlauer/Muller/Thyss chez La Boîte à Bulles

Dans les récits de guerre opposant une armée à un monde qu’elle ne connaît que trop peu, on trouve toujours des adjectifs pour nommer l’ennemi. Qu’il soit invisible ou intime (le nom d’un excellent film de Florent Émilio Siri), il est souvent bien peu audible. L’ennemi, pour le vaincre (quel mot barbare), il faut l’entendre, le comprendre, dans sa chair et dans son décor, dans ses avantages et ses faiblesses. Pendant onze ans, la France est ainsi intervenue en Afghanistan, pour protéger les zones qui lui étaient attribuées et faire émerger une vraie armée afghane.

© Andlauer/Muller/Thyss chez La Boîte à Bulles

Pour ce faire, il faut aux près de 4000 hommes envoyés en mission là-bas des points de repère, des hommes de confiance, prêts à risquer leur peau et leur réputation pour croire à une vie meilleure en France. C’est ce qui sera promis aux tarjuman qui accepteront d’aider la France a faire de leur pays un lieu de paix, nettoyé de ceux qui ont contribué à le mettre à feu et à sang. Ils s’appellent ainsi Abdul Razeq Adeel, Shekib Daqiq ou Orya, mais ils sont bien plus nombreux, 550, à avoir été déçu par la France. Déchu aussi, parce qu’obligés de rester dans leur pays, ils ont été obligés de se cacher, de se protéger face aux intimidations ou aux risques de mort. Ne pouvant plus compter sur les militaires.

© Andlauer/Muller/Thyss chez La Boîte à Bulles

Parti sur les traces de ces trois destins dont l’armée à fait taire les rêves après les avoir fait si bien parler, les reporters Brice Andlauer et Quentin Müller ont cherché à faire éclore l’insoutenable vérité de l’abandon après bons et loyaux services. Après un récit en mots, Pierre Thyss, pour sa première bande dessinée publiée, met des images sur cette enquête choc, mortelle par moments. Ou comment ceux qui ont délié la langue d’un terrain hostile, se sont fait berner par le prestige de l’uniforme français. Écoeurant, voilà un livre à lire, pour lever les yeux au ciel et donner de la force et de la crédibilité aux véritables héros des guerres, les civils courageux mais mal récompensés. Ceux dont on s’assure de la fidélité pour mieux les trahir. Et qu’on cache par après sous les beaux discours.

Titre : Traducteurs Afghans

Sous-titre : Une trahison française

Récit complet

Scénario : Quentin Müller et Brice Andlauer

Dessin : Pierre Thyss

Noir et blanc

Genre : Enquête, Guerre

Éditeur : La boîte à bulles

Collection : Contre-Coeur

Nbre de pages : 120

Prix : 17€

Date de sortie : le 12/02/2020

Extraits : 

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