La mer qu’on voit… danger, quand on s’y réveille seul, dans un thriller intérieur et extérieur

Retrouver le goût de la mer… C’est sûr, ça fait du bien, le sel agissant sur les blessures. De l’isolement, par exemple. À grosses gorgées qui pourraient vous noyer. Valentina et Vittorio Principe ne le savent que trop bien. Sur l’expérience vécue par Paolo Piccirillo, qui en a écrit l’histoire, les Principe livrent une oeuvre incroyablement intense et intime, maritime.

Résumé de l’éditeur: Tiré d’une histoire vraie. Paolo, accompagné de deux autres pêcheurs au harpon, part dans un bateau pour une sortie en méditerranée. Inconscient du temps passé dans l’eau, il reste trop longtemps immergé. Au moment où il revient à la surface, il aperçoit ses camarades quitter le site à bord du bateau. Ils le croyaient mort, suite à de longues recherches infructueuses. Alors ils ont décidé de rentrer sans lui. Paolo est perdu, loin de la côte. Il ne parvient pas à évaluer la distance qui le sépare de la plage, la distance qui le sépare de la vie. Mais il décide de nager. Et nous sommes tout près de lui, face à cette terrible épreuve.

© Piccirillo/Principe/Principe aux Éditions Félès

Le résumé ci-dessus donne une clé de compréhension du contexte absente du bouquin lui-même. Autant que le lecteur qui achèterait cet album sans être passé sur le site des excellentes et ambitieuses éditions Félès, il sera immergé dans la perte de repère à un temps T sans savoir ce qui a pu précéder. De quoi exciter, comme je l’ai vécu, un peu plus l’imaginaire. Comment un homme a-t-il pu se perdre là, plus mort que vif, réveillé par les roulis de la mer, dans un noir d’encre. Commence alors un survival, un contre-la-montre sans requin, sans contrebandiers, juste sois-même, la mer et la côte échancrée de falaise, inaccessible tant qu’on n’y trouve pas l’issue, la plage à altitude 0. Les lumières de la côte et les étoiles (déjà visible sur la très réussie couverture découpée selon le masque de notre plongeur) pour se guider.

© Piccirillo/Principe/Principe aux Éditions Félès

Entre le point de fuite et la lame de fond, l’ensemble de ce petit roman graphique (48 pages immersives) se passe dans le noir. À l’aveugle. Des planches couleur nuit que Valentina Principe découpe de blanc entre l’extérieur et l’intériorité XXL, comme la mer donne du relier à sa platitude vague après vague. Il faut nager, se concentrer, mais ça n’empêche pas de réfléchir, de se projeter entre les certitudes d’hier et l’hypothétique demain. Ça n’empêche pas de divaguer, aussi, aux portes de l' »EM(M)I », expérience de mort (maritime) imminente. Dans ce monde du silence, il n’y a plus que la voix intérieure qui résonne.

© Piccirillo/Principe/Principe aux Éditions Félès

Avec un traitement graphique léger dans lequel la forme suit le fond et vice-vera, qui laisse le noir l’envoûter, l’enchaîner, Éveil en pleine mer est un survival psychologique et philosophique, une histoire vécue mais irréelle, quelque chose de rare et de fort. Dans laquelle, chacun pêchera au harpon ou par le regard un peu de supplément de sens. Une expérience solitaire qui ne peut nous empêcher de penser au sort de tous ceux qui se retrouvent un jour perdus en mer Méditerranée, quittant un pays trop hostile, par exemple.Parce que la mer reste l’espoir.

© Piccirillo/Principe/Principe aux Éditions Félès

Pour la suite, visez le programme des Éditions Félès:

Titre : Éveil en pleine mer

Récit complet

D’après l’histoire de Paolo Piccirillo

Scénario : Vittorio Principe

Dessin : Valentina Principe

Noir et blanc

Genre : Drame, Psychologique, Survival

Éditeur : Félès

Nbre de pages : 48

Prix : 21€

Date de sortie : le 02/06/2020

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