Coeur de Ténèbres : désordre de guerre sur la terre et dans les têtes, Pécau et Bachelier provoquent la puissance conradienne

C’est étrange. Voilà une adaptation libre d’un roman de Conrad, présentée comme telle sur le site des Éditions Delcourt et qui pourtant n’en fait à aucun moment mention dans ses pages. D’ailleurs, le titre a finement changé, Au coeur des ténèbres est devenu Coeur de ténèbres sous la plume de Jean-Pierre Pécau et Benjamin Bachelier, qui emportent l’univers conradien plus près de chez nous tout en rendant grâce à sa toute-puissance infernale.

© Pécau/Bachelier

Résumé de l’éditeur : Le lieutenant Varenne, traumatisé par les massacres de la guerre, est chargé, avec son éclaireur Mohawk, de retrouver le colonel Scherb, « l’ange de la terreur ». Ce dernier a perdu la raison et se terre dans les marécages de Bretagne. Le gouvernement de la Convention ne peut tolérer pareil comportement et veut mettre un terme à sa folle vendetta. Si Varenne le retrouve, il obtiendra sa mutation tant attendue.

© Pécau/Bachelier

On entre dans cet album comme on s’en va en mine, charbonneuse, comme on s’en va en guerre, sous un ciel de plomb. C’est dans le noir et blanc vociférant, incisif, qui fait courir la sinistrose que Benjamin Bachelier nous enfonce. Sans besoin d’aller loin. L’Afrique du père Joseph est bien là où elle est et nos deux auteurs ont rapatrié l’intrigue en France…s. Celle sous contrôle et l’autre encore sauvage.

© Pécau/Bachelier

Nous sommes en 1794, il y a un monde entre Paris la galonnée respectée et les marais hors-la-loi de Bretagne où les apparitions de veuves et d’orphelins, de cairns, de têtes réduites, d’Ankou ou même d’un personnage semblant sorti d’Orange Mécanique, sans parler du diable personnifié que Varenne doit attraper: Scherb. Une mission peut-être trop pesante sur les épaulettes du jeune lieutenant rongé et meurtri par la bataille de Savenay. Et son périple au bout de la mort ne peut que le renvoyer un peu plus à ses démons, à ses troubles. Au bout de lui-même.

© Pécau/Bachelier

Même les bulles tremblent sous les coups de semonce crayonnés, possédés, de Benjamin Bachelier qui semble avoir eu carte blanche… ou plutôt noire, pour pénétrer cet univers glacé, brûlé de toute humanité. À moins que les apparences, imposées, soient trompeuses ?

© Pécau/Bachelier

Invitant la couleur par petites touches bien placées pour percuter les yeux et le coeur, Pécau et Bachelier mettent à leur sauce le récit de Conrad (comme Coppola, Herzog ou Peter Jackson avant eux) et ça fonctionne du tonnerre. En une lecture, on n’arrivera pas au bout de l’enfer de significations de ce court roman graphique dans lequel le cauchemar trouve une caisse de résonance existentielle. Une question de survie dans un monde de brutes. Puissant.

© Pécau/Bachelier

Titre : Coeur de ténèbres

Récit complet

D’après le roman de Joseph Conrad

Scénario : Jean-Pierre Pécau

Dessin et couleurs : Benjamin Bachelier

Genre: Drame, Guerre, Psychologique

Éditeur: Delcourt

Collection : Mirages

Nbre de pages: 104

Prix: 16,50€

Date de sortie: le 11/09/2019

Extraits : 

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