Afrique des années 20, Londres victorien ou monde de demain: Desberg dépeint les mondes sauvages avec Griffo et Labiano

Alternant séries au long cours et récits courts en un ou deux épisodes, Stephen Desberg navigue entre les éditeurs avec des projets toujours plus différents. Avec Oliver Page et les tueurs de monstres, c’est un diptyque, dont les deux tomes sont sortis à un mois d’écart en ce début d’année, que Stephen Desberg propose, associé une nouvelle fois avec le légendaire Griffo. Pour une histoire entre hier et demain mélangeant des références aussi hirsutes qu’Indiana Jones, Alien, The Thing ou Jack l’éventreur. Avec Le Lion de Judah, place à de l’aventure, carcérale avant de gagner les grands espaces, où le surnaturel n’a pas sa place, au contraire de la folie sauvage des hommes.

Le lion de Judah © Desberg/Labiano

Résumé de l’éditeur : An 3500. Shayne, l’amazone bardée de cuir et de métal, parcourt une Terre dévastée à la poursuite des derniers ennemis de la civilisation : une race de parasites prenant le contrôle des humains. Bien des années plus tôt, en 1875, Oliver Page, un jeune archéologue en mission dans le désert de Perse, découvre la tombe d’un roi inconnu à l’intérieur de laquelle siège un trône fait d’or et de pierres. Ses recherches l’amènent ensuite à mettre la main sur de mystérieux anneaux, réveillant une antique force enfouie. Une malédiction dont les conséquences sur l’avenir pourraient être dévastatrices… Oliver est-il celui par lequel l’entité parasite du futur va être réveillée ou la clé pour l’anéantir ? Et si c’est le cas, comment Shayne va-t-elle pouvoir entrer en contact avec lui ?

Oliver Page © Desberg/Griffo/Felideus chez Glénat

Oliver Page est un gamin des rues qui s’est fait sa place parmi la « haute » à force d’ingéniosité et d’esprit d’aventure. Aujourd’hui, enfin un jour de 1874 en Perse, il est sur le point d’inscrire son nom parmi les découvreurs d’un tombeau majeur de l’Histoire. Celui d’Alexandre le Grand ? Peut-être. Beatriz en a la certitude et le sinistre Lord Prown entend bien en faire son fait d’arme, à prix d’or. Pourtant, aucun membre de cette équipe n’est préparé à ce qu’il va découvrir dans ce sarcophage qui renferme un squelette au crâne explosé… de l’intérieur. Dans cette ruine anachronique, des siècles à venir contemplent le petit monde ébranlé. Et qui va ramener la malédiction dans les rues du Londres Victorien.

Oliver Page © Desberg/Griffo/Felideus chez Glénat

Voilà l’exemple type de l’histoire dont toutes les bonne intentions transpirent sans arriver à emporter l’adhésion. Cela commence par une couverture présentant un héros qui ne ressemble pourtant pas à l’Oliver qu’on apprend à connaître dès les premières pages de ce récit de 2X54 planches. À commencer par la couleur des cheveux de notre protagoniste bientôt malmené. Les couleurs posent d’ailleurs problème sur ce diptyque et jamais Felideus ne trouve le bon ton pour transcender le trait de Griffo, manquant d’intention. Comme s’il n’y croyait déjà plus.

Oliver Page © Desberg/Griffo/Felideus chez Glénat

Et, malheureusement, on le comprend assez vite. Stephen Desberg, créant un couple séparé par un millénaire et demi mais destiné à sauver le monde et Londres, semble ne pas avoir eu les moyens de ses ambitions. Si le premier tome tient la route, attisant la curiosité et appelant à du déjà-vu pourtant bien investi et original, le deuxième se noie dans la Tamise et dans la rivière de sang que laisse derrière lui le parasite venu du futur. En effet, tout semble se précipiter et si le piège tendu par les paradoxes temporels (car oui, on voyage dans le temps, plutôt deux fois qu’une) est évité, permettant de scruter la valeur de l’art notamment, le dénouement est trop simple et, surtout, le comble, la conclusion est beaucoup plus attractive que tout le reste de ces deux albums, renouant avec la veine que Desberg compte exploiter dans les prochains épisodes du Scorpion en compagnie de Luigi Critone, les chasses aux trésors. Pourtant, tout s’arrête là.

Oliver Page © Desberg/Griffo/Felideus chez Glénat

Atteint dans les dernières pages de la maladie du héros laissé plus mort que vif quelques pages avant et qui revient tout beau tout propre, Oliver Page verse dans le grand-guignolesque quant il s’agit de traiter de l’inconciliabilité des classes dans l’Angleterre Victorienne mais aussi en 3500, comme si tout était immuable. C’est maladroit et pataud, pourtant, placé sous un héritage aussi prestigieux que les malédictions fantastiques égyptiennes, les Aliens haletants du cinéma ou l’horreur des éventreurs de Londres, cela commençait tellement bien.

Oliver Page © Desberg/Griffo/Felideus chez Glénat

Le Lion de Judah, le trait de Labiano rugit toujours plus fort sous le soleil rougeoyant

Le lion de Judah © Desberg/Labiano/Maffre chez Dargaud

Résumé de l’éditeur: Dans les années 1920, au Kenya puis en Éthiopie, John Wallace, un colon anglais suspecté de meurtre est arrêté. Envoyé dans une prison dans laquelle il est soumis au travail forcé, il survit dans des conditions éprouvantes avant de réussir à s’échapper. Une mystérieuse femme noire part à sa poursuite, le traquant sans relâche : elle seule sait qui est réellement Wallace et d’où lui vient cette force digne d’un lion ! Leur antagonisme cache en fait un terrible secret et la même volonté de liberté et d’absolu qui les entraînera au fin fond de l’Afrique.

Le lion de Judah © Desberg/Labiano

On oublie le fantastique, même si une pincée de paranormal pourrait se glisser dans les deux prochains actes de ce diptyque, on prend une gourde et on s’aventure dans le désert rendu on ne peut plus brûlant par Hugues Labiano. Pas de doute, si le paysage est formidable, sa faune est impitoyable, animalière ou humaine. C’est le décor idéal pour disparaître de la surface mais gare à vous, si vous vous faites rattraper.

Le lion de Judah © Desberg/Labiano/Maffre chez Dargaud

John Wallace en a fait les frais, accusé sans procès de meurtre, annoncé mort à sa prétendante, le voilà enfermé avec trois drôles de zigues dans un enfer carcéral. Ici, même quand on est dur, il faut se plier à la loi des geôliers, dans les mains desquels vous n’êtes que des poupées dont toutes les coutures risquent de lâcher à tous moments sous la torture. Mais, pour peu qu’il y ait un terrain d’entente, les détenus peuvent se serrer les coudes et s’évader. Encore plus quand il est question d’un trésor à trouver quelque part.

Le lion de Judah © Desberg/Labiano

Pas le temps de souffler ni même de suffoquer face à l’aridité qui imbibe les planches, derrière une couverture formidable et un titre curieux (avec une lettre en moins, ce serait un livre de la Genèse dans la Bible, que cela cache-t-il?), dès les premières planches, les deux continuent de faire la paire. Desberg et Labiano charpentent comme il faut cette histoire virile que relève la présence d’une femme prête à tout pour remettre la main sur Wallace.

Le lion de Judah © Desberg/Labiano

Ce pauvre Wallace, a-t-il oui ou non, tué quelqu’un ? Les auteurs ne nous laissent pas le temps de nous poser la question et si ce premier acte ne fait « que » 56 pages, le rythme est tellement soutenu que cette aventure sous forme de course-poursuite donne l’impression d’avoir lu trois albums. C’est riche et appétissant. Alors que la fin de ce premier album laisse présager une suite qui rentrera vraiment dans le dur. Avec le contact avec le monde sauvage. Celui des hommes ou des animaux ? Jérôme Maffre a trouvé des couleurs à sensation pour finir d’habiller ce commencement terriblement bien charpenté.

Recherche pour le héros. Le lion de Judah © Desberg/Labiano

Série : Oliver Page et les tueurs de temps

Tomes : 1 et 2/2

Scénario : Stephen Desberg

Dessin : Griffo

Couleurs : Felideus

Genre : Fantastique, Science-

fiction, Thriller

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 56

Prix : 14,50€

Sortie : le 02/01/2020 et le 05/02/2020

Extraits :

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Série : Le Lion de Judah

Tome : 1/2

Scénario : Stephen Desberg

Dessin : Hugues Labiano

Couleurs : Jérôme Maffre

Genre : Aventure, Thriller

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 56

Prix : 15€

Date de sortie : le 17/01/2020

Extraits : 

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