Oriol et Zidrou retournent à leur genèse, sous l’implacable peau de l’ours qui cache tant de violence et de secrets

La peau de l’ours, c’est l’un des albums BDs fondateurs de la seconde partie de carrière de Zidrou, scénariste loin d’être un cancre qui démontrait à l’époque, l’aube des années 2010, qu’il avait décidément bien d’autres cordes à son arc que l’humour et les gags. Avec des propositions graphiques osées et innovantes. La peau de l’ours scellait ainsi l’une des prolifiques associations de l’auteur avec des dessinateurs espagnols. En compagnie d’Oriol, véritable peintre de la bande dessinée, Zidrou trouvait là le graphisme le plus expérimental, le plus saignant, pour une histoire qui n’était pas en reste.

© Zidrou/Oriol

Résumé du tome 1 : Amadeo a pour devoir quotidien de lire à un vieil homme son horoscope. Il est loin d’imaginer que cet aveugle, canne à la main, a été montreur d’ours aux États-Unis, puis assistant d’un chef mafieux ! Une histoire d’amour, de vengeance, de lâcheté…

© Zidrou/Oriol chez Dargaud

Résumé du tome 2 : Andrea Montale a 15 ans, bientôt 16. Il n’est pourtant qu’un enfant lorsqu’il assiste, impuissant, au meurtre de son père et au suicide de sa mère. Un enfant prêt à placer sa confiance en un parfait inconnu, malgré des apparences trompeuses. Orso, chef mafieux tyrannique et cruel, va prendre Andrea sous son aile et l’accueillir au sein de sa famille comme son propre fils. Andrea va connaître alors son premier amour, mais pas forcément celui auquel on pense…

© Zidrou/Oriol chez Dargaud

Huit ans séparent ces deux histoires criminelles et amorales, menées dans la violence mais aussi dans l’amour, pas toujours aussi capable de faire naître le meilleur de l’homme qu’on veut bien l’entendre. Les peaux de l’ours premier et deuxième du nom ne sont liés, dans les faits, que par un lointain cousinage qui vous font traverser l’Adriatique et l’Atlantique, de l’Italie à l’Amérique. Mafieuses d’un bord à l’autre.

© Zidrou/Oriol chez Dargaud

Dans la forme, les deux volumes brillent (et noircissent, « narcissent » aussi) par les mêmes thèmes. Ainsi les deux couvertures communiquent-elles, l’une tenant l’arme du crime, l’autre en faisant la victime. Mais, en creux, il y a aussi en commun l’insouciance adolescente plongée dans le bain de l’âge mâle-sain; un élève orphelin et un précepteur (pas un philosophe ni un philanthrope); un bord de mer, les petites mains de la mafia; un terrain italien, les petites mains de la mafia; des secrets; des trahisons, des… Et forcément un ours, qui fait une expression que Zidrou suivra ou pas. Un vrai dans le premier, un autre au sens figuré dans le second. De quoi saisir à très petites doses le miel de la vie mais aussi attirer les abeilles tueuses, prêtes à tout pour protéger la ruche de leurs ambitions et de leur business.

Projet de couverture pour une réédition © Zidrou/Oriol

Bien avant la fameuse invasion des ours en Sicile, il n’y en avait qu’un seul qui puisse perdurer dans le souvenir de Téofilio, vieillard caché de grosses lunettes noires, plus autonomes et condamné à trouver de bonnes âmes – sacré retour de bâton pour un homme de main – pour l’aider à attendre le grand jour. Lequel ? L’histoire du premier tome concocté par Zidrou et Oriol ne l’avouait pas d’emblée. Même sous la torture, si présence dans ce polar sanglant.

© Zidrou/Oriol chez Dargaud

Dans ce premier opus, c’est par flashbacks que Zidrou et Oriol confessaient Don Palermo dans les mains graisseuses d’un gamin au vélo crevant ses roues sur les vallons de Lipari. L’occasion, jour après jour, horoscope après horoscope (clé de l’attente de notre vieil homme), de paysage lumineux en fonds de rues crasseuses, ternies, de peindre le destin de ce garçon de cirque ayant versé du côté obscur de la force et du bras armé de l’injustice. Car Don Pomodoro n’est pas un rigolo. On le soupçonne d’avoir un visage aussi rouge (ce qui lui vaut son surnom), par le sang qu’il aime verser et dont il se fait éclabousser. Artiste du machiavélisme, Pomodoro s’habille d’un nouveau costume blanc tous les jours. Pas destiné à rester immaculé très longtemps. Et Palermo, privé de ses parents et de son éternel ami ours, d’en devenir le loyal apprenti. Loyal jusqu’à ce que l’amour s’en mêle.

© Zidrou/Oriol chez Dargaud

Première collaboration entre Zidrou et Oriol, cet album révélait le Catalan dans sa propension à déjouer les pièges des nombreux récitatifs imposés par ce genre de récit, en posant sa patte : des personnages au charisme incroyable, tirés en hauteur; une manière de planter son chevalet (plus que sa caméra) pour faire vivre les scènes avec les tripes. Sans parler de scènes d’action rares mais ébouriffantes. Oriol avait toutes les couleurs en main pour imposer un style… qui en impose.

© Zidrou/Oriol chez Dargaud

Huit ans plus tard, alors que Les trois fruits et l’incroyable Natures mortes ont approfondi et rendu encore plus incroyable la collaboration entre les deux auteurs, les voilà qui reviennent aux origines et donnent une fausse suite à La peau de l’ours. Fausse, dans le sens où les deux histoires sont indépendantes, tout en se renforçant dans leur signification, leur initiation dans le pire des mondes.

© Oriol

Dans ce deuxième opus, balle dans la bouche dès la devanture de ce récit, Zidrou et Oriol signent un album beaucoup plus ensoleillé que le premier, sous un ciel bleu, ce qui rend la violence, toujours plus prête à exploser, encore plus impressionnante. Encore plus quand le contre-nature s’invite dans la bulle, certes cynique mais codée selon des valeurs ancestrales, de ces truands sans vergogne. Cette fois, pas d’ours à l’horizon, mais un bonhomme dont la stature vaut bien Orso, le surnom et la réputation qui courent bien plus loin que la falaise et « Spaggie », où les parents d’Andrea ont été sauvagement brisés. Là où sa vie à lui, qui allait sur ses seize ans, a brusquement changé de trajectoire pour se ranger parmi les maîtres de ces lieues, tyranniques mais respectés. Pas sans failles, pourtant.

Recherche de couverture © Oriol

Dans ce deuxième opus, on sent ô combien Oriol, en quelques albums, a gagné une stature, une maturité, un engagement et de la confiance pour trouver les couleurs qui tranchent. Pas forcément celles du réel mais celles qui font sens, qui choquent, provoquent, qui font que chaque case est un petit tableau pendant que le drame se joue, que l’engrenage se met en place et que les cadavres, mais aussi les fantômes de l’amour, s’accumulent. C’est fort, insolent, jusqu’au-boutiste.

© Zidrou/Oriol chez Dargaud
© Zidrou/Oriol chez Dargaud

C’est la réponse du berger à la bergère. Pour un diptyque d’une force démentielle, qui donne matière à cauchemar dans la beauté des aquarelles d’Oriol. Paradoxal système pour mécanique infernale, incisive.

© Zidrou/Oriol
© Zidrou/Oriol chez Dargaud

En attendant un prochain album, le dessinateur prend le temps de soigner son travail, Oriol a mis des images sur un jeu de cartes intitulé Paris: la cité de la lumière paru chez Devir Games et né de l’imagination de Jose Antonio Abascal Acebo. Mine de rien, on ne serait pas contre que cela lui inspire un album:

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Série : La peau de l’ours

Tome/Saison : 1 et 2

Récits complets

Scénario : Zidrou

Dessin et couleurs : Oriol

Genre : Drame, Mafia, Polar

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 64

Prix : 15€

Date de sortie : le 05/07/2012 et 10/01/2020

Extraits : 

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