Jean-Luc Couchard est Tony Cassaro mais appelez le Il Padrino : « Un court-métrage, c’est le système de la débrouille »

Divertissons-nous, bon dieu ! Avant que le monde ne s’arrête, le festival du cinéma belge de Moustier coulait des jours heureux et roulait des mécaniques de pellicules. Cette année, Jean-Luc Couchard y est passé. Non pas en tant qu’acteur, enfin si, mais surtout en tant que réalisateur. En effet, lorgnant vers le cinéma italien sans perdre le sens de l’humour belge, voire liégeois. Bienvenue dans le monde d’Il Padrino ! 

Bonjour Jean-Luc, vous êtes actuellement en pause entre deux projets. Mais d’où revenez-vous ?

Je reviens d’un tournage au Maroc, à Ouarzazate: Le dernier voyage de l’énigmatique Paul W.R. de Romain Quirot. J’ai tourné avec Hugo Becker, Bruno Lochet, Jean Reno… Le réalisateur adapte en fait son court-métrage en long. C’est un film de science-fiction poétique.

Vous présenterez au festival du cinéma belge de Moustier Il Padrino, votre premier court-métrage. 

C’est exact, mon premier film à la réalisation. Et pas le dernier. Il Padrino, c’est une idée que j’avais en tête depuis un petit moment et qui s’est concrétisée avec Raja Lachhab. Sur papier, l’idée était de suivre un mafieux, un tueur, qui fait peur à tout le monde… mais ne dit-on pas que derrière les grands hommes, il y a des femmes ? La sienne va lui tomber dessus et le renvoyer à ses fourneaux.

Ce court-métrage, il se vit en noir et blanc.

Oui, en guise d’hommage aux films italiens que j’apprécie.

© Joëlle Lê

D’ailleurs, vous avez même pris le pli de tous, quasiment, parler en italien !

Je ne parle pas un italien mais d’avoir vécu avec une Italienne pendant neuf ans, j’en connaissais quelques rudiments. La première scène (ndlr. un conciliabule entre malfrats pour parler des « affaires »), s’il a été un moment question de la jouer en français, nous avons vite opté pour l’italien. Ça faisait sens. Problème, dans le groupe, sur les neuf acteurs, deux seulement sont de vrais Italiens. Si c’était pour parler la langue avec l’accent de Seraing, autant s’abstenir.

Mais ce ne fut pas le cas. Et on n’y voit que du feu.

Renaud Rutten et moi avons travaillé avec un coach. Renaud s’est pas trop mal débrouillé. Nous avons fait des lectures à la maison, il était très costaud face à moi.

Pour le reste du casting, tout s’est passé via des contacts. On m’a présenté Pepone, que je ne connaissais pas. Deux jumeaux nous ont rejoints, notamment, Mike et Gary Hauwen. Ils campent mes gardes du corps. Ils sont champions de karaté, il ne faut pas trop les chercher (il rit).

La femme derrière le grand homme que vous êtes, c’est Isabelle de Hertogh. J’imagine que vous vous connaissez bien ?

Oui, nous avions déjà été amenés à tourner ensemble. Nous nous étions dit qu’un jour, cela pourrait être chouette d’incarner un couple. Par nos physiques, mais aussi parce que le courant passe super bien.

L’ensemble est ramassé sur huit minutes.

C’est un vrai court. Court c’est court. Je ne voulais pas faire un métrage de 20 ou 25 minutes.

Il faut trouver ses marques dans l’écriture, justement, pour ne pas déborder ?

On dit souvent que quand on écrit un scénario, une minute tient en une page. Ça s’est vérifié.

Le court-métrage débute dans un bâtiment en décrépitude totale, plus vrai que nature.

Un court-métrage, c’est le système de la débrouille. On fait jouer les contacts. Et nous avons trouvé cette gare désaffectée de Montzen, décor parfait pour ce que nous imaginions. C’était un lieu incroyable, un terminus avec d’anciens rails à côté desquelles nous pouvions planter le décor et garer la voiture. Elle nous a été prêtée par le garage Meunier à Soumagne.

Dans ce jeu de contraste, après la gare désaffectée, on passe à la vie de château.

Là encore, nous avons eu de la chance. Ce château, des jeunes l’ont racheté pour en faire une brasserie. L’endroit était en travaux mais ils ont accepté de nous laisser tourner dans une des pièces.

Le gamin au vélo est cette fois le chauffeur du Padrino !

Thomas Doret avait un peu peur de se lancer dans cette aventure : il n’avait jamais joué dans une comédie. En écrivant le scénario, j’avais imaginé ce personnage de jeune garçon qui ferait son premier jour au service du parrain. Je le voyais comme un fils de politicien, qui l’aurait confié aux mains de son ami mafieux. C’est ainsi que Gaetano arrive comme un cheveu dans la soupe, avec sa naïveté.

Il est dans ses petits souliers au début. Et pour cause, le ton est sérieux, dramatique.

Je le voulais. Notez que j’avais écrit une scène qui devait ouvrir le film. Dans la voiture, Il Padrino expliquait sa relation avec sa femme. Mais nous l’avons coupée pour garder la séquence entre les durs.

Et avec des silences, des jeux de regards.

L’heure est grave. Un traître a braqué le compte du chef et a écrit « Vaffanculo Tony Cassaro sur un extrait de compte !

Y’a-t-il eu d’autres scènes supprimées ?

Une petite qui devait se placer à la fin, avant le générique. Mais nous n’avons pas eu le temps de la tourner. L’idée était de revenir près des gardes du corps, en train de faire le guet. L’un d’eux aurait eu cette phrase: « Le petit a découvert qui est le vrai parrain! »

Comment avez-vous négocié d’être à la fois devant et derrière la caméra ?

J’ai bien aimé ça. Bon, ce sont des grosses journées: j’étais levé à 6h et debout jusque 23h. La double-casquette, ça demande beaucoup d’énergie. Mais, en tant que comédien sur un plateau de tournage, j’ai souvent envie que ça bouge. Mais c’est un métier d’attente.

Ici, le tournage a duré trois jours, ce qui me convenait parfaitement. Mais sur un long-métrage et trente jours de tournage, c’est une autre affaire. À la moitié, j’aurais été sur les rotules. Il faut une grosse équipe.

© Joëlle Lê

Nous avons réfléchi longtemps à la manière de procéder. Je me suis arrangé avec le premier assistant-réalisateur, Karim Tebache. Après tournage, j’essayais de pouvoir voir la scène.

Pour la première scène, j’ai ainsi mis en monologue toutes les répliques que je devais faire. Nous avons tourné des amorces. Le fait de commencer à chaque fois en premier n’était pas un caprice d’acteur, ça me permettait de me libérer ensuite pour diriger les autres.

Et le montage ?

Encore un coup de chance. Lors d’un tournoi de pétanque, j’ai rencontré Philippe Bourgueil, le monteur de films comme Le Boulet ou Les visiteurs III. Apprenant mon projet, il m’a dit qu’il voulait bien le monter. C’est important d’avoir un bon monteur. Je ne pouvais rêver mieux. Philippe a présenté le film avec moi à Moustier.

© Philippe Depireux

Ici, vous jouez autant la comédie que la gravité. N’avez-vous pas donné un autre tournant à votre carrière au cinéma ?

Récemment, j’ai joué dans le film Tous les dieux du ciel. Un magnifique film dans lequel je faisais l’inverse de ce pour quoi on me connait habituellement. Il est sorti en DVD, procurez-le vous ! Je viens du théâtre, j’en fais depuis plus de 20 ans. Si j’aime la comédie, je ne fais pas que ça. Mais le public met vite les acteurs dans des cases. Encore plus moi qui suis un petit bonhomme. Mais j’ai aussi participé à la saison 3 de la série Baron Noir. Puis, j’ai quand même commencé dans le film Calvaire de Fabrice Du Welz. Loin de la comédie.

Fabrice Du Welz dont vous figurez au générique du dernier film, Adoration, sans y apparaître vraiment. 

Hé oui, moi, comme Renaud Rutten et Laurent Lucas, avons été coupés. On nous voit donc au loin, en flou. Béatrice Dalle a été totalement coupée. Fabrice va toujours jusqu’au bout de ses idées et a, ici, décidé de privilégier au maximum ses deux héros.

Ça peut être vexant ?

Non, Fabrice est un ami. Mais ça m’a fait rire de penser aux personnes qui ont été voir le film en se disant : « On va aller voir le dernier film de Jean-Luc. » Alors que je n’y fais que de la figuration !

Écrire un court-métrage, c’est une manière de se confectionner un rôle ?

Non, pas nécessairement. J’aurais très bien pu penser à un autre acteur pour jouer le rôle-titre d’Il Padrino. Je ne réfléchis pas pour moi quand je compose l’histoire. Je ne sais par exemple pas si j’apparaîtrai dans mon prochain court-métrage.

Vous avez de la suite dans les idées, niveau réalisation ?

Avec Delphine Noels et Laurent Brandenbourg, nous sommes en train de préparer un long-métrage, Le Prince (prononcez-le à l’Anglaise). Tarantula nous suit. Je crois que Delphine réalisera le film. Pour financer un film, mieux vaut quelqu’un qui a de la bouteille.

© Philippe Depireux

L’histoire commence deux semaines avant le carnaval dans un village dont l’usine principale est menacée. L’élection du Prince doit avoir lieu. Mais les difficultés que connait cette usine remettent en question ce carnaval. Il faut dire que la moitié du village est engagée. Le nouveau Prince en est employé et va défendre son usine.

J’adore les films de Ken Loach. Ce sont des oeuvres sociales mais certaines ne résistent jamais à la comédie, comme Raining Stones ou La part des anges. J’aime cette manière de filmer à l’anglaise.

Et le cinéma belge, qu’est-ce ?

C’est beaucoup de choses. Mais je crois que nous manquons encore de comédies sociales comme celles que je citais. Je crois les doigts pour que l’avenir en apporte.

Votre oeuvre belge de chevet ?

C’est arrivé près de chez vous. Mais j’ai un super-souvenir du Maître de Musique. Du Huitième Jour aussi. Plus récemment, La merditude des choses m’a marqué!

 

Vous le différenciez du cinéma français ?

Je crois que les gens sont sympas des deux côtés mais le cinéma français est plus hiérarchisé. Nous, nous sommes plus cool.

Une anecdote ?

Je me souviens d’un tournage, place Vendôme, à Paris. Une passante s’est arrêtée près de François-Xavier Demaison pour lui demander dans quoi il jouait. Il lui a répondu « Il était une fois une fois ». Ce à quoi, la dame lui a répondu: « Ah ben, je ne l’ai pas vu. » Forcément !

Un autre acteur qui est passé derrière la caméra, c’est Patrick Ridremont.

Dont le Dead Man Talking m’a valu une nomination de meilleur acteur aux Magrittes ! Patrick, il avait quand même un peu de métier au moment de faire ce film. C’est un très bon directeur d’acteurs. Il faut de l’énergie pour ça, parvenir à transmettre sa vision et ce qu’on veut que les comédiens fassent.

Il Padrino a-t-il déjà été présenté en festival ?

Oui, aux rencontres du cinéma de Beaurepaire, en France. Et maintenant à Moustier. Nous n’avons pas encore entamé toutes les démarches pour faire voyager ce court-métrage. Nous devons encore en réalisé la version anglophone.

Pourriez-vous envisager Il Padrino sous forme de long-métrage ?

Je ne vois pas comment, je pense que ça épuiserait le sujet. Ici, il m’importait de raconter un moment. Je pourrais l’extrapoler mais ça perdrait de son sens.

Ce n’est pas comme Quarxx qui avant Tous les dieux du ciel en avait déjà fait un court-métrage, Un ciel bleu presque parfait, qui faisait déjà 37 minutes. Il avait de la matière.

Vous parle-t-on encore souvent de votre personnage de JC dans Dikkenek ?

Tout le temps ! Mais ça ne me dérange pas du tout. J’aime dire: j’ai fait d’autres films, vous savez.

Et vous êtes aussi chanteur des Slip’s.

C’est vrai. Suite à un concert aux dernières Francofolies, je travaille sur un album solo, avec Calogero Marotta. Le projet s’intitule Le Baron et explore un univers rock, deux guitares, une basse, une batterie !

Ça déménage. Merci Jean-Luc ! 

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