Ratafia Delirium: loin de leur série-mer(e), les pirates sabordent le cosmos, immense désert médical face aux zombies

Poussé par des Vents d’Ouest, l’équipage du Kouklamou, qui s’est senti poussé des ailes, des moteurs et de quoi résister à l’attraction terrestre pour devenir le Kouklamoon, a élu domicile dans le cosmos. On ne sait pas comment ils sont arrivés là mais la fine équipe emmenée par le capitaine Romuald n’a pas changé et ne manque toujours pas d’air, peu crédibles en pirates de toutes les mers et de tous les cieux. Vers l’infini et l’en-deçà.

©Pothier/Salsedo/Lauprêtre chez Vents d’Ouest

Résumé de l’éditeur : Après un sidérant voyage intersidéral, l’équipage du Kouklamoon se retrouve sur une petite planète sans nom, mystérieuse, sauvage et entièrement recouverte d’océans, d’où émerge un petit archipel sans nom au milieu duquel une petite île sans nom cache une petite source sans nom. L’eau qui coule de cette petite source sans nom aurait en revanche un petit nom : l’eau de jouvence. En effet, selon certaines sources (qu’on se gardera ici de nommer), cette eau donnerait, à celui qui la boit, la jeunesse éternelle ! Bien entendu, cette petite planète sans nom est aussi une planète sans visiteurs, car qui, dans toute la galaxie, serait assez stupide pour croire à ces gnoleries ?

©Pothier/Salsedo/Lauprêtre chez Vents d’Ouest

« Dans l’espace, tout le monde vous entendra rire… » En reprenant à son compte une citation qui a fait date dans l’Histoire du Cinéma et de la culture populaire (Alien et son « Dans l’espace, personne ne vous entendra crier », premier des clins d’oeil qui parsèment cet album dans tous les coins de case, ou presque, avec du Moebius notamment, et une saveur toute goscinnienne), ce Ratafia Delirium se met, avant même de commencer, sur l’orbite de la parodie spatiale. Même si, comme un prolongement de sa série-mer(e), pour brouiller les pistes, cet album commence entre îles désertes et océan à perte de vue.

©Pothier/Salsedo/Lauprêtre chez Vents d’Ouest

Avant de basculer dans le cosmos. Personne n’a été perdu en cours de route, puisque Romuald, Gaspard, Linet, Padchock, Chandler, Rosebud, Jeanne et les autres ont sans doute subi un entraînement intensif pour résister au pouvoir de l’espace et se tenir debout dans leur vaisseau… spatial. Il y a même des revenants, au sens propre, comme au figuré. Le premier, c’est Frédérick Salsedo. Ayant laissé sa série historique couler des jours tranquilles dans les mains de l’excellent Johan Pilet (en alternance avec Ninn), après deux trilogies et un one-shot, le revoilà qui se réengage aux côtés de ses flibustiers ubuesques. Toujours avec Nicolas Pothier aux commandes.

Recherches d’aliens © Salsedo

Et quand on parle de revenants, on ne croit pas si bien dire. Outre le cours de Bitcogne, il y a une chose qui passionne presque autant Romuald et ses ouailles : la jeunesse éternelle. Et il semble qu’ils l’aient trouvé dans une eau pure qui coule sur une toute petite île sans nom d’un petit archipel sans nom d’une petite planète sans nom. Ça commence comme dans un conte pour enfants. La team « flibuste » n’a pas eu le temps de baptiser tout ce beau monde et a été à l’essentiel. Au tirage au sort, Gaspard a gagné (ou perdu, en fait) le droit de goûter l’eau. Y’a pas de quoi être saoul et encore moins tout son soul. On ne sait pas trop si Gaspard a hérité de la jouvence ad vitam eternam, toujours est-il qu’il est toujours aussi chauve et que sous sa moustache (qui fait concurrence à celle de Gustave, le maire de Champignac, dans une autre galaxie du Neuvième Art), il a adopté un teint cireux. Depuis, il joue à « qui c’est » en répétant à l’envi « kissé ». Qu’il fasse des gamineries, passe encore, mais le problème est plus grave. Ce mal dont il souffre est contagieux, pas besoin de morsure ou d’une toux, le simple touché d’une victime à l’autre suffit à propager le sinistre… mal blanc.

©Pothier/Salsedo/Lauprêtre chez Vents d’Ouest

De quoi changer tous les plans de Romuald et de sa clique qui en a déjà sa claque. Voilà qu’il convient de parcourir l’espace pour trouver le remède et sauver l’humanité autant que les aliens. Sans grand méchant, dans ce jeu de société participatif et labyrinthique, l’histoire inventée (avec quand même des traces de notre monde au XXIe siècle) par le tandem, consiste à explorer l’univers d’un point de vue médicale. C’est n’est pas très jojo. Il faut composer avec l’omerta qui règne autour de mal zombifiant, le burn-out de certains médecins, l’hypocrisie des créateurs de vaccins et tant d’autres.

©Pothier/Salsedo/Lauprêtre chez Vents d’Ouest

Pothier et Salsedo brodent ce 46 planches sur une trame parodique qui tient sur une feuille A4 mais ils le font bien (beaucoup mieux que le dernier Astérix, par exemple). Si l’ensemble souffre de quelques légères longueurs, le duo s’offre aussi les latitudes pour découvrir ce nouvel espace récréatif (et s’autoriser des planches gratuites mais tellement chouettes: ce moment où Chandler part en quête d’une supérette et se ballade dans les décors de films mythiques) et faire les présentations. Pas besoin d’avoir lu la série originelle (même si c’est mieux, forcément, tant elle constitue un trésor) pour s’y retrouver. L’humour fait mouche, pour une fois le laïus commercial ne ment pas: la greffe d’Astérix sur Star Wars a pris, et bien. Sylvain Lauprêtre finit de mettre des couleurs à l’ouvrage (avec des codes forcément différents de la série-mer(e)). Tout ça cartonne.

©Pothier/Salsedo

Série : Ratafia Delirium

Tome : 1 – Le mal blanc

Scénario: Nicolas Pothier

Dessin: Frédérik Salsedo

Couleurs : Sylvain Lauprêtre

Genre : Aventure, Humour, Science-fiction

Éditeur : Vents d’Ouest

Nbre de pages : 48

Prix : 11,50€

Date de sortie : le 08/01/2020

Extraits : 

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