Midam, les faits divers du Game Over : « On m’a prêté des consoles au début, mais je les ai vite rendues: si je joue, je ne dessine pas »

Quel est le point commun entre un petit barbare, un tigre vert et un petit gamer adorant les films d’horreur? Rien, me direz-vous! Hé bien, il y en a un: leur illustrateur, Midam. Venez à la rencontre de ce génie du gag. J’espère que vous ne vous serez pas écrasé ou éviscéré avant la fin de cette chronique! À l’occasion de la sortie du 18e tome de Game Over, j’ai pu rencontrer cette icône belge de la bande dessinée qu’est Midam. Et je peux vous dire qu’il ne se prend pas pour un Blork, mais a tout du Joker dans la Bad Cave.

C’est avec une réelle appréhension mais aussi une excitation réelle que je me suis rendu, mercredi, chez Cook and Book pour rencontrer le papa de Kid Paddle, Game Over et Grrreeny. L’accueil a été des plus chaleureux et voici le compte-rendu de notre discussion.

Bonjour Midam, vous avez été des deux côtés de la production de bandes dessinées. À la fois en tant qu’auteur mais aussi comme éditeur avec Mad Fabrik. Quel est l’aspect de votre art le plus dur? Est-ce que la partie édition n’enlève pas de plaisir à la création? Est-ce facile de passer d’un éditeur à un autre?

Je ne suis pas passé d’un éditeur à un autre, comme ça, en fait. Quand je ne suis pas content, que je ne suis plus en adéquation avec les demandes, la ligne directrice, il est important de reprendre son indépendance et d’aller voir ailleurs. J’ai quitté Dupuis puis Glénat pour revenir chez Dupuis et, pour l’instant, je m’y sens bien. Mais je veux garder une certaine autonomie pour créer, on doit me laisser le champ libre. Je préfère le côté créatif au côté administratif.

© Midam

Finalement, Game Over a dépassé le nombre de tomes de Kid Paddle. Ça vous inspire plus? C’est devenu la série principale?

Non, Kid est toujours mon oeuvre principale, mais ce qu’attendent mes lecteurs, c’est de la régularité dans les sorties. Mon procédé de réalisation pour Game Over fonctionne bien et me permet d’être productif. Ce qui explique pourquoi plus d’albums sont sortis.

Comment construisez-vous vos albums pour Game Over ?

J’utilise un carnet et, sur chaque page, je note un type de gag, un thème… et je trouve une petite histoire  qui le représente. Mais je suis aussi en train de créer une équipe/structure qui me permette de ne m’occuper que du créatif. En effet, ma collaboration avec d’autres artistes (Thitaume, Adam, etc..) me permet de me renouveler et de ne pas toujours utiliser les mêmes ficelles humoristiques. 

Game Over peut parfois être gore. Y’a-t-il des limites? Des censurés?

Non, je m’auto-censure. Le fait que ce soit « gore » participe à la finalité de certains gags. Mais il faut que la mort soit subite. Nos personnages ne doivent pas souffrir, la torture est intolérable. On a ainsi supprimé une scène où le petit Barbare devait actionner une vanne, qui mettait en marche une vrille sans fin qui transperçait la princesse. Il y a une souffrance du personnage qui n’est pas nécessaire. Ce genre de gags ne sera jamais publié.

Dans l’album, en tout cas, les planches ne sont pas chronologiques. Pourquoi?

Dans notre jargon, on appelle le fil des planches « le chemin de fer », l’enchaînement des gags. Par souci de couleurs ou de redondance, on change l’ordre pour que deux gags se ressemblant ne se suivent pas. La lecture de l’album en devient plus claire et rythmée.

En lisant un album de Game Over, on se rend vite compte qu’il n’y a pas de dialogue. Est-ce parce que vous êtes amateur de cinéma muet?

Ha non, pas du tout. En fait, mon choix de faire du « muet » vient du dessin animé Bip Bip et Coyotte (Road Runner and Wile E. Coyote, dans le titre original). J’admirais le dynamisme et l’absurdité des situations. Les moments où le coyote tombe de la montagne, s’écrase ou se fait exploser. C’est hilarant. C’est ce que je voulais reproduire, ce système propice aux gags. Ce qui était troublant dans ces épisodes animés: il n’y avait aucun dialogue et peu de décors. L’histoire se raconte d’elle-même. Game Over fonctionne comme ça.

À quelle tranche d’âge s’adressent vos héros à la base?

À la base, c’était une commande du magazine Spirou et ma série devait plaire aux enfants. Mais je l’ai fait avant tout pour montrer ce que j’étais capable de faire à mes parents, les enfants et à mes collègues. Mais, maintenant, je touche toutes les tranches de la population et je constate, en dédicaces, que les générations de lecteurs se succèdent. C’est génial.

Comment expliquez-vous cette intemporalité?

C’est avant tout beaucoup de travail, de réflexion pour coller à l’actualité. Je modifie l’environnement par petites touches. Je dois moderniser certains appareils électriques pour coller à la réalité. Exemple, avec la télé (dessin à l’appui), je devais passer du tube cathodique à un écran plat plus contemporain. Donc, par petites touches, j’ai réduit ses formes jusqu’à arriver au standard actuel. Sur l’ensemble des volumes c’est imperceptible, mais on voit les changements.

Croyez-vous qu’il est plus facile de se faire connaitre en Belgique ou en France quand on est auteur de bande dessinée qu’à l’étranger? Vous vous exportez? Avez-vous bénéficié de traductions inattendues?

Il est déjà difficile de se faire reconnaitre dans son pays mais, à l’étranger, ça l’est encore plus. C’est assez paradoxal en fait: les ventes a l’étranger ne décollent pas mais je suis mieux accueilli au Canada qu’en France. Cela dit, l’Amérique me tente. Game Over pourrait être bien perçu et je ne veux pas mourir idiot. Il faudra, à un moment, que j’essaie. Nous avons une quinzaine de traductions pour Kid qui, économiquement, ne fonctionnent pas.

© Midam

Pas reconnu, qu’entendez-vous par-là?

Il existe un clivage entre auteurs de bande dessiné dites populaire (comme mes personnages) et des productions dites plus « intellectuelles ». On m’a déjà tourné le dos car je ne faisais pas partie de la bonne classe. Et il est vrai que dans certains pays, je suis reçu dans de grands hôtels tandis que, dans d’autres, je pose mes valises dans un Formule 1. J’ai quand même vendu 10 millions d’albums.

Aussi, le public est de plus en plus exigeant. Parmi les gens qui viennent pour les dédicaces, certains sont des fans et sont heureux d’avoir un dessin. D’autres sont des collectionneurs et demandent pour avoir tel ou tel dessin. Sans pour autant chercher le contact avec l’illustrateur, mais plutôt la valeur marchande que pourrait leur rapporter la dédicace.  Il ne faut pas oublier que, sur ce genre de prestation, nous ne sommes pas payés. C’est du pur bénévolat.

© Midam

Dernièrement, une personne est venue me voir et m’a demandé: « Pouvez-vous faire Kid devant sa console dans sa chambre avec le lit derrière? ». Je lui ai répondu que, en dédicaces, je comptais 3 ou 4 minutes par dédicace. Pour son dessin, j’en avais pour une heure. Il est venu cinq jours de suite, faisant la file pour avoir sa dédicace. Quand je suis allé à Montréal, les fans pensaient que je ne ferais qu’une signature, ils n’en revenaient pas de repartir avec un dessin…

En 2018, vous avez exposé, dans la galerie Huberty-Breyne, des oeuvres personnelles qui s’approchaient du Pop Art. Quand aurons-nous le plaisir de vous revoir dans cet exercice et que vous apporte la peinture?

J’adore avoir du temps pour être créatif, et la peinture me permet de travailler sur un autre format tout en restant très proche de mon univers. Ça me permet de me confronter à un autre monde que celui de la BD et de me faire connaitre autrement. Le monde de l’art est très fermé et, souvent, en tant qu’illustrateur, on n’est pas bien perçu. Je vais de nouveau exposer fin janvier, à Tour et Taxi pour la BRAFA.

Vous parlez beaucoup des jeux vidéo dans vos séries. Etes-vous gamer?

Non, pas du tout. On m’a prêté des consoles au début, mais je les ai vite rendues. Quand on fait du sport, et j’en fais, on en tire des bénéfices pour notre santé. Le jeu vidéo, lui, n’apporte pas grand-chose, et peut provoquer des addictions. Puis, si je joue, je ne dessine pas, c’est une grosse perte de temps.

Clarke arrête Mélusine. En dehors des Kid Paddle et Game Over, c’est l’auteur avec lequel vous avez le plus collaboré. Avez-vous des projets en commun?

C’est moi qui reprends Mélusine! (sourire). Non je rigole. Non, nous n’avons rien de prévu. Ça nous demanderait trop de travail et ce ne serait pas rentable. 

Vous avez participé à l’hommage d’Astérix. Aimeriez-vous reprendre ce type héros?

© Midam

Non, c’est énormément de travail. Les personnages, les décors et les différents plans. Ce n’est pas évident à réaliser. Par contre, chez lui, Albert Uderzo a placé mon dessin à côté d’une dédicace de Louis De Funès, je ne vous dis pas comme j’en suis heureux.

Avez-vous déjà pensé à faire vieillir Kid?

Non, un héros ne vieillit pas, il est intemporel. Si vous faites vieillir votre personnage, commercialement, vous êtes mort. Kid ne changera pas.

On sait qu’il y a beaucoup de famille monoparentale. Est-ce pour cela que Kid n’a pas de maman?

En fait, deux problèmes se sont posés. Au début, je ne savais pas comment la dessiner. Je ne parvenais pas à me la représenter, ni sa physionomie ni son caractère. Je me suis dit que j’avais le temps d’y réfléchir. Mais, après un an de diffusion, je ne savais plus comment l’introduire dans la série. Alors que faire? J’ai simplement abandonné le personnage. Mais elle ne manque pas à la série. Parfois, un psychologue me dit que c’est bien d’avoir représenté une famille monoparentale. Je le remercie (sourire).

Parlons un peu de Grrreeny.  Vous avez pas mal exploité le monde de Game Over et de Kid, pourquoi n’avoir fait que quatre tomes de votre tigre vert?

Pour qu’une série marche, il faut qu’elle trouve son public et, hélas, ici, les résultats n’étaient pas au rendez-vous. Je ne peux malheureusement pas continuer à faire une série parce qu’elle me plait, le succès commercial doit être aussi de la partie.

Je trouve que, dans cette série, vous vous lâchez bien sur le gore et sur les chasseurs?

Bien que cela traite d’écologie, je ne suis pas Greta Thunberg. On ne peut pas imposer à telle personne ou à tel pays d’agir comme ceci ou comme cela. J’ai lu pas mal d’articles qui disent l’inverse de ce qu’elle pense. Si je peux faire quelque chose, je le ferai. Aider quelqu’un, ça ne pose pas de problème mais cela s’arrête là.  Je ne suis pas vegan non plus mais je n’aime pas avoir un poisson entier dans mon assiette, il faut que la nourriture animale soit transformée. Plus gore? Je ne sais pas mais il est vrai que je déteste les chasseurs. 

Est-ce qu’un jour votre petit Barbare parviendra à trouver la sortie ?  Et s’il pouvait parler que dirait-il?

Non, il ne sortira jamais. S’il sortait, cela signifierait la fin de la série. Or, je ne compte pas l’arrêter. Mais, peut-être que dans certains gags, lui ou la princesse parvient à s’en sortir mais qu’un des deux reste bloqué à l’intérieur. S’il pouvait parler, je crois que mon personnage dirait… « Game Over« .

© Midam

Je tiens à remercier les Editions Dupuis de m’avoir permis cette rencontre et je voudrais remettre un Blork d’OR à Midam pour sa gentillesse et sa patience. Terminons sur quelque chose qui donne envie : des visuels d’un projet 3D. Rien n’est fait mais ça donne envie.

Série : Game Over

Tome : 18 – Bad Cave

Scénario : Midam et Thitaume

Dessin : Midam et Adam

Couleurs : Ben BK

Genre : Humour, Gag, Geek

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 45 (+ 2 pages de bonus)

Prix : 10,95€

Date de sortie : le 31/10/2019

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