Dans le reste du monde de Jean-Christophe Chauzy : mourront-ils tous… mourrons-nous tous ?

« La terre meurt

L’homme s’en fout

Il vit sa vie

Un point, c’est tout
Il met à son gré, à son goût,
Le monde sens dessus dessous
La Terre meurt
Où allons-nous?

Ces paroles, elles étaient signées par le regretté Charles Aznavour il y a une bonne dizaine d’années. Et si nous l’inversions, si nous disions: « L’homme meurt et la Terre s’en fout ». Dans sa saga apocalypto-survivaliste, Jean-Christophe Chauzy laisse l’homme misérable par rapport au décor tragique et dangereux qui l’entoure. Face à lui-même aussi, puisqu’en situation de survie poussée à l’extrême, l’homme est un tyrannosaure pour l’homme. Il ne savait pas trop où il allait dans ce laboratoire mettant l’humain dans un contexte post-effondrement, finalement, l’auteur conclut son cycle sur un quatrième tome déstabilisant.

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Chauzy chez Casterman

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Résumé de l’éditeur : Après trois ans de survie laborieuse, dans une société dévastée et livrée à la barbarie, les trajectoires de Marie, Hugo et Jules et de leur père, vont enfin se rejoindre, au bord de la Méditerranée. Alors que le Fléau rôde, en quête de victimes, le temps est compté et nos héros ne sortiront pas indemnes de ce dernier round.

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Chauzy chez Casterman

Sur une couverture rougeoyante, Chauzy signe l’apothéose de la cruauté en faisant comprendre en deux mots que, dans les trois tomes passés, nous n’avions encore rien vu: Les Enfers. Ce n’est même pas onirique ou mythologique, c’est la violence et la vengeance de la Nature dans leur plus simple appareil. Mourront-ils tous (« mourrons-nous tous », étais-je tenté d’écrire avant de me refréner même si, c’est certain, la piste tracée par l’auteur est plus que crédible) ? C’est la question qui se pose au moment de tourner la première page.

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Chauzy chez Casterman

Des carcasses, des chiens voraces, des fous de dieu (il y en a dont la vision du précipice fait plus d’effet qu’un confessionnal) , la fin, la soif, les hélicos qui tournent et les snipers blindés… Dans un château cathare comme dans une citadelle, ça protège un temps. Mais en temps de pénurie, il faut bien descendre pour la poignée de jeunes gens encore vivants. Alors, la chasse peut reprendre de plus belle. Et ce père qui cherche les siens.

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Continuant son oeuvre chorale et amplifiant la voix off hideuse du plus grand danger qui reste à venir pour nos héros (réduits au rang de mortels, à tout moment), Chauzy profite encore un peu du relief et des couleurs qui, peut-être, depuis que l’homme a du mal à traverser son ciel, n’ont jamais paru aussi belle. Son trait est tellement ample, léger, contemplateur sans rien perdre de l’action, que ses planches, déjà grandes, le semble encore plus. C’est immersif. On sent le souffle coupé, le soufre propagé.

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Chauzy chez Casterman

C’est beau mais ça déraille sévère. Et au bord d’un lac, comme un coin de paradis préservé, c’est là qu’ont élu domicile une bande de mafieux qu’il ne faut pas chercher. De toute façon, il n’y a plus de bon ou de gentil. Chacun lutte pour sa peau. Ou ce qu’il en reste.

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Dans ces 120 dernières planches, Chauzy ne précipite pas les choses, il les laisse venir, se regrouper ou s’éclater. Avec un certain sens de l’absurdité pour certains personnages pour qui on se dit : « Tout ça pour ça ». Quant à la voix off trainaillante, malade et attendant son heure, l’auteur lève le suspense, nous surprend et nous déroute. Pourquoi jouer de tant de facilité. Mais plus on y revient, et plus on se dit que l’auteur a osé et réussi à faire sentir ce qui guettait depuis longtemps son univers ébranlé. La dernière plaie. Laissant derrière lui un paysage à feu et à sang, sans avoir cassé tout, comptant les morts et les survivants, Chauzy ne ferme pas totalement la porte, avec une fin ouverte. Tout pourrait très bien s’arrêter là. Tout pourrait très bien continuer. Bon, allez, on vous le dit parce que l’auteur l’a écrit, il s’agit d’un premier cycle qui se referme ici. Car il y a encore le reste du monde à imaginer en état de siège !

Titre: Le reste du monde

Tome: 4 – Les Enfers

Scénario, dessin et couleurs: Jean-Christophe Chauzy

Genre: Catastrophe, Anticipation, Survival

Éditeur: Casterman

Nbre de pages: 124

Prix: 18€

Date de sortie: le 23/10/2019

Extraits:

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