Il aura fallu une seconde pour qu’un roman se transforme en livre d’épanouissement personnel

Il aura fallu une seconde est le premier roman d’Anne-Sylvie Pinel. C’est un roman empli de bonnes intentions. Un roman qui suggère l’épanouissement comme quête exclusive de la vie. Un roman qui nous fait entrer dans l’univers de Léa – la tendre – qui colle des post-it avec des phrases toutes faites partout dans l’appartement. Des phrases du style « Ecoute-toi et la vie de répondra »… Et Carmen, anciennement Sophie, qui n’aime pas son prénom de baptême, trop lisse, trop sage. Carmen la sulfureuse, Carmen la libre, Carmen la solaire. 

« Du jour au lendemain, Léa voit son monde basculer. Plus de mec, plus d’appart, plus de travail : tous ses repères s’effondrent. Que faire quand on se retrouve sans rien ? Seule face à elle-même, la jeune femme va devoir affronter ses peurs et ses doutes pour tout reconstruire, pour se reconstruire.
De remises en question en coups de solitude, de grosses galères en petits miracles, elle va apprendre, pas à pas, à trouver son chemin. Un chemin qui la mène à la rencontre de Carmen, une danseuse aussi étonnante qu’inspirante. La vie de Léa prend alors un tournant inattendu qu’elle n’aurait jamais cru possible… »

C’est attablée avec Marc au restaurant que l’on fait la connaissance de Léa. Ensemble depuis 8 ans, ils ont tout pour être heureux. Une vie calme, équilibrée, un appartement, des projets, des sourires au quotidien, des différences qu’ils s’obligent depuis toujours à voir comme une force qui les rassemble, comme ce qui fait d’eux un couple unique. Mais quand Marc, avec son joli sourire, sa chemise toute propre, son bouquet de fleurs dans la main gauche et la bague dans la droite demande Léa en mariage, le seul mot qui sort c’est NON.

Trois pages seulement se sont écoulées et la promesse d’un grand roman est faite. Léa est une jeune femme de 35 ans qui perd son mec, son boss et son colloc’ en trois lettres et qui voit sa vie chamboulée par une intuition, celle qu’elle n’est pas heureuse. Léa nous interroge sur notre vie, sur nos choix, sur notre bonheur. Mais elle finit chez un xième copain qui lui prête son appart en colloc’ avec Carmen.

Carmen c’est tout le contraire de Léa, une fille solaire, insouciante, qui décide de voir la vie sous le prisme de la légèreté, de l’humour. C’est une fille qui danse le French cancan dans la troupe des Nini pattes en l’air, qui laisse traîner son linge là où elle le dépose, suit un inconnu séduisant pour le week-end, fume plus que de raison, rit trop fort, préfère les soirs aux matins et est intrinsèquement éprise de liberté.

J’adore Carmen, je veux rencontrer Carmen, je veux discuter avec Carmen, je veux boire, danser, sortir et rire avec elle… Mais je préférerais qu’elle ne devienne pas ma colocataire envahissante. Pour tout le reste, oui. Magnifique personnage de femme actuelle, libre, heureuse, différente.

Ce roman, c’est la confrontation des deux visions, ça aurait pu être un vrai coup de coeur.

Oui mais voilà, l’auteure a choisi un parti pris qui plaira à de nombreux lecteurs (lectrices plutôt) mais qui ne me séduit pas. Elle insère des petites phrases de coaching de vie, de philosophie, de pensées positives, dans tous les chapitres. Ces derniers commencent tous par une réflexion, un texte d’auteur. Les pensées de Léa, grande adepte des livres et stages en développement personnels, des « Demandez à l’univers et il vous répondra », sont entièrement centrées sur ce type de raisonnement. Et moi ça ne me parle pas. Ça m’ennuie. Mais celles et ceux qui aiment Paulo Coelho, Elyzabeth Gilbert ou Miranda Grey se régaleront avec Anne-Sylvie Pinel.

J’aurais aimé une Léa moins érigée en juge de la vie de Carmen. Dès le départ, les actions de Carmen sont décodées par le prisme du trauma initial non résolu. Une femme ne peut elle être libre sans chercher aveuglément la vie à deux? Le compagnon ou la compagne qui « comble » sa solitude du dimanche soir? Doit-elle obligatoirement se sentir seule le dimanche soir d’ailleurs (ou tout autre jour de la semaine)? Je regrette cette vision trop rétrograde pour la fan de Sorcières (de Mona Chollet) que je suis.

Soulignons l’écriture de l’auteure qui présente ici, rappelons-le, son premier roman. Sa plume est fluide et sans répétition. Elle a toutefois l’habitude d’écrire puisque c’est son métier. En effet, elle met en encre les mots des autres pour les autres. C’est un premier opus, certes,  mais il ne présente pas les faiblesses habituelles que l’on peut parfois rencontrer.

L’histoire en elle-même est bien racontée et donne envie de poursuivre le récit. Malgré mes réserves importantes, j’ai poursuivi la lecture jusqu’à la fin. On s’interroge sur le devenir de Léa, sur son envol (ou non) vers sa vie vers sa liberté et on ne peut se résoudre à quitter définitivement la volcanique Carmen.

Vous l’aurez compris, je ne suis pas convaincue. Mais je suis certaine que tou(te)s les adeptes des livres de développement personnel seront entièrement et pleinement heureux(ses) de découvrir ce roman qui leur parlera beaucoup plus qu’à moi.

Auteure : Anne-Sylvie Pinel

Titre : Il aura fallu une seconde

Editions : Auto-édition

Sorti le 30 mars 2019

Nbre de pages : 285 pages

Prix : 11,57 €

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