Les Sanson et l’amateur de souffrances : la peine de vivre avec la peine de… mort et d’en être le bourreau

À la rentrée littéraire, on liste les one-shots mais aussi les débuts de série que l’on attend. Moi, cette fois, j’ai envie de parler d’une fin de série que j’attends: Les Sanson et l’amateur de souffrances. Une saga familiale échelonnée sur plusieurs générations, maudites. Et comme on a pas l’habitude d’en voir. Car, a priori, les héros sont ici… les mauvais. Les Sanson forment la plus grande dynastie de bourreaux. Ceux qui opéraient à Paris, y compris ces jours fatidiques où Cartouche fut décapité mais aussi quand roi et reine furent guillotinés pour donner naissance à une nouvelle France, pas moins violente. 

© Mallet/Beuzelin chez Glénat

Résumé de l’éditeur : Fin du XVIIe siècle, dans la campagne rouennaise. Suite à une chute de cheval, Charles-Louis Sanson est recueilli par un fermier taciturne et sa fille, Marguerite. Alors qu’il tombe amoureux de la belle, le jeune homme ne s’imaginait pas épouser la fille de Pierre Jouenne, bourreau de la région ! En bon gendre, Charles hérite donc de la funeste tâche et devient exécuteur à son tour. Mais en plus de la mort qui jalonnera son parcours, il hérite d’un autre compagnon d’infortune : L’Amateur de Souffrance. Un monstre à apparence humaine et auteur d’un sombre pacte avec tous les bourreaux du pays, s’abreuvant de la souffrance des autres au moment du supplice final pour conserver une jeunesse éternelle. Car quoi de mieux qu’assister à une exécution publique pour assouvir cela ? Incapable de se résoudre à pactiser avec le diable en personne, Charles Sanson mettra tout en œuvre, jusqu’à former son fils et tous ses descendants, pour lutter contre ce personnage terrifiant qui traverse les âges. Une lutte sur six générations s’engage…

© Mallet/Beuzelin chez Glénat

Ils s’appelaient Charles-Louis, Charles, Jean-Baptiste ou encore Henri. L’histoire n’a pas forcément retenu leurs prénoms mais leurs noms, par contre, ça ne fait aucun doute. Les Sanson, comme un claquement d’orage qui survivrait aux siècles et continuerait d’alimenter la psychose, de nous glacer le sang. Pendant près de deux siècles, cette famille passée autant à la postérité qu’à la mortalité à la suite d’un contrat de mariage qui les a aussi liés au métier de la mort… violente. Et surveillé par l’ombre du sinistre et terrible amateur des souffrances, un homme qui rajeunit à chaque supplice public. Double-peine, double-malédiction dont il est impossible de s’extirper.

© Mallet/Beuzelin
© Mallet/Beuzelin

Après avoir déjà manié la guillotine sur sa précédente série avec Thomas Juncker, Fouché, Patrick Mallet récidive et nous plonge un peu plus dans l’horreur. Celle qui suffit à l’Histoire mais qu’il rehausse d’un ingrédient fantastique pour la refaire sans la trahir. Pour appuyer ses abominations, et celles de l’Homme aussi novateur pour le meilleur que pour le pire.

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Bref, dans cette histoire machiavélique, aussi rebutante (car oui être bourreau, c’était être à part) que fascinante, on reste au corps à corps des faits réels, sans s’adonner au fantastique pur. Mais puisque les bourreaux ne sont pas si méchants, et véhiculent même des valeurs humaines en tentant de faire abstraction de ce moment où ils lèvent la hache et la descendent en espérant ne pas faillir, Patrick Mallet a eu besoin de matérialiser, de personnifier le mal que l’homme s’est fait et se fait toujours par une figure qui arrivera facilement à vous hanter. L’amateur de souffrances, insaisissable et anonyme, légendaire et ayant pour lui une jeunesse éternellement glauque.  Tout sera bon, mais pas forcément payant, pour tenter de les arrêter, lui et ses sbires.

© Mallet/Beuzelin

En deux albums très intrigants (le troisième paraît donc, ce 4 septembre, dépêchez-vous de rattraper votre retard, c’est d’utilité publique) et finalement didactiques avec ses élans de thriller et ses twists, c’est une confrontation au long cours qu’offrent les deux auteurs, enfonçant le pieu dans la lignée de ce qu’ont fait Marie Gloris Bardiaux-Vaïente et Malo Kerfriden, il y a quelques mois. On avance au fil de ses pages comme dans une prise de conscience de ce qu’était vraiment le métier de ces exécuteurs. On sent leur souffrance, inversement proportionnelle au bien qu’un assassinat jugé et organisé procure à celui qui se mêle à la foule acclamant le désastre et rajeunit à vue d’oeil. Encore plus si l’événement est « grandiose ».

© Mallet/Beuzelin chez Glénat

L’amateur, ensorceleur, a tout intérêt à ce que ces rituels qui plaisent à la plèbe continuent jusqu’à la fin des temps. Au crayon comme aux couleurs, Boris Beuzelin livre un travail époustouflant. Sous ses doigts, on sent à quel point les personnages principaux, ces damnés de la potence qui espèrent un jour briser l’éternel recommencement, deviennent usés, taillés un peu plus à chaque fois que le couperet tombe. Se positionnant contre barbarie, le duo d’auteurs livre un portrait sans concession mais avec empathie de ces prisonniers de leur condition mais aussi de ce qu’on a trop longtemps attendu d’eux. Épatant et tellement important à l’heure où certains remuent les affres et espèrent voir la peine de mort revenir dans certains cas.

Série : Les Sanson et l’amateur de souffrances

Deux livres parus

Scénario  : Patrick Mallet

Dessin et couleurs : Boris Beuzelin

Genre: Fantastique, Histoire, Horreur

Éditeur: Vents d’Ouest

Nbre de pages: 96

Prix: 17,50€

Date de sortie: les 20/02/2019 et 29/05/2019

Extraits : 

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