The Brums: « Amener le public à nous en lui proposant des choses qu’il aime, puis l’entraîner dans une expérience à part entière »

Dour a toujours été, avant tout autre chose, un festival transgénérationnel et multiculturel. Pendant le second week-end de juillet, le festival hennuyer est tout autant l’occasion de découvrir de nouvelles pépites que celle de retrouver des icônes d’hier et d’aujourd’hui. Lors du quatrième jour de festival, l’ouverture du Labo fut l’un de ces moments où une découverte se transforme en promesse d’une future passion. Le groupe liégeois The Brums était de la partie pour entraîner les festivaliers dans son univers si particulier et terriblement envoûtant.

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Malgré le show incroyable offert la semaine précédente aux Ardentes, The Brums n’eut pas la chance de voir le public s’amasser en nombre devant la scène du Labo pour leur prestation. Alors, en guise de séance de rattrapage, pour les amoureux de bons sons qui sont passés à côté de ce groupe qui pourrait devenir l’une des sensations des années à venir, Branchés Culture est parti à la rencontre de deux des membres du quatuor belgo-belge.

Bonjour Alain et Clément! Merci de prendre quelques secondes pour offrir la chance de mieux vous connaitre aux lecteurs de Branchés Culture. Depuis votre signature toute récente avec le label Luik Record, votre groupe a pris un envol exceptionnel. Sur dix jours, vous vous serez produit sur les scènes de deux des plus grands monuments musicaux belges. Comment le projet The Brums a t il vu le jour?

Clément: On proposait un spectacle scolaire qui était imaginé sous forme d’un voyage musical initiatique à travers les rues de New-York. On commençait en jouant du hip-hop. C’est le courant musical le plus répandu auprès des plus jeunes générations actuelles. Une fois que le public adhérait, ça nous permettait de créer un lien vers d’autres styles. Le voyage pouvait nous transporter vers le free jazz et des légendes comme Coltrane. C’est la démarche qui est au coeur de The Brums. On essaye toujours d’aller chercher le public avec des sons dansants venant de la trance. Ensuite, petit à petit, on y ajoute des petites touches qui arrachent. Notre volonté est d’amener le public à nous en lui proposant des choses qu’il aime et, une fois qu’il nous suit, notre souhait est de l’entraîner dans une expérience à part entière.

Alain: Avec Clément, on vient du jazz. On a énormément travaillé ce style de musique. Quand nous proposions notre spectacle dans les écoles, on avait l’envie de capter l’attention des adolescents pour leur offrir la possibilité d’ouvrir des portes sur de nouveaux mondes. Néanmoins, le but de ce spectacle était beaucoup plus large que l’ouverture musicale. L’objectif premier était de transmettre une partie de l’Histoire. On parlait de la ségrégation et d’artistes engagés mais on ne cachait pas notre voeu d’intéresser les jeunes à cette pluralité d’univers sonores. Le fait de prouver aux enfants que l’on pouvait jouer du hip-hop avec des instruments acoustiques était déjà un premier pas. Ce qui nous transportait, ce qui était extrêmement satisfaisant, c’est que très souvent les jeunes finissaient par applaudir autant sur les morceaux de hip-hop que sur les envolées free à la fin de la prestation. L’énergie de la free les transformait. Clément faisait des battles face aux jeunes. Lui, seul avec son saxophone, et eux, armés de leur voix et de leur vitalité. L’idée libertaire qui transparaissait dans le spectacle est restée et elle est marquée dans l’ADN du projet qu’est The Brums. Ce groupe est un truc très brut. The brums est l’esprit du jazz combiné à l’énergie de la trance.

The Brums se définit comme une savante association de cuivres (BRass) et de batterie (drUMS). D’où est venue l’idée de ce sublime mélange qui allie l’électronique à l’acoustique?

Alain: L’envie de mixer acoustique et électronique est une envie propre à chacun d’entre nous. Clément, Adrien et moi-même, nous sommes tous bercés par des sonorités électroniques. Antoine l’est peut-être moins. Quoique, il est claviériste et, donc, il est en partie lié à ce monde aussi. Personnellement, j’ai eu mes premières boites à rythmes vers l’âge de 15 ans. Je n’arrivais jamais à choisir entre le jazz et l’électronique mais je séparais toujours ces deux univers comme s’ils étaient antagonistes l’un par rapport à l’autre. L’idée du groupe était justement de ne pas devoir prendre d’option dans l’un ou l’autre courant. L’envie est de garder les cuivres tout en faisant quelque chose de très électro. Comme vous l’avez souligné, The Brums n’est pas un mot créé par hasard. Avant ce groupe, on a beaucoup fait de festivals. Je ne sais combien de fois on est venu à Dour en tant que festivaliers. Les week-ends, on sortait souvent dans des free parties. Nous avons toujours été baignés dans ces deux mondes.

Clément: Comme nous vous l’avons expliqué, nous formions un groupe acoustique lors de notre tournée scolaire. Et comme Alain vient de le signaler, l’idée des synthés et de la musique électronique nous est vite venue. La base acoustique était relativement solide puisqu’on a beaucoup joué ensemble avec nos deux acolytes. Le côté électronique s’est donc imposé naturellement. Et ça nous a permis de tester de nouvelles choses en mêlant ces deux passions.  Alain et moi-même venons du Jazz mais nous sommes très attirés par la musique électronique. L’idée de ne pas devoir choisir nous a donc tout de suite plu. Notre musique est l’alliance de l’esprit jazz, de par son côté improvisé, tout en gardant une structure électronique, de par ses sonorités. The Brums est une véritable fusion de ces deux passions.

Votre musique est un panaché qui rassemble l’esprit du Jazz et l’énergie de la trance. Quelles sont vos influences?

Alain: Si j’ouvre mon Spotify, vous verrez que le panel d’artistes y est extrêmement large et varié. J’aime tout autant Aphex Twin que Coltrane. Je passe constamment d’un style à l’autre tout au long de la journée.  Néanmoins, avec le projet The Brums, on essaie de n’avoir que faire de ce qui nous passionne ou non. On est dans l’optique de rassembler plutôt que d’être dans l’oppression du choix. On tente d’exprimer tout simplement c que l’on ressent réellement.

Lors de vos prestations, il règne une telle osmose entre vous que le public pourrait penser que vous faite une performance sous le feu de l’improvisation. Votre set laisse-t-il une place prédominante à l’improvisation ou est-ce que cette sensation vient d’une complicité qui est telle que tout semble naturel quand vous êtes réunis?

Clément: Dans chaque morceau, similairement au jazz, il y a un peu d’impro. C’est peut-être ce qui nous raccroche vraiment à ce style musical. Par contre, l’esthétique de nos compositions n’est pas du tout jazzy. Sauf ici, à Dour, où l’on a préparé un set de trois-quarts d’heure, habituellement, il n’y a aucun timing propre à chaque morceau. Même si l’on compose toujours le morceau en amont avec Alain, d’après notre forme et les réactions du public, il y a toujours un moment d’expérimentation hors du temps. C’est la réactivité et l’énergie de l’instant qui donnent réellement l’image de toute la potentialité de ce projet qu’est The Brums.

Merci à tous les deux pour le temps que vous nous avez consacré et bonne continuation à The Brums!

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