Lino Ventura et l’oeil de verre : le dernier chef-d’oeuvre d’un monstre de pudeur et pourtant sacré, sous la caméra crayonnée de Le Gouëfflec et Oiry

Dimanche soir, rien à voir… à la télé, s’entend. Et vous voulez des légendes, comme Johnny et Eddy? Lino Ventura, ça vous parle, ça vous dit? Un mot, un geste, le regard fait le reste… Et la vision qu’en ont Arnaud Le Gouëfflec et Stéphane Oiry, pour lancer la collection 9 1/2 de Glénat dans la liaison et le commun accord des Arts, neuvième et septième du nom. Un album qui a mis du temps à nous trouver, commencé il y a déjà quelques années, et qui va droit au coeur. Qu’on soit cinéphile ou pas. Un insaisissable objet, rêvé, documenté, incontournable.

© Le Gouëfflec/Oiry chez Glénat

Résumé de l’éditeur : Merlin, journaliste, rencontre Lino Ventura dans le cadre d’un article. Fidèle à sa légendaire pudeur, celui qui s’est toujours considéré acteur par « accident » ne se livre pas facilement. Mais au fil de leurs entretiens, le colosse des Tontons flingueurs se dévoile, revenant sur sa carrière, ses débuts dans le catch, ses blessures, ses amitiés, ses brouilles, son rapport à la caméra – cet « œil de verre » comme il aimait à l’appeler –, sa rigueur intransigeante à choisir le bon scénario, pour finir par son engagement en faveur des enfants handicapés à travers l’association « Perce-Neige », toujours active de nos jours. Doucement, une carapace se fêle et une personnalité se dessine. Celle, qu’il n’a jamais pu cacher malgré ses innombrables rôles, d’un personnage droit dans ses bottes et profondément humain.

© Le Gouëfflec/Oiry chez Glénat

Avec finesse, documentation et un fil rouge tout trouvé (un journaliste digne de Raphael Mezrahi dans un remake de l’Emmerdeur collant comme le sparadrap du capitaine Haddock, pratiquant au corps l’ancien catcheur, pour faire parler le taiseux) dans un roadmovie et book où tous les chemins, tous les moyens mènent à l’homme. Celui derrière l’acteur, qui se confond à lui, touchant, sincère, déstabilisant (même quand on s’appelle Melville ou Audiard). Juste et vrai, ne s’encombrant d’aucune futilité ni facticité. On n’est pas acteur, peut-être qu’on le naît sans le savoir, mais surtout « on fait l’acteur ».

© Le Gouëfflec/Oiry chez Glénat

Des scènes marquantes des films de Ventura (et de ceux qu’il n’a pas tournés, fantasmés) à l’arrière-cuisine de cet homme au grand coeur et au gros appétit (dans un bruit qui n’appartenait qu’à lui), croisant les stars de l’époque et les anecdotes connues ou méconnues, Le Gouëfflec réussit à trouver les mots de son idole, à l’instinct, brutal et tendre, tirant le portrait intime de cet homme public et surtout pudique qui en imposait ne fut-ce que vu de dos. Il ne pensait pourtant pas être forcément photogénique, jouait l’esquive, pensait être une ombre dont on ne bâtit pas des armées… mais qu’est-ce qu’il en imposait, subtil. Le sang chaud a fait place au sang-froid, les auteurs y vont par quatre chemins, car Ventura a l’abord difficile, il faut être tenace. Notre duo l’est, au-delà des espérances.

© Le Gouëfflec/Oiry chez Glénat
© Le Gouëfflec/Oiry chez Glénat

Stéphane Oiry, lui, se fait sobre et inspiré, caméra au poing, crayon entre les doigts, intemporel et vintage. Loin de l’archétype du doulos, bagarreur que réutilisent souvent les bandes dessinées faisant appel à l’esprit d’Audiard et Lautner, Oiry a saisi toutes les facettes du personnages haut en couleur et pourtant parfois affadi par la tournure des choses. Un homme avec son destin en mains, avec la tête froide, sans folie des grandeurs et consciencieux dans ses choix de rôle.

© Le Gouëfflec/Oiry chez Glénat

Ils ne parlent pas de cinéma, ils font du cinéma ces deux-là. Et livrent le dernier chef-d’oeuvre de Lino , l’intemporel, l’immortel, l’inépuisable. Qu’est-ce qu’il nous avait manqué. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était, elle vit, vibrante. À hauteur de mythe, à regard d’homme. D’un autre temps et de maintenant. Ventura, c’est l’aventure.

© Le Gouëfflec/Oiry chez Glénat

Un autre album a lancé la collection, prometteur lui aussi, sur Sergio Leone. On le lit, on vous en parle. D’autres suivront avec notamment Dewaere, Alfred Hitchcock, Jean Gabin (qui apparaît évidemment dans l’album sur Lino Ventura) ou encore François Truffaut.

Un projet de couverture refusé mais réutilisé pour une couverture d’un tirage spécial de la librairie Bulle © Le Gouëfflec/Oiry chez Glénat

Titre : Lino Ventura et l’oeil de verre

Récit complet

Scénario : Arnaud Le Gouëfflec

Dessin et couleurs : Stéphane Oiry

Rédaction en chef : Noel Simsolo

Préface : Jean-Claude Carrière

Genre : Biographie, Entretien imaginaire

Éditeur : Glénat

Collection : 9 1/2

Nbre de pages : 144

Prix : 22,50€

Date de sortie : le 24/04/2019

Extraits : 

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