Dans une adaptation culottée d’Emmanuel Dekoninck, Hamlet au Théâtre Jean Vilar déconcerte autant qu’il séduit avec un Thomas Mustin impeccable

William Shakespeare a écrit des chefs-d’oeuvre. Pas étonnant donc que ses pièces traversent le temps et fassent encore souvent la une de l’actualité théâtrale dans des adaptations parfois audacieuses. Ce Hamlet proposé actuellement sur les planches du Théâtre Jean Vilar ne déroge pas à la règle et divisera sans doute le public, venu y applaudir le talentueux Thomas Mustin.

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© Théâtre Jean Vilar

Hamlet, jeune prince de Danemark, beau, riche, amoureux, idéaliste, mène brillamment ses études à Wittenberg en Allemagne quand, un matin, il est rappelé d’urgence à Elseneur. Le roi, son père, son mentor, son modèle, est mort brutalement. À la suite de ce décès, le monde révèle son visage le plus obscur, et les idéaux du jeune prince s’effondrent. Que faire ? Subir ? Agir ? Détruire ? Disparaître ? Vivre ? Ou mourir ? ( Source Théâtre jean Vilar)

Être ou ne pas être : telle est la question (W. Shakespeare – Hamlet.)

Thomas Mustin est un jeune surdoué qui mène en parallèle une carrière de comédien florissante (on l’a vu entre autres dans la première saison de « La trêve  » à la télé et au cinéma dans L’Échange des princesses de Marc Dugain avec Lambert Wilson) et une carrière de pop star sous le nom de Mustii dont le dernier album « 21st Century Boy » remporte un joli succès sur les ondes et dans les salles. Pas étonnant donc que pour son adaptation rock d’Hamlet, Emmanuel Dekoninck ait pensé à lui pour interpréter le rôle phare de cette tragédie shakespearienne.

Dès le début de la pièce, on est plongé dans une atmosphère qui mêle musique et théâtre avec sur la gauche de la scène un groupe rock placé sur une petite scène dans un décor simple, un peu toc, amovible et contemporain dans lequel évoluent des comédiens qui démontrent bien vite qu’ils sont aussi musiciens ou danseurs. Au cours de la pièce, on basculera sans cesse entre les vers parfois adaptés du grand William et une ambiance rock déjantée très actuelle. Tout au long du spectacle le spectateur se délectera de titres rock intemporels chantés par les comédiens comme cette version épatante du « Rock n’ Roll Suicide »  de David Bowie magnifiquement interprétée par Thomas Mustin.

On est là devant un parti pris d’adaptation dans laquelle les grandes lignes de la tragédie initiale sont respectées mais où certains thèmes sont gommés comme la partie guerrière de la pièce à peine évoquée, ainsi que l’aspect religieux. L’interprétation inattendue de certains personnages peut aussi étonner le spectateur, comme celui de Polonius dont le jeu à la frontière du burlesque et de la comédie surprend, et dont la scène du meurtre sensée être dramatique, arrache des rires aux spectateurs de manière inopportune.

Idem pour la scène de la reconstitution théâtrale de l’assassinat du père d’Hamlet censée confondre l’assassin, qui à l’origine se voulait dramatique et se vit plutôt comme une pantomime frôlant parfois le ridicule. La tragédie de Shakespeare se transforme ici en tragicomédie, hélàs pas toujours avec bonheur.

Rendons en tout cas hommage aux comédiens qui entourent l’impeccable Thomas Mustin : Bénédicte Chabot (la reine, mère d’Hamlet), Alain Eloy (le spectre, père d’Hamlet), Gaël Soudron (Polonius), Gilles Masson (le capitaine, le fossoyeur) , Jérémie Zagba (Horatio), Fred Nyssen (Claudius) et Fred Malempré (le batteur du groupe), tous excellents, ainsi qu’à la troublante Taïla Onraedt impeccable Ophélie emportée par ses délires.

La pièce d’Emmanuel Dekoninck constitue au final un spectacle multidisciplinaire osé, mêlant théâtre, rock et chorégraphie dans lequel il nous propose d’entrer dans la tête d’un jeune homme simple en proie à la folie qui le gagne, au vu des évènements douloureux auxquels il est confronté. La narration se veut simplifiée et limpide pour les spectateurs d’aujourd’hui, et plaira certainement  à un public jeune pouvant s’identifier facilement à ce héros en proie au doute, à la rage et à la vengeance, mais oscillant constamment entre agir ou subir. C’est également pour cette raison que la pièce risque de déconcerter certains puristes, autant qu’elle pourra séduire un public plus ouvert aux expérimentations culottées du metteur en scène .

Hamlet – Répétition Générale du 06/03/2019 @ Atelier Théâtre Jean Vilar © ManuGo Photography

Toujours est il que cet Hamlet rock vaut grandement le coup d’oeil, ne fut ce que pour vous faire par vous même votre propre opinion.

Cette création  se joue actuellement sur les planches du Théâtre Jean Vilar jusqu’au 27 mars, avant de partir en tournée à Bruxelles, Nivelles et Marche en Famenne.

Jean-Pierre Vanderlinden

Hamlet

d’après : William Shakespeare

Adaptation et mise en scène : Emmanuel Dekoninck
Avec : Thomas Mustin, Bénédicte Chabot, Alain Eloy, Fred Malempré, Gilles Masson, Fred Nyssen, Taïla Onraedt, Gaël Soudron, Jérémie Zagba

Du 12 au 27 mars 2019 au Théâtre Jean Vilar

Durée : 1h35 sans entracte

Réservationshttps://www.atjv.be

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