L’oeil de Tigre, la main du Diable, la griffe de la mort et le vol du corbeau

La réalité dépassera toujours les libertés que peut prendre la fiction quand elle dépasse les limites de l’incroyable. Ce n’est pas pour rien que la fiction s’inspire toujours plus de faits réels. C’est la mode pour le moment au cinéma, mais depuis la nuit des temps, c’est le cas. Prenez Le Corbeau, oeuvre marquante de Henri-Georges Clouzot, elle prend ses racines, du mal, dans la petite ville de Tulle. Une petite ville d’ordinaire tranquille mais qui va vivre l’enfer pendant cinq ans, dans l’encre indélébile et nocive des écrits qui restent quand les paroles s’envolent. Laissez-vous charmer par l’oeil de tigre.

© Vigneron/Quaresma chez Maiade

Résumé de l’éditeur : Le 11 décembre 1947, le scénariste Louis Chavance arrive à Tulle pour y assister à la première projection du «Corbeau», le célèbre film de Henri-Georges Clouzot. N’est-ce pas cette nauséabonde et mystérieuse affaire de lettres anonymes, dont la ville fut le théâtre dans les années 20, qui lui en inspira l’histoire. S’il avait su que la réalité avait pu dépasser à ce point sa propre fiction ! De révélations en rebondissements, le voilà plongé au cœur de cette ténébreuse histoire de bureaux de Préfecture, de jalousie, de cancans, de ragots. Mais qui donc peut bien se cacher sous ce pseudonyme de « L’Œil de Tigre» dont les lettres, écrites en capitales et glissées sous les portes cochères des vieux quartiers de la Barrière et du Trech, semèrent la médisance et la mort même pendant 5 ans… Il faudra toute la sagacité du docteur Edmond Locard, célèbre criminologue de Lyon, pour démasquer le diabolique anonymographe…

© Vigneron/Quaresma chez Maiade

Reconstitué à ciel, planches et cases ouverts, le Tulle des années 20 puis des années 40 renaît sous le joug de la terreur nocturne et insaisissable au point de laisser croire que le spectre rode toujours dans ce huis-clos de quelques kilomètres carré. Celui d’un Jack L’éventreur qui officierait à la plume, plutôt qu’au couteau; opérant sur l’âme et l’esprit, sur la sensation d’insécurité, plus que sur la vie (même si des suicides eurent lieu en conséquence de la souffrance morale de cette cité où désormais tout le monde était amené à se méfier de tout le monde).

© Vigneron/Quaresma chez Maiade

Pointilleux, méticuleux, Francette Vigneron et Antoine Quaresma se sont dont associé pour enquêter, détricoter de manière classieuse et didactique cette sale et drôle d’affaire qui allait donner au monde criminel francophile un terme emblématique : le corbeau. Dès la couverture, comme dans une affiche de film dont des mots mis bout à bout, à la faveur d’une lumière rouge, montrent le chemin nocturne de cette tragédie en cinq actes (de La nuit du Corbeau au procès en passant par les dictées du docteur Edmond Locard).

© Vigneron/Quaresma chez Maiade

S’attachant aux personnages, victimes ou suspects, ou les deux, le duo enquête comme dans un Cluedo. Le lecteur n’a pas le contrôle des dés, ni des coups de bluff, et se laisse embarquer, pris au piège parfois, évitant l’embûche, dans ce jeu de tire-pipes doublé d’une chasse à l’homme. Le mystère plane et cet album peut indubitablement se lire comme un livre dont vous êtes le héros, une course aux indices dans une impénétrable nuit qui donne du talent malfaiteur à quelques êtres insoupçonnables. Et pour quel mobile ?

© Vigneron/Quaresma chez Maiade

Captant la lumière et l’obscurité, à la faveur de la Lune ou des feux de la rampe; scrutant les visages et les coins de rue, Antoine Quaresma, qu’on ne connaît que trop bien comme coloriste d’une belle pile d’albums (parmi lesquels Crimes Gourmands et, tout dernièrement, Sir Nigel dont nous ne manquerons pas de vous parler) de se révéler en faiseur d’images avec sa technique très particulière de peinture digitale. Voilà comment l’auteur explique sa technique : « J’ai effectivement appréhendé toutes les étapes de la conception graphique directement sur Palette graphique Cintiq ( 22HD touch) Wacom. En reprenant toutefois la méthodologie traditionnelle, c’est à dire : crayonnés préparatoires sur un calque indépendant, puis peinture directe sur un autre calque. En ce qui concerne les décors (Tulle), il s’agit de dessins d’observations (d’après une très conséquente iconographie, images d’archives + prise de vue réelle) le tout réadapté au cas par cas, selon les perspectives souhaitées. Mon vécu en tant de décorateur pour différents Studios de Cinéma d’Animation m’aura ainsi beaucoup aidé ! Parallèlement aux planches réalisées en numérique, j’ai néanmoins renoué avec ma passion première: l’art du portrait au crayon. » Et qu’est-ce que ça rend bien, on s’y croit, on y est. La lumière est presque naturelle, l’ambiance est immédiate, vintage mais procurant un sentiment assez nouveau face à cette BD où le dessin et la couleur font corps sans se gâcher mais en tirant le meilleur de l’un et de l’autre. Cette fusion ne gâche rien des détails, Quaresma va en profondeur dans un découpage rythmé et contournant à merveille un texte volubile mais nécessaire. L’ensemble est en osmose, prend de la hauteur, suit le vol du corbeau et rend cette tragédie, ce feuilleton actuel et assez interloquant.

Avec, en bonus, un dossier costaud pour comprendre tout de l’envers du décor.

Titre : L’oeil de tigre

Récit complet

Scénario : Francette Vigneron

Dessin et couleurs : Antoine Quaresma

Genre : Drame, Fait divers, Policier

Éditeur : Maiade

Nbre de pages : 52

Prix : 18€

Date de sortie : le 17/01/2018

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