Les Négresses Vertes reviennent, Stéfane Mellino raconte : « Une renaissance autant qu’une continuité, avec l’énergie d’origine »

Il est encore un peu tôt, en plein hiver (certes pas rude jusqu’ici), pour chanter Voilà l’été mais voilà un retour inattendu qui nous a mis du baume au coeur, il y a quelques mois. Les Négresses Vertes sont de retour en tournée, là où on ne les attendait plus, galvanisé par l’énergie des retrouvailles et d’un public qui ne désespérait pas de les revoir. Trente ans sont passés comme si de rien était depuis leur premier album, Mlah, et LNV est de nouveau prêt à en découdre avec la scène et une certaine idée de la fête, entre punk et musette, chanson et guitare sèche. Interview avec Stéfane Mellino, avant qu’il ne visite avec sa bande l’Ancienne Belgique, le 22 février.

Les Négresses Vertes @ Zik-Zak – 22/02/2018 © ManuGo Photography

Bonjour Stéfane ! Quelle épopée que ces Négresses Vertes. Vous reviendrez en Belgique, le 22 février, remplir l’Ancienne Belgique. Mais, dites-moi, n’est-ce pas en Belgique que tout a repris de plus belle ?

Si, il y a déjà quelques mois. On a commencé notre tournée célébrant les trente ans de Mlah par une tournée de petits clubs, à Huy, Arlon, pas loin du Luxembourg. Ça nous tenait à coeur de recommencer devant un public plutôt que sur les plateaux de télé. On fait un peu les choses à l’envers. On commence entre nous, avec le public. Après quoi la radio, les médias sont venus nous chercher. Jusqu’à ce que RTL soit partenaire de notre date de l’Olympia, le 1er février. C’est mieux dans ce sens. On ne pouvait pas arriver en radio, dire « Vous allez voir ce que vous allez voir ». Ça aurait été de la pression inutile. Et si on avait foiré notre retour ?

Mais, oui, la Belgique, c’est un pays dans lequel on aime venir, tant côté wallon que côté flamand.

Et à l’étranger !

Oui, aux Pays-Bas, par exemple, et les fans sont toujours là. C’est réconfortant.

Vous les reconnaissez par-delà la scène ?

Oui, certains. On ne les connaissait pas tous, bien sûr. Aujourd’hui, ils viennent en famille. Ils ont vieilli, on le voit à la couleur de leurs cheveux. Comme les nôtres. Mais, on a aussi été amené à jouer en festival devant un public plus jeune qui a adhéré.

L’éphémère est devenu durable et vos chansons, intemporelles ?

Contre toutes nos attentes, c’est ce qu’on se dit. C’est génial. Sur cette tournée, nous en sommes à la 86e date. Ce n’est pas fini, nous allons tourner une bonne partie de l’année. C’est inespéré. En plus, le public s’élargit.

Le monde de la musique a, lui, en quinze ans, bien changé.

Ce n’est plus le même monde. L’été passé, en festivals, nous avons vu beaucoup de groupes, de Dj’s avec des clés USB, faisant de la musique tout en levant les bras. Par contre, en Angleterre, au festival Beautiful Days, on n’y a vu que des musiciens et de vrais instruments. Mais, c’est un fait, la musique se dématérialise.

Les Négresses Vertes @ Zik-Zak – 22/02/2018 © ManuGo Photography

Preuve s’il en est, pas d’album pour accompagner ce retour live, il est vrai célébrant les trente ans de votre premier album.

Nous sommes musiciens avant tout, faits pour le live. Pour le reste, nous ne nous mettons pas la pression. Nous verrons si, au bout, quelque chose prend corps. Si oui, nous y donnerons vie. Pour le moment, nous n’écrivons rien mais nous ne nous interdisons rien. On se concentre sur notre tour de chant, tout l’album MLAH et six autres chansons choisies dans le reste de notre répertoire.

Au début, vous testiez vos chansons dans la rue, dans les métros. Est-ce réellement toujours possible aujourd’hui ?

Bien sûr ! En acoustique, sans branchement. Sur les marchés, par exemple. Après, il y a de moins en moins de groupes qui en sont capables, l’électro ayant pris le dessus.

Puis aujourd’hui, on teste moins dans la rue que sur les réseaux sociaux, non ?

Le formatage, la recette idéale, ça dure un temps mais est-ce que ça s’inscrit durablement ? Nous sommes les premiers étonnés de voir que Voilà l’été continue d’être joué tous les étés dans diverses soirées. À aucun moment, nous n’avions prévu ça.

Finalement, est-on face à une renaissance ou une continuité des Négresses Vertes ?

L’histoire se poursuit, c’est certain. Mais c’est aussi une renaissance, c’est vrai. Les chansons de ce premier album, nous ne pouvons pas ne pas les jouer sans l’énergie originelle. Punk, essentiellement en guitare sèche. Mais nous sommes aidés, les gens se sont approprié ces chansons. C’est flatteur et c’est un bain de jouvence. On peut se projeter, on en ressort neuf.

Les chansons, c’est le ciment de notre relation entre les membres du groupe mais aussi avec le public.

Beaucoup de groupes reviennent mais ne sont plus que deux ou trois de la période faste durant laquelle exerçait votre groupe. Ici, il n’y a que votre accordéoniste qui n’a pas repris le collier.

Il a changé de vie. Et après autant de temps, c’est normal. Pour le reste, les cinq de l’équipe première sont là. Malheureusement, il est impossible de ramener Helno à la vie. Alors, notre hommage, c’est de continuer de chanter ses chansons.

Les Négresses Vertes @ Zik-Zak – 22/02/2018 © ManuGo Photography

Qu’est-ce qui amène un groupe à se séparer ?

La lassitude, une relation trop exclusive et, surtout, une envie d’ailleurs. En 2001, quand on a mis le groupe sur pause, je ne pensais pas que ça durerait 16 ans. On avait des projets personnels à mettre en oeuvre. Je n’ai pas arrêté la musique, pendant ce temps.

Et le temps passant, l’idée de reformation, de la simple pause, vous avez continué d’y croire ?

LNV, on en était arrivé à se dire que la page était tournée, qu’on s’en était éloigné. On était arrivé à exister plus que par rapport au groupe, par nous-mêmes. Mais, nous retrouver, ça a lavé les envies d’ailleurs.

Cultes, les Négresses Vertes ?

Non, nous n’avons pas ce recul. Comme nous sommes contents de nous retrouver, je dirais plus que nous formons un groupe vivant, plus que culte.

Vivant et sportif, non ?

On boit plus d’eau et, il faut avouer, que la pause de trois semaines que nous avons prise, a fait du bien. Après 86 dates, l’adrénaline est bel et bien là, mais il faut bien se préserver.

Ce qui m’a aidé ? Je n’ai jamais quitté la musique. Quand j’ai posé pied à terre avec les Négresses Vertes, c’était pour remonter sur le même cheval. J’ai publié quatre albums. La musique, c’est ma vie.

Vous vous retrouvez dans certains groupes qui sont arrivés après vous ?

Je ne sais pas s’il y a un héritage mais beaucoup nous citent parmi leurs influences : Les Hurlements d’Léo, Tryo, les Ogres de Barbak. Après, la filiation n’est pas directe, je crois qu’ils sont moins métissés, peut-être, moins méditerranéens. Mais, plein se revendiquent de nous.

Durant les années phares, la scène était faste pour plein de groupes devenus majeurs dans le paysage français. Vous avez encore des contacts entre vous ? Certains envisagent-ils de se reformer, eux aussi ?

Oh oui, il y en avait des groupes. Comme la Mano Negra. Eux ont envie de se reformer. Mais avec Manu Chao, ça semble compliqué. Il a vraiment réussi à imposer son projet personnel, reviendra-t-il à la Mano Negra. Il y a eu des discussions.

Et vous, d’autres groupes francophones que vous voudriez voir se reformer ?

Noir Désir. Mais avec Bertrand Cantat, ça semble inimaginable. Les Béruriers noirs, aussi. Mais François, le chanteur, est totalement sorti du réseau, il travaille au CNRS.

Pourtant, quand les Négresses Vertes remontent sur scène, en des temps troubles, gâchés par un contexte social bouillant, des problèmes écologiques, un climat incertain… ça a du sens, non ? De faire la fête malgré tout ?

C’est bon de tout oublier. Et ça fait plaisir de voir les gens nous rendre ce qu’on donne. J’espère qu’ils ressentent ce que nous ressentons, ce plaisir de se retrouver, de les retrouver. L’espace d’une soirée, oublier le contexte, la journée, le bon et le moins bon, c’est déjà ça de pris.

Merci Stéfane ! 

Les Négresses Vertes seront en concert le 22 février à l’Ancienne Belgique. Infos et réservations

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