Hors-du-temps et hors-pair, Valley of love est le plus inventif des albums de Noël et s’écoute tous les jours de l’année sauf le 25 décembre, et encore…

Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver qui s’en va tout en soufflant les tubes de Noël et en les emportant loin de nos caboches où elles ont eu tendance à bourdonner et à s’inviter durablement. Assez que pour nous faire devenir fous et bien incapables de les chasser. Au loin, donc, Mariah Carey, George Michael et autres Demis Roussos. Bon débarras, passons à autre chose sans s’éloigner pour autant de l’esprit de Noël revisité. Pour paraphraser nos amis d’Esperanzah!, un autre Noël est possible. Et c’est celui de Valley of Love, qui récidive après un premier opus paru il y a quatre ans. Un collectif bizzaroïde et hors-du-temps rassemblant quelques artistes hors-pair du cru belge ou de plus loin, dans divers univers mais réunis autour de l’exotica des années 50 sous la houlette de Gil Mortio.

Valley of love II, c’est un album collectif au casting moins ronflant que d’autres mais aux talents inestimables, aussi déstabilisants soient-ils, qui cherche moins la rentabilité que la sensibilité de l’auditeur, du spectateur. Des artistes qui cherchent moins la rentabilité et la publicité (ils ne passeront de toute façon pas en prime-time sur TF1, et c’est bien dommage) que la sensibilité de l’auditeur, du spectateur. La responsabilité aussi.

Et s’il faut une cause pour exister, les vingt artistes de cette nouvelle mouture du projet ont choisi de défendre la vierge, l’orphelin mais aussi les dindons, les arbres abattus, les mélodies démolies, les boules de neige de plus en plus fondante et, en somme, un monde qui court à la cata sous le poids du réchauffement climatique, de l’inversion des pôles. Quand les autres latitudes et les climats chaleureux mais inquiétants s’invitent par chez nous. L’album n’est pas vendu pour mettre du beurre dans les épinards d’une association caritative, il existe pour lui-même et ça renforce sa portée, son message, sa prise de conscience.

Sensibilisation, éducation, pouvoir de faire changer les choses… mais il doit être fort sérieux, cet album alors ? Trop ? Pas du tout, c’est dans le décalage, déjà mis en évidence sur la pochette – sans doute l’une des plus inventives et des plus belles des pochettes d’albums sortis cette année -, à la croisée des mondes et des cultures, que prend vie ce répertoire de quatorze chansons originales (plus un Stille Nacht revu et corrigé par le Christmas Beach Orchestra).

Les mélodies attendues sont démolies par l’inattendu et la fertilité des artistes qui sont venus apporter leur marque et leur authenticité au projet. Car, si Gil Mortio est chef d’orchestre et a composé une bonne moitié de cet album (en chantant The Film, un son Beatles-destroy, incarné par une voix terrible), chaque invité a pris la plume ou les instruments de musique pour des chansons parfois très éloignées de leur univers de base. On pense au duo entre Françoiz Breut et Jawhar très classe et Arthur H-ien, à Antoine Meersseman de BRNS qui chante une boisson pétillante bien connue et assimilée à l’esprit (mercantile) de Noël, à la soprano Sarah Théry, sans oublier les dépaysantes ritournelles étrangères de Nacho G. Vega, Herb Cells, Anu Junnonen (qui ouvre ce puzzle musical et installe déjà l’atmosphère qui va baigner cette épopée) ou encore Ilaria Graziano.

Il est dit que chaque artiste raconte un souvenir de Noël, on le croit volontiers mais on se dit qu’on aurait vraiment pas voulu être à la place de Daniel Hélin (Dindons, Ding Dong) et d’Erwan Pinard (Le Noël de mamie) aussi effroyables qu’hilarants.

Tout au long de cet album, il y a de la place pour tous les genres, au niveau musical mais aussi côté textes, entre le premier degré et, souvent, le second degré; du comique à la poésie. Voilà un album de Noël toutes saisons et fétiche qu’on pourrait même déconseiller d’écouter uniquement le 25 décembre. Le voyage se prolonge d’ailleurs dans un chouette et incongru livre bien illustré (à la manière des programmes de spectacles et concerts) qui apporte un surplus d’esthétisme à cette aventure. De l’âme aussi. Valley of love n’en manque pas.

Titre : Valley of Love

Artiste : Collectif

Label : NAFF reKordz

Nbre de titres : 15

Durée : 42 min

Date de sortie : le 30/11/2018

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