Josep Homs fait des ravages avec Shi : « Qu’importe ce que je dois montrer, que ce soient des personnages victoriens ou des vikings, il faut que le lecteur entre dans l’histoire »

Shi’s like the wild, comme dirait Patrick Swayze ! Et la nouvelle série de Zidrou et Josep Homs n’y déroge pas appuyant avec virtuosité la furie et la folie des temps qui courent et des temps anciens, victoriens. Avec l’échine brûlée, dans une fin d’ère qui sent le roussi, le duo s’engage à tombeau ouvert derrière ses deux héroïnes, radicalement faites pour ne pas se rencontrer et pourtant. Shi, c’est le choc des mondes et des civilisations, du rationnel et du fantastique. Le deuxième tome est sorti il y a quelques semaines et nous avons rencontré son dessinateur, tout juste auréolé d’un Prix Saint-Michel. Et notre petit doigt nous dit que ce n’est pas fini.

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© Zidrou/Homs chez Dargaud

Bonjour Josep, avec Shi, quel changement de style et de genre pour vous… qui vous va comme un gant.

Oui, c’est vrai mais je voue une réelle passion à l’époque victorienne, elle fait partie de mes grandes inspirations. Au cinéma, en littérature, dans les illustrations que je concevais plus jeune. Chez moi, je cultive aussi cette atmosphère à travers du Rimbaud, des lustres, des photos. Je l’adore pour un paquet de choses, pour ses courants artistiques mais aussi pour la différenciation sociale et salariale qui était à l’oeuvre, ce côté patriarcal, cette esthétique face à un côté sale, pauvre. Ça permet le travail des personnages.

© Zidrou/Homs chez Dargaud

Votre dessin est mine de rien sophistiqué. Pas trop difficile ?

Pour moi, c’est facile. Comme je l’ai dit, je fais ce que j’aime faire. Zidrou m’a offert un scénario sur-mesure, avec une narration qui me permettait de prendre le pas, d’expérimenter. Il me laisse tout faire, notamment dans la distribution des planches.

Il faut dire que comme ce n’était pas un secret que j’adorais cette période de l’Histoire, j’en ai parlé avec Zidrou qui a pris tous les éléments que je lui donnais pour en faire une histoire.

© Zidrou/Homs chez Dargaud

Avec certaines planches dans lesquelles vous faites l’économie des mots.

Ça fait toute la différence quand il y a des mots et quand il n’y en a pas. C’est vrai que c’est difficile de se passer de mot, il faut pourtant que l’expression des personnages soit la même que quand ils disent des dialogues. Il faut représenter tout ça. Mais, c’est quand même de toute façon la même manière de travailler. Cela dit, le scénario est assez bien écrit que pour que ça marche. C’est intéressant de pouvoir manier des moments de silence (ndlr. … relatif quand on voit l’expressivité du dessin de Josep).

© Zidrou/Homs chez Dargaud

Et le réalisme, où le placez-vous ?

Il a une part importante. Qu’importe ce que je dois montrer, que ce soient des personnages victoriens ou des vikings, il faut que le lecteur entre dans l’histoire, qu’il soit amené à cette époque. Dans le troisième tome, je travaille autour de l’entrée de Londres. Et, mine de rien, si cela relève de l’anecdote pour d’autres, il est important que les lecteurs qui connaissent tel lieu, telle place puisse s’y retrouver. Il s’agit d’atteindre le plus haut degré de crédibilité, de réalisme. Cela dit, c’est un plaisir plus qu’un problème.

© Zidrou/Homs chez Dargaud

Comme dans Millenium, les femmes ont ici aussi un rôle majeur.

C’est un autre élément qu’a amené Zidrou. J’adore les femmes, la culture japonaise, l’aventure, il a assorti tout ça. C’est un art de travailler les personnages féminins. Surtout à une époque, encore une fois patriarcale, où les femmes n’avaient pas beaucoup de latitude pour se révéler. Ici, nos héroïnes ont leur mot à dire.

© Homs

Puis, ce deuxième tome marque un peu plus un basculement dans le fantastique, avec un monstre tout-puissant, un roi-démon !

Oui, c’est là qu’intervient la culture japonaise qui provoque le contraste dans cette société victorienne, la culture ancienne mais aussi le monde du tatouage qui possède une iconographie  intéressante. J’ai longtemps hésité à leur donner un aspect fantastique ou pas. Puis, si je connais et apprécie le style de tatouage japonais classique, je cherchais quelque chose de plus personnel, qui soit incarné. Je ne pouvais pas représenter quelque chose qui existait déjà. J’ai donc travaillé un peu sur le style japonais mais je n’y ai pas spécialement été fidèle.

© Zidrou/Homs chez Dargaud

Aussi loin que ces événements puissent sembler, ils sont liés à un propos très actuel : le marché des armes, une conspiration…

La manière dont le scénario les amène est très importante. Le tout est de voir comment il y a eu cette liaison entre l’époque que nous racontons et le monde d’aujourd’hui. Il y a une continuité durant des années à exploiter, une sorte de magnificence, quelque chose qui est plus grand, qui nous échappe encore, sans savoir où ça nous mènera.

En matière de BD victorienne, qu’avez-vous aimé ?

Disons que le Peter Pan de Loisel m’a marqué à l’époque et a créé un précédent.

© Zidrou/Homs chez Dargaud

Comme beaucoup d’auteurs qui travaillent avec Zidrou, vous êtes Espagnol. Comment expliquez-vous que depuis quelques années, la BD franco-Belge se soit tournée un peu plus vers le talent de vos compatriotes ?

C’est une affaire de bon moment. Quand Zidrou est arrivé en Espagne, il venait d’une BD jeunesse très populaire et avait désormais besoin de faire une BD plus adulte. Alors, il a prospecté là où il était arrivé. Il a rencontré Jordi Lafebre, notamment, avec le succès qu’on connaît pour Les Beaux étés. Puis, tout s’est fait de fil en aiguille, avec le collectif « La vieille dame qui n’avait jamais joué au tennis et autres nouvelles qui font du bien », nous étions tous de Barcelone, issu de la même école, les contacts ont fonctionné, avec des ricochets. Tous plus ou moins à la même époque, nous nous sommes mis à travailler avec Zidrou. C’est facile de collaborer avec lui, il connaît l’Espagnol, les éditeurs.

© Zidrou/Homs chez Dargaud

Avec une petite consécration pour votre collaboration : vous avez reçu le Prix Saint-Michel du meilleur dessin, il y a quelques semaines.

La série fonctionne bien, nous avons de beaux retours, de quoi laisser penser que la série sera longue avec la possibilité de visiter différentes époques. On verra. Mais le Prix Saint-Michel, c’est la conséquence de tout un travail basé sur le scénario sur-mesure de Zidrou.

Dans un autre style, vous faites partie des auteurs qui ont rendu hommage à Franquin et à son Gaston dans un album collectif

Je pense que Franquin et Uderzo sont les plus grands dessinateurs qu’on ait connus. Ils sont la Bible de la BD classique. C’est ce que je lisais quand j’étais enfant. L’idée, pour moi, comme j’avais compris la chose, était de trouver une manière de célébrer cet anniversaire. Je n’ai pas eu trop à présenter ce que je voulais faire chez Dupuis, j’avais la liberté mais j’ai dû chercher le bon moment pour réaliser la planche et avoir du plaisir à le faire alors que j’avais beaucoup de travail. Je l’ai réalisé avec tout mon respect, en tout cas.

© Homs chez Dupuis

Et le troisième tome, que pouvez-vous nous en dire ?

Si les deux premiers tomes s’intéressaient à présenter ces deux héroïnes, leurs origines, ce qui les a réunies, le pourquoi de leur rage. Avec le deuxième, on connaît ces personnages, leurs souffrances. On va continuer à Londres avec ce troisième tome qui s’intitulera Revenge !

Merci Josep et excellente année 2018 !

© Homs

Série : Shi

Tome : 2 – Le Roi-Démon

Scénario : Zidrou

Dessin et couleurs : Josep Homs

Genre : Aventure, Historique, Fantastique

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 50

Prix : 13,99€

Date de sortie : le 27/10/2017

Extraits : 

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