Laurent Zimny réinvente les héros de la BD toujours plus pop et top : « Voir jusqu’où je peux aller dans la simplification tout en restant fidèle au personnage »

Véritable curiosité des réseaux sociaux et de plus en plus de salons, Laurent Zimny dépeint un monde de héros (pas que super, d’ailleurs, car il y en a pour tous les goûts) à sa façon et en dessin vectoriel totalement assumé. Réinventions haute en couleurs, les créations toutes personnelles de cet artiste sur le tard (mais qui n’a, au vu de ses oeuvres, pas à le rattraper, le retard) font leur chemin, entre vintage et futurisme, tout en nous ramenant en pleine face ces personnages mythiques de la BD, du cinéma ou, plus généralement, de la pop culture en pleine figure. Même pas mal ! Interview avec ce génie naissant lors de son passage à la Fête de la BD d’Andenne.  

© Jimmy Hublet
Popeye © Laurent Zimny

Bonjour Laurent, cela fait finalement très peu de temps qu’on vous voit souvent passer sur les réseaux sociaux avec vos relecture graphique de super-héros (et d’autres).

C’est vrai, ça fait un an et demi, deux ans. J’étais architecte, avant. Mais, quand j’étais jeune, je voulais faire de la BD, je devais avoir quinze ans, mes parents ont refusé.

Du coup, j’ai passé un bac technique, je l’ai raté avant de le repasser avec la certitude de ne pas rester dans ce milieu. J’ai donc opté pour un compromis : l’architecture. Ainsi, je pouvais dessiner et mes parents considéraient que c’était « un métier ». En tant qu’architecte, je me suis spécialisé dans la 3D et la perspective.

© Laurent Zimny

J’ai ensuite créé avec des amis plusieurs structures d’architecture et donc fait mon métier d’architecte jusqu’il y a quatre ans quand on a dû déposer le bilan. J’étais à vide, avec du temps, plus de boulot, pas d’argent mais plus rien à perdre et aucun manque du monde de l’architecture. Je suis retombé dans mes premiers amours. J’ai repris des encres, des acryliques et surtout le… dessin vectoriel.

En un mois, j’avais dessiné une trentaine de personnages et, notamment, un Surfeur d’Argent qui a fait mouche sur les réseaux sociaux.

Le surfeur d’argent © Laurent Zimny

À ce moment-là, les gens se son mis à me demander de dessiner des personnages. Sur ces mêmes réseaux, j’ai commencé à avoir des commentaires m’incitant à faire une exposition. Je n’en voyais pas l’intérêt à l’époque. Mais j’ai tenté l’expérience quand même et la première exposition a eu lieu au Caf&diskaire de Lille dont un des patrons est fan et lecteur de comics, ça tombait bien, j’adore leur programmation et leur bistrot ! L’expo devait rester accrochée durant deux semaines et qui ont finalement tenu trois mois. C’était super.

La guêpe © Laurent Zimny

Qu’est-ce qui fait votre culture BD ?

En franco-belge, Les Petits Hommes du regretté Pierre Seron. Je les ai lus et relus. Eslapion, ce fut ma première leçon d’architecture. Puis il y a eu les comics pocket en noir et blanc. Mes premiers comics furent des fumettis. Diabolik, aussi. Puis, Swamp Thing, la créature du marais, tellement étrange mais tellement fascinant. Après, j’ai arrêté d’en lire, parce que là où je vivais il n’y avait pas de magasin de BD. J’ai renoué avec la BD en VO chez ASTROCITY à Lille, à 18 ans, quand je suis arrivé à ecole d’architecture.

La créature du marais © Laurent Zimny
La créature du marais © Laurent Zimny

Mais comment avez-vous atterri si vite en Belgique, ici à Andenne ?

Andenne, c’était mon tout premier salon BD, grâce à Mauricet qui a vu un de mes dessins sur le net. C’est par lui que tout a commencé, il a parlé de moi à Tony d’Atomik Strip et boom, me voila en train de déguster une Caracole à Andenne! Mauricet m’a aussi fait l’honneur de faire la couverture d’une petite histoire que j’ai réalisé sur le Mister Miracle de Jack Kirby .

Mister Miracle © Laurent Zimny

Mais diable, quelle est votre technique ?

Tous mes dessins sont des dessins vectoriels (comme Arthur De Pins et Alexandre Clerisse), c’est à dire qu’ils sont 100% numériques. Le dessin vectoriel ne génère aucun pixel , on crée des courbes et on tire sur des poignées pour dessiner, c’est assez particulier, il n y a pas vraiment de technique comparable dans le dessin traditionnel. Cela dit, je fais toujours un crayonné avant. Le vectoriel est l’outil idéal pour obtenir des belles courbes, avoir des aplats parfaits.

© Laurent Zimny

J’ai toujours été tétanisés par les couleurs. Du coup, au moment de dessiner, je ne sais jamais ce que je vais mettre, pour quel rendu je vais opter. Les couleurs que j’utilise sont assez uniques, je les crée pour mon dessin. La couleur appartient au dessin.

Si vous avez commencé sur les réseaux sociaux, aujourd’hui on touche vos dessins. Il y a même une sérigraphie, ici, à Andenne.

Quand j’étais architecte, j’adorais aller chez l’imprimeur pour la sortie des plans et des images de synthèse, c’est la que le travail de toute une équipe apparaissait enfin. Ce passage, j’en ai gardé la magie.

Batgirl © Laurent Zimny

Comment les choisissez-vous ces personnages que vous réinterprétez ?

Au coup de coeur ! On ne me paye pas, je n’ai pas de contrat, pas d’éditeur – je cherche du boulot d’ailleurs ! -, du coup, je m’amuse. Je prends ces dessins comme des cadeaux. Parfois, cela crée des rencontres. Comme celle avec Victor Santos à Andenne.

Polar © Laurent Zimny

Il y avait aussi ma rencontre avec Antonio Lapone. Nous avons été manger un bout au restaurant de Serge Tholomé, Itinérance gourmande, on a discuté de notre travail et, tout d’un coup, Antonio m’a demandé: « T’as de quoi dessiner? » et il ma proposé de faire une séance de dédicace avec lui. C’était totalement improvisé et génial de me retrouvé la avec ce grand monsieur.

Ces personnages, comme ce Spirou et ce Fantasio, ils n’ont parfois pas de bouche, pas de nez ?

Ce n’est pas toujours utile. C’est une des leçons apprises de mon métier d’architecte. Avec l’outil numérique, je pouvais mettre une variété de détails qui, au final, sur un projet, n’allaient pas servir. On perd parfois du temps à des choses qui n’aident pas. Avec mes dessins, je cherche la simplification, je veux voir jusqu’où je peux aller dans la simplification tout en restant fidèle au personnage. Je suis très heureux de voir que, dans un style si éloigné des modèles, les enfants sont capables de reconnaître les personnages que j’ai redessiné. Ça veut dire que ça fonctionne !

Spirou et Fantasio © Laurent Zimny

Combien de temps vous faut-il ?

J’ai fait un Batman, dix minutes de crobards et, en une heure, j’avais fini. Quand je suis chaud, je fais six dessins par jour. Je fais mes croquis dans le métro, le train, au café, bref quand je peux.

Ça dépend aussi des effets, des ombres. J’ai mis sept minutes chrono en main pour une Power Girl, un Shadow a par contre été beaucoup plus long à assembler.

Power Girl © Laurent Zimny

Vos maîtres ?

Celui qui m’a le plus étonné dans le domaine du dessin vectoriel, c’est Alexandre Clérisse, en plus il a une culture artistique indéniable qu il arrive a injecter das ses histoires. Après, inévitablement, Arthur de Pins. Lui, il a un truc. Je me demande toujours comment il fait !

Dans la Bd traditionnelle: le principal, c’est Darwyn Cooke. Puis, j’ai aussi des références artistiques surtout avec des artistes comme David Hockney , Hans Arp, le mouvement Cobra,

Parker de Darwyn Cooke ! Ça c’est ce que j’aurais aimé faire en traditionnel, franc du collier, direct, efficace.

Parker © Laurent Zimny

Et la BD en tant que telle, c’est pour bientôt ?

Je suis en transition. La bande dessinée, c’est un autre délire. C’est spécial. En théorie, je pense comprendre. La BD m’attire de plus en plus, en tout cas mais la j ai tout a apprendre d’où ce court hommage à Mister Miracle. C’est un petit exercice. Ce n’est pas mon personnage mais lui dédier un petit scénario m’a beaucoup plu. C’est ce qui me plaisait, en fait, dans l’architecture : pas construire en tant que tel mais mettre en forme des idées !

Tarzan © Laurent Zimny

Que pourraient-elles raconter vos histoires ?

Par exemple, après une soirée Comixology au Comic Con de Paris, je me suis perdu dans la ville, mon téléphone était en rade. Un vrai Very Bad Trip. J’ai marché durant quatre heures et je suis arrivé à Saint Ouen. Je me suis dit que je raconterais bien cette histoire, mon périple et ces rencontres improbables dans la nuit. En dix minutes, j’avais découpé dix planches. J’ ai la chance d’avoir des pros comme Alain (Mauricet), Karl T. (Tollet) et Elsa Charretier qui me donne des conseils .

J’ai envie d’apprendre, je vais voir des dessinateurs qui savent y faire, je me prends trois baffes et je m y remet.

La BD, ça a toujours été un fantasme.

J’essaie de comprendre le business de la BD, des éditeurs, de la monétisation du dessin,des délais et, finalement, c’est très semblable au monde de l’architecture qui demande qu’on bosse de plus en plus, qu’on soit polyvalent, sans pour autant être payés plus et c’est rare qu’on vienne vous chercher. J’ai failli travailler avec Brian Michael Bendis juste avant qu’il parte de Marvel. J’ai réussi à le rencontrer au Comic Con de paris et il m’a donné des contacts et des conseils avant de partir chez DC. Mais ça m’énerve de ne pas avoir pu collaborer avec lui comme il en était question mais patience, j’ai encore du boulot et pas mal de choses à apprendre.

Comme on dit souvent, « a suivre »

Et on y compte bien ! En attendant, on peut vous retrouver sur votre Tumblr.

Et comme on ne peut décidément pas se quitter comme ça, voilà encore quelques unes de vos (re)créations :

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s