Entre sang neuf et héritage, les monstres d’aujourd’hui n’ont rien à envier à ceux d’hier #8 : des mines graves et des mondes qui changent

Plus d’un mois avant la date fatidique et mortelle, les magasins s’habillent déjà de leurs plus frissonnants atours et mettent en vitrine des costumes plus halloweenesque les uns que les autres. Les monstres sont de retour. Et même si leur âge d’or est passé depuis longtemps, ces créatures, nouvelles ou archaïques, n’ont pas dit leur dernier mot. Alors que Universal se prépare à réveiller un peu plus les monstres les plus incontournables du cinéma avec son Dark Universe, la bande dessinée n’est pas en reste. Petit tour d’horizon des parutions récentes, histoire que vous soyez fin prêts pour le 31 octobre. Pour l’épisode 7, faisons coup double en plongeant dans les entrailles de la terre. Qui sait dans quel état nous en ressortiront.

© Romain Baudy chez Casterman

Épisode 1 | Curse, les loups ne se mangent pas entre eux

Épisode 2 | Les Savage Brothers, fuir les zombies, c’est bien; les traquer, c’est encore mieux !

Épisode 3 | Sept Macchabées dans l’enfer blanc

Épisode 4 | Une arche de (dés)alliance pour un d… festin manifeste

Épisode 5 | L’homme (invisible) est un loup pour l’homme

Épisode 6 | Betty Boob, un sein vaut mieux que deux tu n’en auras plus

Épisode 7 | Pluie de martiens sur Verdun

À la mine comme à la guerre, quelques mois après que Jean-Michel Dupont et Eddy Vaccaro aient croisé western et drame minier (ou Géronimo et Germinal); Casterman nous gratifie de deux nouveaux albums abordant les profondeurs terrestres (mais pas que) et allant piocher vers d’autres genres.

© Koza/Marion Mousse chez Casterman

Résumé de l’éditeur pour Souterrains de Romain Baudy : Le monde de la mine se divise en deux catégories : ceux qui sont avec le Patron, et ceux qui creusent. Lucien creuse… Jusqu’au jour où les entrailles de la terre lui révèlent un monde peuplé de créatures aux proportions effrayantes.

© Romain Baudy chez Casterman

Résumé de l’éditeur pour La révolte des terres de Marion Mousse et Koza : Le premier acte collectif de résistance contre l’occupant nazi. Ferdinand, jeune mineur du Pas-de-Calais, se sent peu concerné par les consignes de grève générale. Mais en 1941, en pleine guerre mondiale, l’heure n’est plus aux hésitations !

© Koza/Marion Mousse

Radicalement différents puisqu’ils mesurent la force de leur propos en piochant dans des genres totalement divergents, ces deux nouveaux albums bien plus dans l’air du temps qu’il n’y parait ont déjà le mérite de prouver qu’on peut dépoussiérer (et dieu sait que dans les tunnels des terrils exploités tant en documentaires qu’en fiction depuis des lustres et des acres) sérieusement une thématique qu’on pensait usée jusqu’à la corde. Autre point commun, cette manière de faire d’un récit un acte politique, en tout (La révolte des terres) ou en partie (Souterrains). Sinon, il est vrai, les deux albums se dissocient aussi bien vite pour trouver leur qualité dans des trames narratives et graphiques très distinctes.

© Koza/Marion Mousse
© Romain Baudy

Dans son « grandeur nature » Souterrains, Romain Baudy puise dans les références, quelque part entre le Géant de Fer et les Ewoks pour consolider son incursion très dangereuse vers le centre de la terre. Tout au long de ces 144 pages, on frôlera l’héroïc fantasy… mais après que les humains aient réglé leurs comptes. Car quand arrivent les machines plus sophistiquées, les robots plus volontaires et courageux, les mineurs sentent bien que le vent, le grisou, est en train de tourner.

© Romain Baudy

Et sans besoin de régner pour mieux diviser, voilà que le groupe solidaire se disloque. Entre ceux qui croient à l’avenir aussi automatisé soit-il et ceux qui préfèrent rester dans le passé, à la sueur et dans le fracas musculaire, pour ne pas perdre leur place et leurs revenus. Mais à quoi bon, de toute façon, comme on dit chez moi, « c’ est todi les ptits k’ on spotche » (c’est toujours les petits qu’on écrase), à moins qu’une poignée de révolutionnaire en pétard viennent contrebalancer l’adage ? Tandis que sous terre, par le jeu d’un miroir pertinent, la loi du plus fort n’a pas forcément gagné, mais n’en disons pas plus.

© Romain Baudy

Souterrains, c’est une oeuvre entièrement dévolue à porter son auteur à la lumière. Romain Baudy domine incontestablement son sujet qui a tout l’air d’un Goliath face au petit David qu’il est. Il y a un peu de steampunk, de l’idée et de la suite dans les idées, de chapitre en chapitre, pour arriver à cette oeuvre impressionnante qui se tisse entre des personnages bien réels, un élan fantastique et la dure réalité. Souterrains fait partie de ses fresques qui se laissent lire d’une traite (la dernière fois qu’on a eu cette impression, c’était face au Siegfried d’Alex Alice, et il y a un peu de cette maîtrise ici, excusez du peu). Les entrailles du Monde grognent et nous, on souffle (plus le chaud que le froid) devant le talent de Romain qui prouve, sans marteau-piqueur, tout son pouvoir de persuasion et de conteur.

© Romain Baudy

Un peu plus loin dans ce labyrinthe de charbon, c’est un autre style qui nous attend, tout en grisaille et en encre à l’effet aquarelle, dans La révolte des terres. Là encore, et plus encore sur la couverture, c’est l’effet miroir qui gagne le regard entre le carcan minier et le carcan carcéral. Finie la fantaisie (tout de même glaçante) de Romain Baudy, place à un récit qui s’implante directement dans des faits historiques : les révoltes de 1941 dans les mines occupées elles aussi comme le territoire français. Parce que non seulement épuisé par le labeur de la terre, des hommes ont encore puisé dans leurs ressources les plus insoupçonnées et dans le courage pour se dresser face aux représentants de la suprématie nazie.

© Koza/Marion Mousse

Nous sommes en 1941, et la libération est encore loin, il faudra tenir ou mourir. Le reste est affaire de déportation. Parce que le régime hitlérien n’aura d’autre choix que d’envoyer les plus fiers résistants à Sachsenhausen, un camp de travail. Et le crédo « marche ou crève » de se prendre encore un peu plus d’aplomb.

© Koza/Marion Mousse chez Casterman

Dans ce récit hautement personnalisé d’un point de vue artistique, Koza (alias Maximilien Le Roy) et Marion Mousse font le jeu des différences mais aussi des ressemblances, d’un monde à l’autre, d’un oppresseur à l’autre. Et au milieu du jeu de quilles, de ce jeu d’échec semblant unidirectionnel et sous la loi des fous, il y a ces forçats des chaines et de la terre qui doivent toujours plus subir. Même si les plus combatifs continuent leur révolte dans les camps et rêvent de l’inévitable fuite.

© Koza/Marion Mousse chez Casterman

Dur et esthétique à la fois, le combat fait rage dans le dessin de Marion Mousse, entre blanc et noir. Incisif et spectaculaire dans les yeux et les expressions de ces pauvres bougres qui ne seront pas tous sauvés. Désespéré mais aussi salvateur, lavant les peines, le charbon et le plomb de ces héros oubliés.

© Koza/Marion Mousse chez Casterman

Titre : Souterrains

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Romain Baudy

Genre : Drame, Fantastique, Aventure

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 144

Prix : 20€

Date de sortie : le 13/09/2017

Extraits : 

Titre : La révolte des terres

Récit complet

Scénario : Koza

Dessin : Marion Mousse

Genre : Drame, Historique, Guerre

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 104

Prix :18 €

Date de sortie : le 23/08/2017

Extraits : 

3 commentaires

  1. Très sympa la critique parallèle, j’y penserais (mais ca demande plus de boulot :). Perso je suis passé un peu à côté de Souterrains mais je reconnais que c’est original et investi par l’auteur. Un peu trop « vert » pour moi, pas assez abouti.

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    1. Hey, au moment où vous écriviez ici, je lisais votre chronique d’Ar-Men ! Ça me donne encore plus envie de le lire. Cela dit, si je n’ai pas encore mis la main dessus, c’est l’album que j’attends le plus de lire !

      Sinon, pour Romain Baudy, certes, on sent que c’est son premier album mais l’histoire est bonne et surprenante et je trouve qu’il a des arguments pour réaliser de belles choses par la suite ! 🙂

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