Nico Augusto : « Le grand mystère ? Ce monde incapable de changer face à la détresse dans laquelle on vit tous les jours »

On l’a connu chasseur de fantômes, passionné de jeux vidéos. On le redécouvre en Stéphane Bern de Youtube à la découverte des plus beaux recoins de France et de Navarre. Et on ne peut qu’admirer ses talents littéraires. Auteur aussi inspirant qu’inspiré, Nico Augusto a accepté de répondre à nos questions pour une interview fleuve autour de son premier roman Les Saisons du Paradis. Rencontre avec un homme qui, comme dirait Patti Smith, a un pied dans la rue et l’autre dans la Voie lactée !

 

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Pour nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas, une première question, et non des moindres, qui es-tu ?

Question difficile… Parce qu’à travers les années, on ne cesse d’évoluer et de changer. Mais pour aujourd’hui, je dirais que je suis avant tout passionné et curieux de la vie et des choses qui prennent vie sur cette planète. J’ai eu la chance, pendant plusieurs années, et je continue encore avec ma femme, de me rendre dans des lieux qui ont des histoires insolites sur des thématiques qui tournent principalement autour de la vie après la mort.

Qui je suis ? C’est une très bonne question, tu commences fort ! En tant qu’homme, je suis quelqu’un comme tout le monde et professionnellement, je suis un auteur, et dans une certaine mesure une sorte de lanceur d’alerte. Je dis bien dans une certaine mesure parce que je ne suis pas Julian Assange ou Snowden. Mais j’essaye de faire prendre conscience qu’on ne sait au final pas grand chose! Et c’est extrêmement bon et sain de se poser des questions et de remettre les choses en question pour avancer.

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La famille du paranormal, cette grande case avec ses centaines de milliers de tiroirs d’affaires non-classées.

Quand on jette un coup d’œil à ta carrière, on peut vite y distinguer un fil rouge, celui du paranormal. Qu’est-ce qui t’a propulsé dans ce monde qui reste, de nos jours, très voilé ?

En fait, ça démarre de deux façons. La première; en 1997, avec des amis, en Grèce, nous allons observer une sphère métallique à 200 m au-dessus de nous, qui ne bouge pas, n’émet aucun bruit, puis commence à se déplacer de gauche à droite, s’intensifie avant de disparaître. À cette époque-là, je n’ai pas vraiment de recul sur ce que c’est, et je vais me plonger dans des livres et faire des recherches. Tout ça pour me rendre compte qu’on est en réalité des millions à travers les siècles à être témoins de ce genre de phénomènes, peu importe le pays, la culture, les origines. Et globalement, sur notre planète, depuis plus de vingt siècles, ces témoignages sont toujours les mêmes : car on retrouve des preuves extrêmement vieilles de phénomène d’objets volants non-identifiés. Alors évidemment, au Moyen-Âge, on interprétait ça sous le prisme de la religion qui prédominait à l’époque. Alors qu’aujourd’hui, c’est la science. Du coup, on a une interprétation qui diffère à travers les siècles, mais l’observation en elle-même ne change pas. Ce dont je vais me rendre compte très rapidement, c’est que ces ovnis sont détectés par des boîtes noires dans les aéroports: donc, s’il y a un écho radar, il y a matière ! Et là, on sort du domaine de l’immatériel. C’est vraiment ça qui m’a fait rentrer dans la grande famille du paranormal, cette grande case avec ses centaines de milliers de tiroirs d’affaires non-classées.

Au second plan, c’est plutôt une question de vie. J’ai été élevé dans la foi religieuse : baptisé, communié, profession de foi et tout le toutim. Mais je me suis approché de la sensibilité bouddhiste au fil des années. Je me suis toujours posé la question si les arbres, les animaux avaient une conscience, et si nous, humains, étions similaires à eux. Et je me suis alors intéressé à cette réincarnation de la matière, d’une part, et d’autre part, à la survivance de la conscience s’en allant voguer dans d’autres dimensions. C’est ce à quoi la science s’intéresse aujourd’hui et en même temps ça fait écho à d’anciens récits chamaniques. Après, je me suis évidemment nourri de X-Files, je ne suis pas hermétique à ce genre de choses. J’ai grandi avec ça, c’est ma génération.

Quand j’ai eu mon permis de conduire en 2000, à mes 18 ans, j’ai eu très vite cette envie de partir explorer des lieux mystérieux, réputés hantés, suite à des procès verbaux et des témoignages que j’avais pu récolter. Et on va dire qu’en France, j’ai été un des premiers, si pas le premier, à me rendre sur ces lieux-là. À l’époque, il n’y avait que des gens comme Yves Lignon ou Henri Broch ; on était très peu nombreux et notre travail était vraiment anecdotique. On passait un peu pour des « gentilles personnes », des illuminés quelque part.

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Je suis pour un monde sans frontières culturelles, parce que ce qui nous enrichit, c’est la culture des autres

Pour en venir à ton premier roman, on est face à des personnages assez atypiques qu’on a peu l’habitude de retrouver dans le flot littéraire actuel. Comment sont nés ces personnages que tout oppose au départ et qui se trouvent en réalité tous reliés ?

Je voulais des personnages les plus vrais possibles, qui effectivement de temps à autre se caricaturent eux-mêmes ; comme James, très caricatural de ce que peut être un médecin. J’avais cette envie de vrai en fait, et pour information, les personnages du roman sont des gens que j’ai côtoyés. Évidemment, ils n’ont pas les mêmes noms, mais ce sont des personnes avec qui j’ai travaillé ou partagé des moments forts de ma vie. Ils se retrouvent aujourd’hui au sein de cette histoire par ce qu’ils ont vécu, par leur drame aussi parfois.

La plupart du temps, on est vraiment dans un casting très occidental, dans les productions américaines, mais aussi européennes. Mais ce n’est pas une critique, on est américain ou européen, donc, quelque part, c’est presque logique qu’il y ait un casting occidental. Moi, je suis pour un monde sans frontières culturelles, parce que ce qui nous enrichit, c’est la culture des autres, sans renier pour autant la nôtre. C’est ce grand écart que le 21ème siècle nous demande qui est extrêmement difficile à réaliser. C’est pour cette raison que, dans le livre, je voulais qu’il y ait des gens de différentes origines. Des asiatiques avec la religion qui est la leur, des occidentaux avec aussi leurs propres croyances, scientifiques ou religieuses. Mais je voulais aussi des gens plus terre à terre, comme Yann, mon personnage préféré, ce petit garçon atteint du syndrome d’Aperger. Même s’il m’a été inspiré par quelqu’un, c’était un vrai challenge de le créer, de le rendre attirant, attachant. L’idée c’était vraiment de surprendre le lecteur avec des personnages un peu hors du temps, avec Reynald ou Ani, le chien.

Durant la lecture, on a l’impression, au fil de pages, de voir une réelle évolution dans l’écriture. C’est quelque chose que tu as ressenti ?

Il faut savoir qu’au début, le roman a été écrit en anglais puis je l’ai co-réécrit en français, ce qui a donné lieu à plusieurs changements. Mais une chose est certaine, plus j’écrivais, plus je me libérais. La plus grande difficulté de l’écriture a vraiment été de se mettre dans la peau de différents personnages, avec des réalités et des lignes de temps différentes.

J’ai commencé à écrire Les Saisons du Paradis en 2002, la partie métaphysique d’abord avec les extraterrestres notamment et tout le background historique : d’où on vient, en fait ! Tout ça était le fruit d’une recherche personnelle sur notre histoire alternative. Parce qu’on sait aujourd’hui qu’il existe une vraie civilisation sumérienne précédant la civilisation égyptienne, reconnue en grande partie par l’histoire moderne. Mais derrière cela, il y a un vrai questionnement, surtout quand les Sumériens nous parlent des « Annunaki » qui sont venus sur Terre pour hybrider et asservir l’espèce humaine. Tous ces écrits-là paraissent être de la science fiction, on ne sait pas quoi en penser. Moi je me suis dit pourquoi ne pas récupérer ces informations et essayer d’en faire une sorte de ligne de temps et de voir comment elles s’imbriquent dans notre histoire traditionnelle. L’histoire métaphysique des Saisons du Paradis part de cette idée-là.

Après, j’ai fait un break pendant quelques temps ; il y a eu les études, puis RIP qui m’a beaucoup occupé. En 2012, RIP s’arrête avec Canal Plus et quand je perds mon chien, je suis face à un grand vide. C’est comme ça que l’histoire des Saisons du Paradis reprend avec, d’abord, des personnages comme Yann et Ani, mon chien que je voulais absolument retrouver dans le livre. Et je n’en dirai pas plus parce que je n’ai pas trop envie de spoiler !

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Pourquoi le monde n’est-il pas capable de changer face à la détresse dans laquelle on vit tous les jours ? Pour moi, c’est ça le grand mystère !

Tu places le lecteur en constante instabilité, face à de nombreux mystères (la mort, la réincarnation, la vie extraterrestre,…). Dans ton propre parcours tu as toujours côtoyé ces grands mystères, alors si tu ne devais en percer qu’un, quel serait-il ?

Ma réponse risque de surprendre… J’aimerais savoir pourquoi le monde et les gens ne sont pas capables de changer et d’évoluer face à la détresse dans laquelle on vit tous les jours. Pour moi, c’est ça le grand mystère !

Si tu trouves la réponse, je suis preneuse ! Cependant, au travers de tous tes personnages, il y a l’espoir qui se cache. Alors, pour prendre le contre pied de ta précédente réponse, quels sont tes espoirs pour le monde de demain qui est vachement remis en question dans ton livre?

C’est terrifiant ! Je sais que pas mal de gens ne partageront pas mon avis et d’autres le partageront, mais c’est terrifiant de voir à quel point les choses vont mal. L’humain va mal. La psyché de l’humain déconne. Le monde dans lequel on vit tourne à 3000 à l’heure. On s’est déconnecté de notre maison, c’est-à-dire notre planète, on s’est déconnecté de nos voisins, tant de nos voisins de palier que de nos voisins au-delà des frontières, on s’est déconnecté de nos amis les animaux, bref de tout ! Or, tout le paradoxe, c’est que appartenons à une société qui, par les bien-pensants, se dit extrêmement connectée, par les réseaux sociaux et les médias mainstream.

Mais je garde espoir, je ne veux pas être négatif. Je vais parler comme mes parents, mais j’ai espoir pour nos enfants, qu’ils puisent changer les choses. Même si je déteste dire ça, parce qu’au fond c’est une manière de se dédouaner de nos propres actions. Je pense en tout cas que l’humain a la possibilité d’améliorer le monde de manière concrète. Et je ne dis pas ça par idéologie politique, mais par constatation pragmatique.

Imagine un instant que notre vie soit beaucoup plus longue que ce que l’on croit. Rien ne disparaît vraiment, tout se transforme ; c’est un processus de réincarnation. La conscience vit plus longtemps, donc l’instant t n’a plus de raison d’être. Il faut essayer de voir sur le plus long terme. Mais le problème c’est tout est vécu à l’exercice fiscal. Prends Apple qui sort son nouvel IPhone chaque mois de septembre parce qu’il y a les exercices fiscaux et qu’il faut respecter toute une cadence économique. Et le monde n’est régi que par l’économie. Je ne dis pas que c’est négatif ou positif, chacun en tirera ses propres conclusions. C’est juste une constatation que nous ne prenons plus le temps. Et Gilles Lartigot, un ami à moi et auteur de Eat, le dit très bien : la société moderne nous a volé notre bien le plus précieux : le temps. Et ça induit plein de choses ! Ça veut dire qu’on n’a plus le temps de réfléchir, de discuter avec ses amis, de prendre le temps, tout simplement.

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« La société moderne nous a volé notre bien le plus précieux : le temps. » Gilles Lartigot

On t’a vu évoluer dans différents domaines : les enquêtes paranormales, les jeux vidéos, la littérature. Tu te définissais professionnellement en tant qu’auteur, est-ce que c’est ça que tu voudrais exploiter pour les années à venir ?

Auteur, scénariste, certainement ! Parce que ça me plaît, ça confère une vraie liberté qui va de pair avec l’instabilité. J’aime cette liberté d’expression, cette possibilité de changer les choses. Il y a certaines personnes qui lisent le livre et qui, après, viennent me dire qu’ils ont décidé de ne plus manger de viande qu’une fois par semaine. C’est génial. Moi je ne suis pas un extrémiste même si, c’est vrai, j’aimerais qu’on puisse arrêter de consommer la mort. Mais quelque part, je me dis qu’il faut que les gens changent à leur rythme.

En fait, le monde va tellement vite que les gens n’ont plus le temps de s’éclairer, c’est-à-dire de faire leurs propres recherches, de lire. Pas le temps parce que métro, boulot, dodo ! Et pour oublier les tracas du boulot, ils allument la télévision et là, il sont face à des niaiseries ! Tout ça crée une majorité de gens qui, sans en avoir conscience, se retrouvent enfermés dans un faux monde : pas dans le monde des émotions, ni dans le monde du vrai, ils vivent dans un monde cloisonné où la consommation et le profit sont les buts à terme. Il faut donc une prise de conscience pour renverser d’une certaine manière les institutions en place. Ça peut paraître exagéré ou faire peur, à la limite du complot, mais c’est la réalité !

Pour terminer, quels sont tes projets à venir ? La suite des Saisons du Paradis ? Autre chose ?

Avec Mariana, on s’est lancé dans des lives sur notre chaîne Youtube, on aime beaucoup faire découvrir des lieux et du patrimoine en direct aux gens. C’est vraiment génial de pouvoir échanger avec eux. C’est une communauté grandissante, positive et éclairée. On a des questions extrêmement ouvertes et moi j’aime pouvoir ouvrir des débats sans tabous. Parce que s’il y a des choses que l’on ne peut pas dire, il ne peut y avoir débat qualitatif ! C’est globalement ce que je reproche à notre monde. Il y a trop de choses qui ne sont pas abordées lors de débats parce qu’elles vont à l’encontre d’un courant de pensées X ou Y.

Après, on aura évidemment la suite des Saisons du Paradis, prévue pour 2018. Ce n’est pas pour tout de suite, il y a beaucoup de travail ! Mais ça va laisser le temps aussi de faire connaître le livre. Au départ, j’ai choisi de publier sans éditeur pour ça, pour toucher les communautés petit à petit et partager en direct. Parce que ça ne m’intéresse pas d’avoir un livre dans les rayons de chez FNAC ou Cultura, ça freine les échanges. D’autant plus que le livre est assez engagé.

Je co-écris également avec un producteur américain une série autour des Saisons du Paradis. C’est encore en discussion et négociation mais ça devrait apparaître dans les trois ou quatre prochaines années, un petit peu à l’image du jeu vidéo. Ça prend du temps parce qu’on a envie de le faire à notre façon. On prend le temps, mais pour des projets à long terme.

Que de beaux projets ! On ne peut alors que te souhaiter beaucoup de réussite et de prospérité ! Merci Nico pour cette belle interview…

Merci à toi.

Les Saisons du Paradis - Nico Augusto (3)

Propos recueillis par Alizée Seny

Les Saisons du Paradis de Nico Augusto

Disponible sur Amazon ou via le site Les Saisons du Paradis

Retrouvez Nico et Mariana sur leur chaîne Youtube et pour les soutenir dans leurs aventures, c’est sur Tipeee que ça se passe

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