Les Insus à Bruxelles, Téléphone plus fort que les smartphones!

Les Insus étaient à Forest National jeudi dernier, dans une ambiance qui tenait moins de 2016 que de 1986. Et si vous vous intéressez un tant soit peu à la musique, cette info n’a pas du vous échapper: ça ne parlait que de ça sur les réseaux sociaux, entre ceux qui y étaient et le faisaient savoir, ceux qui finalement revendaient des places suite à un empêchement et ceux qui essaient d’en acheter car le concert était sold-out.

Quoi de plus logique: les Insus ne sont autres que trois des anciens membres de Téléphone, ce mythique groupe de rock français « en français », qui s’est séparé en 1986. Il aura fallu patienter trente ans pour enfin revoir sur une même scène Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka. Il ne manque à l’appel que Corine Marienneau… et ça, de n’est pas demain la veille que…

Les Insus donc et pas Téléphone. « Sans Corine, ça n’est plus Téléphone » diront les fans de la bassiste du line-up originel. Oui, bon, si personne n’aurait imaginé les Beatles sans John Lennon, il suffit de regarder du côté d’ACDC ou des Rolling Stones pour se souvenir qu’un groupe tient rarement dans la durée avec l’ensemble des membres fondateurs. Mais laissons-là les querelles entre pro & anti Corine.

Car, ce jeudi, le public n’a que faire de ces querelles: il est là pour se faire plaisir, le public étant divisé en trois catégories principales:

  • Les quinquas (et plus) qui les ont vu sur scène au début des années 80
  • Les quadras – dont votre serviteur – qui ont regretté des décennies durant de n’avoir pas eu le temps de les voir avant leur séparation
  • Les plus jeunes – et souvent les enfants des précités – qui ont découvert Téléphone après la séparation, sur des cassettes ou vinyles piqués à leurs parents, des cd ou encore via Deezer… car Téléphone et ses titres sont éternels.

N’empêche que trente ans, c’est long. Si le public de base a vieilli, les ans n’ont pas épargné les membres du groupe. Aubert avait 31 ans à la fin du groupe… il en a aujourd’hui 61. Même si Iggy Pop, son aîné de près de dix ans, sautille encore sur scène comme un ado et que Mick Jagger affiche, à 73 ans, une santé insolente, il n’en reste pas moins que 61 ans (et notez qu’on avait pris une claque lors d’un de ses derniers concerts à Liège avant l’annonce qui surprit tout le monde), c’est près de trois fois l’âge des stars US qui trustent les charts mais sont incapables de chanter et danser en même temps, ce qui les oblige (hum…) à chanter en playback. C’est donc avec une certaine fébrilité qu’on attend l’arrivée sur scène des papys du rock français. Dès les premières notes de « Crache ton venin », le ton est donné: les rides ont fait leur apparition mais l’énergie est toujours bien présente.

Allez crache ton venin, crache ton venin
Crache ton venin crache ton venin
Mais donne-moi la main
Tu verras ce sera bien, enfin

Le public se déchaîne, dans un karaoké géant où toutes les générations scandent les paroles de la chanson sortie en 1979. Il y a 37 ans! Pendant plus de deux heures, les trois rescapés accompagnés d’un bassiste, Aleksander Angelov, qui a la lourde tâche de remplacer Corine face à un public qui n’a d’yeux que pour Aubert, Bertignac et Kolinka, enchaînent les titres, 22 au total et combien de titres inoubliablesDure limite, New-York avec toi, Cendrillon, La bombe humaine…

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Les mauvaises langues diront qu’un groupe de cover occupe la scène tant les interprétations sont fidèles aux originaux, jusqu’aux expressions d’Aubert, déjà présentes sur les lives que les fans écoutent en boucle depuis des décennies.

Contrairement à d’autres artistes dont 2015 a marqué le grand retour, tels Les Innocents, il n’est pas ici question de nouveaux titres. Mais une chose est sûre: ils prennent un plaisir fou sur scène à rejouer ces morceaux, à se retrouver, à retrouver leur public. Kolinka ne cessera de faire des grimaces durant deux heures, Aubert et Bertignac sont plus complices que jamais, allant jusqu’à jouer chacun, littéralement enchaînés, sur la guitare de l’autre.

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Le public des premiers rangs sera servi en clins d’oeil pour immortaliser ce concert sur les nombreux… téléphones (forcément les insus-portables)… qui envahissent aujourd’hui les concerts. Entre les titres, Aubert parle peu, enchaîne quelques « Bruxelles, Bruxelles » pour haranguer la foule mais mis à part quelques déclarations d’amour à « Luigi », il n’évoquera pas le passé ni le retour du reste: il est là pour faire ce qu’il fait le mieux, chanter, jouer – guitare ou piano – et offrir au public ce qu’il attend, cette douce nostalgie musicale.

Les attentats du Bataclan seront évoqués rapidement avant la bombe humaine, Bob Dylan – auréolé du Prix Nobel de littérature quelques heures plus tôt – sera félicité par Aubert avec une courte interprétation au piano de Like a rolling stone mais le concert est avant tout « téléphoné », tous les albums y passent, Crache ton venin, Au coeur de la nuit, Dure limite…

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Seul bémol, les quelques moments plus intimistes interprétés par Aubert et Bertignac assis sur l’avant-scène ont profité aux seuls premiers rangs, les autres ne voyant le duo qu’au-travers des écrans de smartphones les filmant. On aurait apprécié que ces morceaux soient joués sur des tabourets sur la scène par exemple mais reconnaissons que ce problème n’existait pas en 1986… et que ces quelques minutes n’occultent pas les 2 longues heures de plaisir partagées avec l’ensemble du public. Et si nos acolytes ont encore une énergie incroyable à 60 berges, ils sont par ailleurs plus résistants que les batteries de gsm de 2016 qui n’ont pas tenu sur la longueur, de moins en moins de gsm étaient dans le champ de vision à la fin du concert: Téléphone est plus fort que les smartphone…

Une chose est sûre en tout cas : le public n’a pas été déçu et les 2 heures 10 de concert annoncées par Live Nation dans la journée se sont révélées plutôt 2h20-2h25. On s’attend au final à un dernier titre de circonstance, « Voilà c’est fini »…  puis on se rappelle que ce titre n’est pas de Téléphone mais de Jean-Louis Aubert en solo. Et oui, ces gaillards n’ont pas arrêté de chanter et jouer en trente ans… même si jeudi, on avait l’impression d’être en 1986!

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Setlist:

  • Crache ton venin
  • Hygiaphone
  • Dans ton littéraire
  • Fait divers
  • Argent trop cher
  • La bombe humaine
  • Au coeur de la nuit
  • 66 heures
  • Cendrillon
  • Flipper
  • Métro (c’est trop)
  • J’sais pas quoi faire
  • Le silence
  • Oublie ça
  • Le jour s’est levé
  • Dure limite
  • Ce que je veux
  • New York avec toi
  • Un autre monde
  • Rappels :
  • Le vaudou
  • ça, c’est vraiment toi
  • Tu vas me manquer

Compte-rendu et photos: Benoît Demazy

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