Marvin Jouno, maître d’une pop nocturne qui n’a pas son pareil pour embraser les cœurs

Dans l’intimité de la nouvelle salle du BSF, Le Club, un homme qui se rêvait côté cinéma s’est révélé dans une musique enfiévrée et percutante. Son nom? Marvin Jouno, un petit prince qui vient de révéler Intérieur nuit, un premier album à la classe folle et à la sincérité hors-norme. De qualité, ça va sans dire, marqué dans la peau et les tatouages de son auteur. Et à Bruxelles, ville qu’il semble beaucoup aimer, Marvin Jouno a commencé une jolie romance, généreuse et sans calcul. En espérant qu’il revienne bien vite.   

Il y a quelques temps, un disque est arrivé, un peu par hasard, sur nos étagères. C’était le premier album d’un jeune artiste tout juste révélé au grand jour, acclamé « comme nouvelle star de la chanson française » par les InRocks (une appellation d’origine incontrôlée et une formule toute faite), Marvin Jouno. C’est donc empreinte de scepticisme, de l’envie de recadrer ces Inrocks, et profondément marquée par le naufrage de cette pseudo-chanson française martelée sur nos ondes que je me suis laissée tentée par cet Intérieur Nuit néanmoins intriguant. Le disque a alors trouvé son chemin jusqu’à mon lecteur cd, et là…

Surprise, la magie de Marvin Jouno a opéré, instantanément. Je me suis retrouvée chamboulée par une puissante avalanche, juste avant d’être fascinée par l’histoire d’un exode et charmée par un sublime et irrésistible sommeil pour finalement recevoir la gifle finale, assénée par un panorama des plus renversants. En écoutant cet album, quelque chose s’est passé, quelque part entre le premier et le onzième tableau de cette oeuvre percutante. À tel point que le disque a tourné et tourné encore jusqu’à ce que tous ces beaux mots vivent en mon esprit, déracinés de leurs mélodies originelles. Jusqu’à ce jour d’août où, enfin, toutes ces histoires intimes m’ont été contée par celui qui les a imaginées, peut-être même vécues, entre fantasmes, fiction et réalité… Marvin Jouno était à Bruxelles hier et nous a offert un concert transpirant de passion.

Marvin Jouno @Brussel Summer Festival 2016 (20)

De la pop investie, avec suppléments d’âme et d’énergie, c’est ce que Marvin Jouno nous a livré tout au long de ce concert. Si sur CD ses chansons ont le don d’être impactantes, sur scène celles-ci prennent une tout autre dimension. De la race de ces héros qui interprètent plus qu’ils ne chantent, Marvin Jouno nous raconte ses histoires avec pudeur, extirpant ses blessures de la mâchoire de la nuit, révélant ses rêves à la lumière du jour. Sous sa plume, les mots retrouvent une importance qu’ils n’auraient jamais dû perdre, parfois trop facilement blackboulés au détriment d’une prose de surface trop souvent privilégiée quand on parle de pop. Et si les mots sont là, ils peuvent compter sur une bande son (oui, on parle de bande-son, tant le jeune homme est imprégné de cinéma) des plus enivrantes pour les sublimer. La voix. Les mots. Le son. Tout est là pour perpétuer la véritable pop française, celle qui fait preuve d’intelligence et qui est capable de se réinventer, celle qui n’a finalement rien à envier à celle de nos voisins anglo-saxons. Sa pop en VF, il la maîtrise et, avec l’élégance de la simplicité, il la partage avec nous, son public. Le cocktail est magique, tantôt c’est une bouffée d’air frais, tantôt c’est un frisson anxiogène. On ne peut qu’être charmé…

Marvin Jouno @Brussel Summer Festival 2016 (34)

Accompagné par Agnès Imbault, Marvin Jouno semble évoluer au milieu d’une scène incroyablement vide, et pourtant il l’habite, il en prend possession jusqu’à l’embraser. Cet homme-là possède un charisme évident, le magnétisme qui se dégage de lui est impressionnant. Sans artifices, il nous conte toutes ses histoires avec sincérité, le regard lointain, la passion seule faisant vibrer ses cordes vocales; une histoire d’exode de la Bretagne vers Paris, la suite imaginée de la si belle histoire de Cléo et Antoine (hérités d’un souvenir d’Agnès Varda), une lettre à sa mère. Il vit ses textes et c’est le plus beau des spectacles.

Marvin Jouno @Brussel Summer Festival 2016 (36)

Les titres s’enchaînent, le public est peu nombreux dans ce nouvel endroit qu’est le Club du BSF, mais vit tout aussi passionnément ce concert. Si le vous vous plaît, L’Avalanche, Antoine de 5 à 9, la sublime reprise du grand sommeil d’Etienne Daho ou encore l’emblématique Dans l’étang (titre que nous ne connaissions pas avant de s’apercevoir qu’il appartenait au premier EP que nous n’avons désespérément pas), le stylé (puisqu’il met en valeur toutes les lettres de l’alphabet avec l’art et la manière) Love Later; les morceaux calmes se suivent avant que le set ne bascule dans une phase plus rythmée montant crescendo jusqu’à donner à la salle des allures de club. Marvin Jouno s’essaye à quelques pas de danse, encouragé par les spectateurs conquis. Déjà, c’est la fin d’un excellent concert, tout en finesse et en sentiments. Pour certains ce fut une découverte, pour d’autres ce fut une rencontre attendue depuis un moment, mais pour tous ce fut le triomphe d’un grand chanteur français. L’une des plus belles sensations de ces dix dernières années, aux côtés d’Arman Méliès. À suivre assurément!

Par Alizée Seny

Marvin Jouno @Brussel Summer Festival 2016 (21)

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