Franck Biancarelli: « La machine à café qui me permet de faire des pauses, c’est Facebook »

À la Fête de la BD d’Andenne, les dédicaces allaient forcément bon train. Et voir Franck Biancarelli vous offrir une dédicace, c’est toujours un spectacle tant le Marseillais est dans la performance. En fonction des détails, tantôt debout, tantôt assis, penché, étiré, l’auteur passe par toutes les positions pour un résultat toujours au rendez-vous. Pour la deuxième fois à Andenne, Franck Biancarelli nous a parlé de ces deux nouveaux ouvrages:  Le circuit Mandelberg (nous vous la critiquions ici, histoire d’un basketteur qui va se retrouver pris dans une expérience génétique et révolutionnaire touchant à l’immortalité et au transfert de souvenirs de cerveau en cerveau) et Le livre des destins en sublime édition noir et blanc.

Bonjour Franck, vous êtes à cette fête de la BD avec deux albums, dont une exclu si l’on peut dire.

Oui, Le livre des destins, série parue chez Soleil et scénarisée par Serge Le Tendre, en cinq tomes entre 2009 et 2013. Il y a quelques temps, les éditions Black & White m’ont proposé de faire un petit tirage de luxe en noir et blanc, d’une intégrale. Et j’ai accepté. Il y a une cinquantaine de pages supplémentaires, des croquis et plein de choses. C’est un très bel objet, je suis très content du travail qui a été fait.

Franck Biancarelli - Le livre des destins - recherches

Dans cette édition, il y a cet ex-libris hommage à Jack Kirby. Une référence pour vous?

C’est une idée de Jean-Louis Mourier, le dessinateur de Trolls de Troy. Il m’a dit de m’amuser et, pourquoi pas, de faire un faux-Kirby. J’y ai mis du temps pour m’approprier le style de Jack Kirby. Mais les résultat me plaisait et j’étais content: j’ai mis ce dessin sur Facebook en faisant croire que c’était un héros créé par Kirby mais dont il ne s’était pas servi, mais que moi j’allais l’intégrer dans une histoire. Parmi mes amis, j’ai plein de fans de Kirby, aucun n’a tilté que c’était un faux, je me dis donc que je n’ai pas trop mal réussi. 

Franck Biancarelli - Hommage Jack Kirby

Du comics dans votre éducation?

Beaucoup, je viens de là. Pas forcément du comics de super-héros. On parle de Kirby, donc on y pense forcément mais disons que mes influences principales sont Alex Toth, Milton Caniff, la bande dessinée américaine des années 50. Au niveau franco-belge, Christian Rossi a été mon mentor, j’aime beaucoup Goosens. Les deux m’ont fait un hommage pour le Livre des Destins. Mais sinon, il y a beaucoup de très bons dessinateurs mais aucun qui m’ait influencé. Parce l’influence vient dans l’enfance. Et enfants, je lisais cette revue mythique qu’est Strange. 

Quand vous êtes-vous dit « Je vais en faire mon métier?« 

Tout le temps. Je ne suis pas sûr d’avoir prononcé cette phrase un jour mais je crois que très vite j’ai voulu en faire mon métier. À mon avis, à l’âge de neuf ans, je le savais.

Votre actualité est aussi faite du Circuit Mandelberg, une intégrale de l’histoire suite au premier tome paru il y a quelques années sous le nom de Dunk (qui était aussi le titre du roman original).

Alors, c’est un peu compliqué mais je préfère qu’on considère Le Circuit Mandelberg comme un seul et unique one shot. Il faut le prendre comme ça. 124 pages d’un thriller d’anticipation avec une intrigue portant sur les prochaines découvertes relatives à notre cerveau. Le scénariste n’est autre que Denis Robert, journaliste reconnu, et le scénario est très malin.

Le Circuit Mandelberg - Robert - Biancarelli - évasion

On part du basket, alors? 

Oui, mais ce n’est pas une bd sportive. Le basket est assez anecdotique. Il nous fallait juste un héros athlétique, physiquement au top. Il nous fallait un sportif, alors pourquoi pas un basketteur? Puis, le choix du basket vient aussi du fait qu’il y ait beaucoup de paris sur le basket, d’où un monde un peu mafieux qui joue son rôle dans une seconde-intrigue.

Il y a eu des défis sur ce livre? J’imagine que représenter le monde du cerveau, ça peut effrayer?

Ah oui, de ce point de vue-là, il y a eu des défis. Le principal était d’être crédible. Comme ça se passe dans un futur très proche, le but était de faire croire aux lecteurs que c’était tout à fait possible. Qu’ils sortent du livre en se disant que ça pourrait arriver. À l’inverse de la pure science-fiction. L’envie était là et il fallait donc être malin. Pour les voitures, j’ai établi des prototypes basés sur les voitures de maintenant. Pour l’imagerie, on a fait beaucoup de recherches et lu beaucoup. Il y a eu un gros boulot préparatoire. 

Le circuit Mandelberg - Denis Robert - Franck Biancarelli - tricherie

J’imagine que vous aviez lu le roman?

Oui j’ai lu le bouquin trois fois. C’est un passage obligé quand j’adapte un roman. Avec Denis, on a fait deux adaptations de ses romans même si le deuxième n’est pas sorti. 

Vous avez aussi inséré de courts extraits du roman de base, pourquoi?

Pour être très honnête, ce sont des extraits du roman que Denis a recomposé. En fait, la BD représente un tiers du roman, les deux autres tiers abordent les mêmes sujets mais les scènes par lesquelles les sujets sont amenés sont très différents. C’est un livre finalement original. Car un roman ne procède pas de la même manière qu’une bande dessinée. Un roman avance par mots tandis qu’une bd fonctionne beaucoup avec les images. Il y a des scènes qui ont plus de force dans le premier de ces modes d’expression et d’autres scènes qui seront meilleures dans le deuxième. C’était la volonté personnelle de Denis d’exprimer autre chose en fonction du médium. Et il l’a fait.

Vous parliez de la complexité du chemin pour mener à bien ce projet? Il y a le film Renaissances de Tarsem Singh qui a été un obstacle, non?

Que peut-on en dire? C’est un film qui nous a beaucoup troublés. Quand j’ai vu la bande-annonce, j’ai vu les deux premiers tomes de Dunk me défiler sous les yeux, c’est forcément troublant. Il s’avère que les scénaristes sont espagnols, qu’ils ont traîné dans le milieu du cinéma anglais. Parallèlement, un script a circulé dans ce milieu. Les deux scénaristes ont aussi traîné du côté d’Angoulême. Tout ça nous a rendus un peu paranoïaque. Et il y a eu cette volonté de se dire que si le film marchait, le tome 3 de Dunk arriverait si tard après le film que l’intérêt n’en valait pas la chandelle. Donc autant sortir le bouquin intégral en même temps que le film.

Franck Biancarelli - le circuit Mandelberg - action

De là à faire un procès? C’est impossible parce que si on est francs, il n’y a que les vingt premières minutes du film qui collent à notre histoire. Après, il y a encore une heure trente de film. Mais c’es très troublant et j’irai jusqu’à dire que c’est très agaçant d’avoir cette sensation qu’on ne pourra jamais vérifier: sait-on fait piller ou pas? C’était en tout cas une très mauvaise surprise. On ne peut pas évacuer le fait que le sujet est dans l’air mais bon, le doute est là.

La Fête de la BD à Andenne?

C’est la seconde fois que je viens. On est très bien reçu, c’est très sympathique. Puis, ici, j’ai joint l’utile à l’agréable. Je devais signer le tirage de luxe du Livre des destins. Et comme l’éditeur n’est pas très loin d’Andenne, j’en ai profité pour voir le public. Puis le lieu est sympathique, les fans belges aussi.

La suite?

Un deuxième album avec Denis Robert, il me reste les couleurs et ça devrait sortir en avril. Puis, un album à peine commencé pour Rue de Sèvres avec Lewis Trondheim au scénario. C’est un projet un peu plus grand, Infinity Eight. Un projet avec huit co-scénaristes pour Lewis et huit dessinateurs. Pour ma part, le co-scénariste est Emmanuel Guibert, et j’en suis très fier. 

Le prochain album avec Denis Robert devrait sortir en Avril 2016 toujours aux éditions Dargaud.Pour l'instant le titre…

Posté par Franck Biancarelli sur jeudi 12 novembre 2015

On vous voit aussi beaucoup interagir sur les réseaux sociaux.

Vous savez, on est seul toute la journée. Donc, pour moi, la machine à café qui me permet de faire des pauses, c’est Facebook. Je m’en sers comme page professionnel en partageant des infos ou des dessins de dessinateurs que j’aime beaucoup. Tout le monde est le bienvenu. Et effectivement, j’alimente la bête.

Franck Biancarelli - le circuit Mandelberg - étapes

Merci beaucoup Franck!

Propos recueillis par Alexis Seny

En librairie:

Le circuit Mandelberg - Denis Robert - Franck Biancarelli - Couverture

Titre: Le circuit Mandelberg

D’après le roman Dunk de Denis Robert

Scénario: Denis Robert

Dessin: Franck Biancarelli

Couleurs: Laurent Gnoni & Franck Biancarelli

One Shot

Genre: Anticipation, Thriller, Science-fiction, Sport

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 128

Prix: 19,99€

Extraits:

Le livre des destins - Biancarelli - Le Tendre - Intégrale noir et blanc - Black and white

Titre: Le Livre des Destins

Édition: Intégrale noir et blanc

Scénario: Serge Le Tendre

Dessin: Franck Biancarelli

Genre: Mystère, Enquête

Éditeur: Black and White

Tirage: 250 exemplaires

Nbre de pages: 320

Prix: 59€

Extraits:

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