Seconds, conte moderne sur l’impossibilité des retours en arrière

Je n’aime pas le manga mais ça j’aime bien (pour paraphraser une célèbre série de cds sortis sur la musique classique). Enfin, manga dans le dessin et le format, pour le reste, le Seconds paru il y a peu reste bien dans les normes de la bande dessinée européenne et américaine: il Page 11se lit bien de gauche à droite et est colorisé (superbement d’ailleurs). Et surtout, il signe le grand retour du Canadien Bryan Lee O’Malley, révélé et multiplement primé (dont un Eisner Award s’il vous plaît!) pour sa série de comics (qui auraient rencontré dans les traits le manga) contant les aventures de ce sans-emploi canadien, Scott Pilgrim, dont vous avez peut-être vu le délirant film.

Ainsi le dessinateur nous revient-il avec un univers original pour la première fois depuis 2004 (quand il s’est consacré exclusivement, corps, âme et crayons à Scott Pilgrim) et sa première BD depuis 2010: 328 pages d’un délicieux plaisir avec un zeste de fantastique. L’histoire de Katie, cheffe de cuisine du restaurant Seconds. Cheffe renommée pour restaurant renommé. Pourtant, elle rêve de mieux: d’un restaurant à son nom et de plus d’émancipation, d’une certaine harmonie dans sa vie. Pourtant, l’harmonie ne sera pas pour ce soir, entre les problèmes de délais de son futur restaurant, le stress et Max, son ex, impunément venu se restaurer dans son établissement au bras d’une fille. Suivent les gaffes et une des serveuses se brûle gravement. Que faire? Comme par enchantement, elle trouve une poignée de champignons et un mode d’emploi, ainsi qu’un petit carnet. Il suffit d’y consigner son erreur etPage 19 malheur de la journée, d’avaler un champignon, pour voir le monde remodelé et ayant fait fi de cette erreur. La tentation est grande d’en abuser pour avoir une vie parfaite, et le désir trop grand pour ne pas y succomber. Mais on ne change pas le passé et le présent aussi impunément.

Seconds propose aussi un univers riche, fort en spectaculaire et en échos à une époque où on est souvent plus tourné vers le passé que vers le futur, qu’on assassine à coup de si j’avais été. Brillant dans son propos et dans sa narration, qui n’en fait pas trop, Seconds est une jolie fable, un conte qui pourrait s’avérer être un beau cadeau de Noël.

15/20

Bryan Lee O’Malley, Seconds, Dargaud, 336 pages, 19,99€

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