Il fallait bien Shakespeare pour ouvrir la saison du Théâtre du Parc. Et il fallait bien Thierry Debroux pour faire du Songe ce qu’il est vraiment : une immense fête du désir, du quiproquo et du merveilleux.
On connait l’histoire.
Hermia aime Lysandre, mais son père la destine à Démétrius, lui-même aimé d’Héléna. Pour fuir Athènes et ses lois patriarcales, les quatre amoureux se perdent dans la forêt. Là les attend le petit peuple de la nuit : Obéron et Titania qui se déchirent, et Puck, le lutin malicieux, qui va asperger tout ce beau monde de philtres d’amour mal dosés. S’y ajoutent les artisans d’Athènes venus répéter une tragédie qui tourne au burlesque.
C’est la comédie la plus féérique de Shakespeare, et Thierry Debroux l’a bien compris.
Ils sont 13 sur scène, et pas un ne démérite : Denis Carpentier qui campe avec brio Pick le lutin espiègle , Mathilde Daffe, Charlotte De Halleux dont les talents vocaux m’ont scotché, Perrine Delers toujours parfaite, Emmanuel Dell’Erba, Nathan Fourquet-Dubart, Océa Gonel, Jonas Jans, Thierry Janssen, Mathilde Laulier, Antoine Minne, Jean-François Rossion et Lili Sorgeloos.
Mais sans enlever le mérite à tous les autres comédien(ne)s purement excellent(e)s, j’aimerais mettre en exergue un trio que j’ai trouvé épatant :
Emmanuel Dell’Erba est toujours aussi formidable. On ne se lasse pas de sa présence, de son phrasé, de son sens du rythme shakespearien. Il porte le verbe avec une élégance qui rend la comédie encore plus intelligente, et ce malgré une extinction de voix plutôt handicapante.
Thierry Janssen est réellement désopilant. Dans le rôle de Bottom il est l’étincelle burlesque du spectacle. Chaque entrée est une promesse de rire et chaque mimique fait mouche. Il a ce timing rare qui transforme Shakespeare en pur vaudeville sans jamais le trahir, et il est le seul à porter un masque d’un bout à l’autre du spectacle ce qui n’est pas simple pour faire passer des expressions
Et puis il y a Lili Sorgeloos, jeune comédienne pour qui j’avais eu un coup de cœur absolu quand je l’avais découverte dans Une Mouette d’après Tchekhov au Parc la saison dernière, elle y était bouleversante. Ici encore elle rayonne à chacune de ses apparitions. Que ce soit dans l’amoureuse éperdue Héléna ou dans la la fée Fleur des Pois, elle a une grâce, une lumière, une justesse qui accroche le regard et ne le lâche plus. Une comédienne qu’on a envie de suivre, partout.
C’est toute la réussite de ce Songe : rire, rêver et lâcher prise, comme le promet le théâtre. On en sort comme après un rêve d’été, un peu sonné, le cœur léger, avec l’envie d’y retourner.
Seul petit bémol, une première partie un peu longuette, dont on aurait pu extirper une quinzaine de minute, mais c’est un détail au regard de la réussite d’ensemble.
A voir absolument donc, mais réservez vite, nul doute que la salle se remplira bien vite.
Jean-Pierre Vanderlinden
(Photos : Aude Vanlathem)
Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare – Théâtre Royal du Parc, du 3 septembre au 10 octobre 2026






