Vu ce samedi 5 septembre à 20h30 à l’Espace Toots d’Evere. Deuxième représentation ce dimanche 6 à 16h.
On entre pour voir un spectacle sur la mine. On en sort avec l’impression d’avoir passé une heure dans la cuisine de Jean.
Jean est mineur. Un éboulement, plusieurs jours coincé dans le noir au fond, puis la remontée. Il a survécu. Mais il a perdu l’usage de ses jambes. Et il a perdu son fils.

C’est le point de départ de Galibot, le seul en scène écrit par David Delaloy et interprété par Daniel Nicodème, avec une direction d’acteur de Benoît Van Dorslaer.
Le pari était risqué. Le théâtre du handicap et du deuil verse si vite dans le pathos ou le documentaire misérabiliste.
Galibot évite les deux écueils avec une intelligence rare.
C’est le premier seul en scène de Daniel Nicodème comme comédien, après une longue carrière au théâtre, dans le doublage et comme coach. On ne le dirait pas une seconde.
Nicodème ne joue pas l’infirme. Il l’incarne. Pas de surjeu, pas de démonstration. Assis, le corps contraint, il fait de l’immobilité une force dramaturgique.
Tout passe par le regard, la voix qui se casse, les mains qui cherchent encore le geste du mineur.
Et surtout : Jean est généreux , gouailleur, parfois en colère contre ce monde qui l’a broyé et qui maintenant le regarde avec pitié.
Il ne raconte pas la chute, il raconte la reconstruction. Comment continuer à vivre après? Comment accepter le nouveau corps, le regard des autres, l’absence insupportable de son fils, et de sa mobilité ? Comment retrouver une place?
Au bout de cinq minutes, on oublie l’acteur. C’est ce que confiait d’ailleurs la diffuseuse Sophie Blancke, qui défend le spectacle après l’avoir découvert au Bois du Cazier – lieu hautement symbolique où le spectacle a commencé son parcours : « on a l’impression d’être assis autour d’une table, avec quelqu’un qu’on connaît depuis toujours. »
Si l’histoire est ancrée dans notre mémoire ouvrière et le passé minier belge, son propos est universel et d’une actualité brûlante.
Galibot parle, en 70 minutes sans temps mort du handicap, du deuil sans jamais forcer la larme, et de la résilience, cette formidable capacité à continuer à rire et à regarder devant soi malgré ce que la vie a enlevé.
La mise en scène de Van Dorslaer et la création lumières d‘Arnaud Louthe sont d’une grande sobriété. Une chaise, une lumière chaude, presque intime. L’Espace Toots, salle à taille humaine rue Edouard Stuckens, était l’écrin parfait. On est proche, trop proche pour tricher.
On est parfois ému, forcément, mais on ne sort pas plombé même si ce n’est pas le spectacle à voir si on recherche un pur divertissement, car le sujet est grave.
On est face a un théâtre profondément humain, entre émotion, humour et résilience. Rare et nécessaire.
Si vous avez manqué la représentation de samedi soir, il reste la séance de ce dimanche 6 septembre à 16h00 à l’Espace Toots.
Et si vous êtes programmateur, responsable scolaire ou centre culturel, le spectacle se prête idéalement à un bord de scène et c’est le moment de le découvrir.
Jean-Pierre Vanderlinden.




