La Consolatrice : derrière le rire, les blessures du Congo

Entre conte, humour et musique, La Consolatrice embarque petits et grands dans un récit où le rire ouvre la porte à la réflexion. Porté par l’énergie communicative d’Émile Didier Nana, le spectacle de la compagnie Hardie raconte la transition d’un régime militaire vers une démocratie qui peine à tenir ses promesses. Les plus jeunes se laissent séduire par les chansons, les personnages et l’humour, tandis que les adultes y lisent une satire politique qui questionne autant l’héritage du passé que les responsabilités du Congo d’aujourd’hui.

Le récit s’ancre dans un pays africain qui célèbre sa transition de la dictature militaire vers la démocratie. Les urnes ont remplacé les armes, les discours se veulent porteurs d’espoir. Corruption, clientélisme et confiscation du pouvoir continuent de freiner les aspirations d’un peuple qui attend toujours les promesses du changement.

Sans jamais nier le poids de l’héritage colonial, La Consolatrice déplace le regard vers la question des responsabilités locales. Avec beaucoup de panache, le spectacle interroge les choix des dirigeants, les dérives du pouvoir et les conséquences pour le pays et ses habitants. Une critique lucide, nourrie d’ironie, de sarcasme et d’autodérision.

Le propos de La Consolatrice fait écho à deux œuvres congolaises que nous avions chroniquées sur Cinergie. Dans Machini, Frank Mukunday et Tétshim dénonçaient déjà, avec beaucoup d’audace et d’originalité, « l’ironie de la soi-disant révolution écologique ». À Lubumbashi, des ouvriers sans nom, ni numéro, ni signe distinctif travaillent sans répit comme des machines, jusqu’à ce que tombe cette phrase aussi simple qu’évocatrice : « Rien n’a changé depuis un siècle pour les Congolais. Avant, c’était le cuivre. Aujourd’hui, c’est le cobalt. »

Avec Caoutchouc rouge, rouge coltan, l’angle est plus historique. À travers les yeux d’Abo, une jeune Belgo-Congolaise, le documentaire rappelait que le coltan a remplacé le caoutchouc et que le « minerai du sang » continue de faire des victimes. De Léopold II à Patrice Lumumba, de Mobutu aux conflits contemporains, le film retraçait un siècle d’histoire rappelant combien les immenses richesses du Congo sont devenues sa plus grande tragédie.

Comme ces deux courts métrages, La Consolatrice refuse les lectures simplistes. Sans nier les ravages du colonialisme et des intérêts étrangers, le spectacle déplace le regard vers les responsabilités congolaises. Les élites politiques, les logiques clientélistes, avec une bonne dose d‘autodérision. 

À une époque où le débat public se résume trop souvent à la recherche d’un responsable unique ou à des débats binaires où l’on est forcément pour ou contre, cette réflexion est portée avec suffisamment d’humour pour faire rire le public, mais assez de lucidité que pour laisser quelques songes au spectateur avisé une fois le spectacle terminé.

https://www.chalondanslarue.com/prog2026/la-consolatrice/207

https://compagniehardie.com/

https://www.cinergie.be/article/machini-de-frank-mukunday-tetshim

https://www.cinergie.be/article/caoutchouc-rouge-rouge-coltan

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