Au Festival Bruxellons , après un formidable Rebecca l’année dernière, cette année c’est Kinky Boots qui tient le haut de l’affiche.
Kinky Boots n’est pas né sur scène par hasard. Le musical est inspiré du film britannique de 2005 du même nom, lui-même basé sur une histoire vraie, celle d’une usine de chaussures à Northampton qui a survécu en se reconvertissant dans les bottes pour drag queens.
La version musicale arrive à Broadway en 2013, avec une musique et des paroles signées Cyndi Lauper et un livret de Harvey Fierstein. Ça cartonne direct avec 6 Tony Awards, dont celui de la Meilleure Comédie Musicale. Le message est simple mais puissant : accepter la différence, sortir des cases du « métier d’homme », et danser sur des talons même quand le monde dit que ça ne tient pas.
Le Festival Bruxellons, connu pour ses comédies musicales d’été en plein air au Château du Karreveld, a choisi Kinky Boots pour sa programmation récente. Un pari audacieux avec du glamour, du drag, et des talons de 15cm… en extérieur, avec le risque de pluie bruxelloise.
Car le gros défi du festival, c’est l’extérieur. Et là, ils s’en sortent très bien. La scène est divisée en deux mondes : l’usine Price & Fils, toute en gris et métal, et le cabaret Angel, explosion de néons, paillettes et rouge à lèvres. Le passage de l’un à l’autre se fait avec une belle fluidité qui donne le rythme au spectacle.
Les chorégraphies sur les machines à coudre transformées en podium, c’est très malin.
Au niveau du casting Charlie et Lola portent littéralement le show.
Tout repose sur le duo improbable de Charlie, l’héritier coincé qui reprend l’usine de son père, et Lola / Simon, la drag queen qui va lui sauver la mise.
Charlie, est joué avec une vraie fragilité par Loïc Suberville. On sent peser sur lui le poids de l’héritage, la peur d’échouer. Sa voix tient bien dans les moments plus calmes comme The Soul of a Man.
Quant au rôle de Lola c’est le cœur du spectacle avec un Vincent Heden époustouflant. Il faut du coffre, de l’humour, et une présence scénique énorme pour l’interpréter, et il porte le rôle avec beaucoup de générosité. Les titres Land of Lola et Sex Is In The Heel font lever le public à chaque fois.
Les numéros de drag sont léchés, et surtout jamais vulgaires. C’est élégant, puissant, et très drôle.
En réalité toute la distribution scénique est exceptionnelle, du rôle le plus discret à ceux plus importants, chaque comédien(ne), chanteur(euse) ou danseur(euse) marque le spectacle de son empreinte. Bravo !
Le chœur des « Angels » est aussi une vraie réussite. Synchrones et complices, ils apportent cette énergie de troupe qui manque parfois aux productions en plein air.
Et puis le grand atout du spectacle c’est l’excellente musique de Cyndi Lauper !
On connaît Cyndi Lauper pour Girls Just Want To Have Fun, Time After Time ou True Colors , et ici elle signe des tubes de comédie musicale hyper efficaces. Raise You Up, Everybody Say Yeah, Hold Me In Your Heart… C’est pop, c’est soul, c’est disco, ça donne envie de taper du pied.
Quand à l’orchestre des Bruxellons dirigé par Laure Campion , qu’on peut entrapercevoir cette fois en fond de scène, il rend bien justice aux cuivres et au côté festif de la partition.
En 2026, Kinky Boots n’a rien perdu de sa force. Au-delà des paillettes, le spectacle parle de transmission, de deuil, de préjugés dans le monde du travail, et surtout d’authenticité.
La phrase « You change the world when you change your mind » résonne particulièrement devant un public familial et intergénérationnel comme celui du festival. Et tout le monde chante à la fin.
Bravo également aux ingénieurs du son qui font un travail remarquable en nous proposant un son exceptionnel pour du plein air. Quand au décor il est impressionnant avec des scènes tournantes, et un plateau étonnant avec une belle lumière et de la créativité
Le Festival Bruxellons a pris un risque en programmant Kinky Boots, mais au final le pari est gagné .

Kinky Boots est un spectacle généreux, coloré, qui fait sourire, qui émeut, et qui se termine par une standing ovation quasiment garantie tous les soirs .
On en ressort avec des paillettes dans les yeux, les tubes de Cyndi Lauper dans la tête et l’envie de porter des bottes rouges, même pour aller faire ses courses!
Et au delà de tout, il y a ce message inclusif porté avec énergie par des voix solides, et une vraie fête collective.
Un incontournable spectacle d’été, à voir à tout prix !
Jean-Pierre Vanderlinden
(crédit photos : Laure Geerts)





