Au Cirque Royal, BEAT fait revivre King Crimson sans Robert Fripp

Le super- groupe s’est arrêté mardi soir dans la salle bruxelloise du Cirque Royal et y a donné un concert époustouflant.

Un peu d’histoire pour commencer.

Beat naît en 2023, non pas d’un coup de com’ mais d’une envie de célébrer les albums Discipline, Beat et Three of a Perfect Pair de King Crimson, période 1981 à 1984.

À l’origine du projet, 4 monstres sacrés : Adrian Belew, guitariste chanteur de King Crimson 1981-2009. C’est lui la voix, le riff, le clown – génie de la période du « double trio » que j’avais pu applaudit à Bozar en juin 1996 lors d’un concert mémorable .


Tony Levin, le bassiste au Chapman Stick et à la basse fretless, colonne vertébrale de Crimson depuis 1981. Sans lui, pas de pulsation.


Steve Vai, le virtuose, ex-Zappa, ex-Whitesnake, et qui fut l’élève de Satriani. Il remplace Robert Fripp à la guitare lead, un choix audacieux doté d’une même technique, mais avec un autre ADN nettement plus rock.


Et puis il y a Danny Carey, batteur de Tool qui prend le siège de Bill Bruford/Pat Mastelotto, et qui assure polyrythmies, puissance et précision chirurgicale.

Le concept est clair, ne pas être un « tribute band », mais rejouer le Crimson des 80’s avec le respect du détail et la liberté des interprètes. Fripp a donné sa bénédiction et dès lors le groupe tourne depuis 2024 et cartonne devant des salles pleines et des milliers de fans en pèlerinage.

Ce soir le Cirque Royal est bien plein. Un public entre 40 et 70 ans, t-shirts Crimson vintage, mais aussi des plus jeunes venus pour applaudir Vai et Carey. Pas de première partie. à 20h30, blackout, le band jouera 2 sets pour environ 2h de show.

Ils attaquent sur Neurotica puis Neal and Jack and Me. D’entrée, le son est massif. Tony Levin au Chapman Stick plaque des lignes de basse qui font vibrer les piliers de la salle. Danny Carey joue en étant impassible, et enchaîne des signatures rythmiques impossibles comme s’il buvait un café.

Adrian Belew, 76 ans, est partout. Il chante, il grimace, il fait hurler sa guitare avec les effets qu’il a inventés. Sur Sartori in Tangie le Cirque répond.

Là où Beat pouvait être un simple cover, Vai change la donne. Sur The Sheltering Sky ou Three in a Perfect Pair, il ne copie pas Fripp, il réinvente. Des tiges de vibrato hurlantes, des harmoniques qui piquent, et une présence scénique de rockstar. Dialogues de guitares avec Belew, l’élève affronte le maître, et c’est beau.

Un des points d’orgue fut Industry. Levin lance la boucle de basse, Carey installe le groove martial, Vai et Belew se répondent. La salle est conquise. Techniquement, c’est presque inhumain et émotionnellement, ça vous prend aussi.

Le band revient pour un rappel avec Red et Thela Hun Ginjeet. Belew parle peu, mais quand il évoque Robert, la salle frémit. On sent que rejouer King Crimson sans Fripp, c’est à la fois un honneur et un crève-cœur. Au niveau instrumental on est face à 4 génies, et bien sûr 0 faute.

La section rythmique Levin/Carey est monstrueuse,  le son est excellent, tout est clair, chaque note de stick, chaque cymbale de Carey passe. Ici pas de posture, ces anciens jouent, transpirent, et s’amusent. Et Belew court partout comme en 1982.

Fripp faisait du Fripp et Beat joue plus « rock », on gagne en puissance, on perd peut être un peu en tension froide.
En conclusion, Beat n’est pas King Crimson, et c’est tant mieux. C’est une célébration, pas un remplacement.

Au Cirque Royal, ils ont prouvé qu’on peut honorer une légende sans la trahir.

Si vous avez raté King Crimson  dans les 80’s, ce concert était votre machine à remonter le temps. Et si vous les avez vus à l’époque comme moi, vous avez pu vérifier que la flamme est toujours là.

Jean-Pierre Vanderlinden / Photos Hugues Timmermans

Première partie (Set 1)
  1. Neurotica
  2. Neal and Jack and Me
  3. Heartbeat
  4. Sartori in Tangier
  5. Model Man
  6. Dig Me
  7. Man With an Open Heart
  8. Industry
  9. Larks’ Tongues in Aspic (Part III)
Deuxième partie (Set 2)
  1. Waiting Man
  2. The Sheltering Sky
  3. Sleepless
  4. Frame by Frame
  5. Matte Kudasai
  6. Elephant Talk
  7. Three of a Perfect Pair
  8. Indiscipline
  9. Red
  10. Thela Hun Ginjeet

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