La Comédie Kapel est une troupe de théâtre bruxelloise fondée dans le quartier du Kapelleveld. Sous la direction artistique de Bernard Lefrancq, elle s’est donné pour mission de rendre les classiques accessibles et populaires à tous les âges
Depuis des années, cette troupe bruxelloise a fait du plein air sa marque de fabrique. Pas de rideau, pas de fard inutile, du texte, des arbres, et un public qui vient avec son plaid s’il fait frais. Ils ont l’habitude de s’emparer des classiques et de les secouer pour les rendre accessibles à tous en allant jouer là où les gens vivent, dans les parcs. Cette année, direction Woluwe-Saint-Pierre avec Le Médecin malgré lui de Molière.
Sganarelle a tous les défauts : alcoolique, paresseux, vénal, brutal, etc. Sa femme Martine est au désespoir quand lui vient une idée aussi drôle que machiavélique. Notre homme devra rivaliser d’audace et d’imagination pour se sortir du piège tendu par sa moitié.
Un Molière jouissif et surprenant servi par une distribution aussi nombreuse que survoltée.
Bernard Lefrancq signe une adaptation complètement décalée mais qui respecte l’esprit de Molière.
Le choix du Parc Parmentier n’est pas anodin avec son décor naturel à 360°, le vent qui emporte parfois une réplique, des oiseaux qui volent derrière la scène. Ça force les comédiens à jouer plus fort, plus franc. Et ça marche. On sent que la troupe a répété dehors car les projections de voix tiennent et les apartés fonctionnent même quand un avion passe.
Le parti pris est clair : pas de travestissement conceptuel. On reste dans la farce populaire. Les anachronismes sont là pour faire sourire, pas pour intellectualiser. Résultat : le texte claque, les gags physiques passent crème, et même ceux qui n’ont jamais lu Molière rient aux éclats.

Et on retrouve des visages connus comme Colette Sodoyez, Marc De Roy, Cédric Lombard, Bernard Lefrancq lui-même, Bertrand Lapièce et Benoît Strulus. Et également Anne Élisabeth Justen, Mathilde Mazabraro, Gaelle Paucot, Diana Honissen-Oro et Alexis Lejeune.
Le rôle-titre est piégeux. Il faut être lourdaud sans être antipathique, menteur sans être méchant. Ici, Sganarelle interprèté par Benoit Strulus assume son côté rustre. La bastonnade, gimmick central de la pièce, devient un vrai numéro de cirque. Chaque coup est attendu, réclamé par le public. La troupe joue avec l’adage « plus on le frappe, plus il devient médecin », et plus les spectateurs rient.
Le reste du casting tient la baraque. Martine a du mordant, Géronte est empoté comme il faut, Lucinde et Léandre font passer la romance sans mièvrerie. L’ensemble est solide, avec cette générosité typique du théâtre de haut niveau où personne ne tire la couverture à lui.
Jouer dehors, c’est le pari de Kapel. L’avantage est la beauté du site, l’inconvénient la météo. Si la pluie s’invite, la représentation s’adapte ou se décale. Mais ce 19 juin, le ciel fut clément , à peine quelques gouttes et une représentation au sec.
Les puristes grinceront peut être un peu des dents car le texte est coupé, adapté, modernisé et certaines subtilités de Molière passent à la trappe au profit du rythme. Mais le mariage du texte original avec des anachronismes désopilants fait mouche.
La Comédie Kapel réussit son pari : rendre Molière vivant, drôle et sans chichi.
Le Médecin malgré lui devient une comédie de plein air parfaite pour lancer l’été.
C’est du théâtre populaire, généreux, qui respecte son public. On rit, on se fait surprendre par un vol de pigeon ou un avion qui passe au mauvais moment, mais on ressort avec le sourire et pour certains avec l’envie de revenir pour les dates suivantes jusqu’au 12 juillet.
Jean-Pierre Vanderlinden
( Photos Aude Vanlathem)
Parc Parmentier, Woluwe-Saint-Pierre – Du 19 juin au 12 juillet 2026, vendredis, samedis, dimanches à 15h00





