Après un jeudi d’ouverture entre stand-up absurde et cabaret queer, le Mozaik Festival passait à la vitesse chanson française ce vendredi. Quatre scènes, guinguette, concerts, théâtre de rue : l’ADN pluriel du festival reste intact. Et sur la scène principale, c’est Antoine Delie qui vient poser sa voix cristalline et son univers « haut en couleurs » au cœur de Schaerbeek.
Antoine Delie, c’est d’abord un parcours de conservatoire. Il touche à la musique dès 5 ans et suit une formation musicale, percussions, piano. Parallèlement, il suit des cours de théâtre et de diction. De 2002 à 2019, il enchaîne les académies de musique dans le Hainaut étudiant le chant classique, choral, et l’ histoire de la musique.
Diplôme d’instituteur en poche, il intègre l’IMEP à Namur pour travailler le chant pop et la comédie musicale aux côtés de Nicolas Dorian, coach vocal de The Voice Belgique et Starmania.
Le grand public le découvre dans The Voice Belgique saison quatre, puis il franchit l’étape TF1 en étant finaliste de The Voice France saison neuf.
2021 marque le virage auteur-compositeur avec la sortie du single Dis-moi en janvier, puis l’album Peter Pan. Le succès en Belgique lui vaut le titre d’artiste de l’année par Vivacité RTBF. Depuis, il multiplie les scènes dont notamment les Francofolies de Spa.
Antoine Delie c’est une voix cristalline, une sensibilité à fleur de peau, une personnalité hors du commun. Michel Drucker dira de lui dans Vivement Dimanche qu’il est l’Elton John francophone. Sur scène, le pari est simple il cherche à dépouiller le superflu pour laisser passer l’émotion. Ce soir il se produit en configuration intimiste, en solo accompagné de Nade au piano.
La voix porte déjà sans micro, limpide, avec ce vibrato maîtrisé impressionnant. Il enchaîne Couleurs, Océans, Bowie, André qui touche au cœur. Chaque titre est un morceau de vie revisitée, d’amour qui vacille, d’optimisme têtu.
Moment fort : sa reprise de La Pluie d’Orelsan. Il la dépouille de son beat et la rend quasi classique au piano. Le texte frappe différemment, plus nu. Autre pic du set, son interprétation très personnelle de C’est ma vie de Salvatore Adamo qui fera chanter la salle à l’unisson.
Entre deux morceaux, Delie parle. Il raconte son parcours, ses joies, ses blessures. Ça crée de la proximité avec le public, trop peu nombreux ce soir mais totalement impliqué lorsqu’il chante en chœur sur Peter Pan .
La force d’Antoine Delie, c’est la générosité, avec son public mais aussi avec l’artiste féminine qui l’accompagne à qui il laissera la scène le temps de deux très beaux titres Le temps d’un café et Toucher du doigt. Un très beau moment en compagnie de Nade, une artiste qui donne envie qu’on la découvre.
Supernova, titre exceptionnel nous donnera le frisson, J’ai besoin confirmera, avant qu’Antoine ne clôture la soirée avec Entre la Terre et Les Etoiles.
Le spectacle d’Antoine est lumineux et rien n’est surjoué, ici, pas de provocation, juste des compositions magiques bourrées d’émotions.
Mozaik ce vendredi jouait le contraste avec la veille, après le franc-parler de Grosjean et l’impertinence du Sassy Cabaret, Delie nous a apporté la carte de la sensibilité. Et ça a fonctionné, car à la fin du show des gens restaient pour le remercier. Après l’absurde et le burlesque, la chanson française a pris le relais sans trahir l’esprit festival.
Antoine Delie nous a offert un concert de « plaisir non dissimulé », à la hauteur de sa réputation, sincère, accessible, superbe, et totalement magique.
On ne comptait plus les moments suspendus en dehors du temps.
Bravo l’artiste!
Jean-Pierre Vanderlinden / Photos Hugues Timmermans













