Clémentine Bouvier, maîtresse et magicienne de la forêt éternelle : « Dans cette série, il y a plein de surprises, même moi, je me suis dit: c’est impossible! »

Comme par magie, nous nous sommes laissés embarquer dans le monde fantastique, médiéval-fantasy de Pym et la forêt éternelle, ébauché par le scénariste Fuat Erkol et la très dynamique dessinatrice Clémentine Bouvier dans un premier tome qui laisse bouche bée. Dans ce conte de fée (et de monstres) qui commencerait au moment où les héros sont piégés dans les bois, sans espoir d’en sortir, le (jeune) lecteur ira de surprise en surprise. J’ai tenté d’en savoir plus auprès de Clémentine Bouvier, lors de la dernière Foire du Livre de Bruxelles.

© Erkol/Bouvier chez Dupuis

Bonjour Clémentine, c’est la première fois que nous vous rencontrons. Il paraît qu’avant de faire de la BD, vous vous destiniez à un tout autre métier, l’archéologie ?

En effet, j’ai une licence en archéologie. Mais je n’irai pas jusqu’à me prétendre archéologue. En fait, j’ai toujours dessiné et j’ai décroché mon premier contrat d’illustration en plein pendant mes études. J’ai donc fait les deux parallèlement. L’archéologie étant ce qu’elle est, j’ai vite compris, me connaissant que ça allait être compliqué pour continuer dans ce domaine, même si c’est tout à fait possible. Vu que j’avais déjà un travail et un pied dans l’illustration, j’ai continué comme ça. C’est après que la BD m’est tombée dessus.

J’ai donc commencé dans l’illustration avec de nombreux livres scolaires, édités en Australie notamment.

Ah bon?

En fait, j’illustrais notamment des livres scolaires de français pour les Australiens.

Puis la BD s’est invitée aux Éditions Clair de Lune, c’est ça ?

J’ai fait une série de trois tomes, Je suis ton secret. Sur scénario d’Isabel et Marc Catin. Ça a commencé comme ça. On m’a contactée, j’ai dit oui.

Et vous voilà aujourd’hui dans les pages du magazine Spirou.

Une énorme marche de grimpée! Pour le meilleur, j’espère. Je n’étais malheureusement pas lectrice du Journal de Spirou, quand j’étais petite. Je le connaissais évidemment. Par contre, mes parents avaient une bonne quantité de tomes d’Astérix. Et, moi-même, quand j’ai commencé à vouloir mes propres collections, j’ai commencé par Boule et Bill.

Je me suis laissé dire que quand on reçoit un scénario comme celui de Pym, il y a plein de surprises pour la première lectrice que vous étiez.

Tout à fait, avant de dessiner l’histoire, j’étais une lectrice comme vous. Je découvre au fur et à mesure l’univers. En fait, je pense même que de toute l’équipe éditoriale, je suis la dernière à découvrir l’histoire. Je pense que mon éditeur la connaît avant moi. Et ça me va très bien comme ça. J’adore cet effet de surprise.

En réalité, le scénariste m’envoie le découpage et je découvre l’histoire sur cette base. Je n’ai même pas eu un petit synopsis d’abord.

C’est en tout cas un premier tome plein de surprises parce qu’il joue des apparences et de ce qu’elles révèlent derrière.

Exactement. La découverte des personnages, leurs secrets, la mise en place de secrets.

© Erkol/Bouvier chez Dupuis

C’est un monde un peu décalé dans lequel on embarque, face à des animaux qui parlent. Mais à côté de ça, ils ne sont pas tout à fait normaux puisque le cheval se tient sur ses deux pattes.

Il est incapable d’être sur ses quatre pattes. Le hibou est incapable de voler. Mine de rien, dessiner un cheval qui se tient sur ses deux pattes, c’est galère. Un enfer. Déjà les chevaux en général… Et le fait de le faire se tenir debout, ça demande tout un travail d’anatomie. D’autant plus que j’ai cette fâcheuse tendance à vouloir faire les choses bien.

© Erkol/Bouvier chez Dupuis

Il m’a fallu contrôler les articulations pour que tout soit dans le bon sens, dans le bon angle. Qu’on ne se retrouve pas avec un cheval avec des bras au lieu de jambes. Il a aussi fallu l’habiller, gérer le pli des vêtements en fonction de ces membres bizarres qui ne se tiennent pas comme il faut. Bref, ce fut très compliqué.

Recherches de personnages © Bouvier
Personnages finaux © Bouvier

C’est un peu spécial effectivement, mais vous vous en êtes bien sortie. J’ai pensé directement au monde de l’animation, aux dessins animés de Don Bluth et Gary Goldman.

À la toute base, avant même mes études d’archéologie, j’ai fait plusieurs fois le concours de l’école des Gobelins. C’est ce vers quoi j’aurais aimé tendre: le storyboard, les croquis. J’adore les croquis. Donc oui, l’animation, les Disney, je les connais tous par cœur. Les Don Bluth, je ne les ai pas tous vus. Mais c’est quelque chose qui me tient à cœur: cette animation, ce trait de crayon, ce truc palpable, ce dessin qui prend vie. C’est une grosse inspiration. Évidemment, je pense qu’on ne peut pas rater le fait que Ned le hibou ressemble à Archimède dans Merlin l’enchanteur. C’est immanquable.

Le work in progress d’une planche © Erkol/Bouvier chez Dupuis

Alors, comment fait-on de l’animation en BD, en phase arrêtée finalement ?

C’est compliqué de rendre le mouvement en phase arrêtée, évidemment. En numérique, on a la chance de pouvoir mettre un peu de flou quand ça nous aide. Sinon, tout se fait à base de petits traits, de mouvements, d’attitudes, d’expressions ultra exagérées pour réussir à rendre tout ça.

© Erkol/Bouvier chez Dupuis

Pym, c’est finalement un conte de fées inversé… qui commencerait quand les personnages sont dans le dur, perdus dans une forêt dont ils ne vont pas sortir de sitôt.

Oui, ça casse un peu les codes.

Comment avez-vous dessiné cette forêt, cet enfermement ?

Dans ma tête, et Fuat, le scénariste, n’a jamais été à l’inverse de ce que je dessinais, j’imaginais quelque chose de très clos. Ça s’appelle la forêt éternelle. Il y a juste des petits points de civilisation dans cette immense masse végétale. J’imaginais vraiment quelque chose d’étouffant, de très clos. Pas beaucoup de lumière à partir du moment où on passait dans les arbres. J’imaginais une ambiance très sombre, ce qui est très compliqué à rendre numériquement et en dessin. Sans tomber dans quelque chose d’illisible en tout cas. Il me fallait un savant mélange de lumière de fond à travers les troncs et en même temps un plafond de feuillage qui nous tombe un peu sur la tête.

Le plan de la chaumière du duo de héros © Bouvier
La modélisation du décor © Bouvier
La modélisation du décor © Bouvier

On a parlé des animaux, mais il y a ces monstres, les hurleurs et les skims, c’est ça ?

Pour les hurleurs, j’avais une petite ligne de conduite. Fuat m’avait expliqué qu’il voyait des monstres s’inspirant un peu du visage du Cri, la fameuse tole de Munch. Donc j’avais déjà ce visage-là. Après, pour créer des créatures un peu rampantes, forcément je suis allée du côté de Gollum, du Seigneur des Anneaux. Une fois que j’avais ces bases-là, c’était un peu instinctif, ça s’est fait tout seul. C’était une créature très recroquevillée, des doigts osseux, la peau sur les os…

Le skims par contre, c’était beaucoup plus compliqué.

Je n’avais pas accès à beaucoup de détails, j’ai donc dû trouver la créativité nécessaire pour créer un personnage inexistant, créer quelque chose de toute pièce, sans beaucoup de détails. Je ne sais même pas si j’en suis parfaitement satisfaite.

© Erkol/Bouvier chez Dupuis

Il est très furtif.

En plus!

Le lecteur fait donc connaissance avec un héros qui vit avec sa grand-mère, on ne sait pas trop ce que sont devenus ses parents.

Je trouve que, finalement, il y a de quoi rendre attrayant ce premier tome, il y a de quoi inciter à attendre la suite, tout en donnant quand même pas mal de solutions à certains problèmes, à certains mystères.

Parlons un peu magie. Comment la représenter ?

Moi j’ai eu tout de suite cette idée de magie bleue. Je n’ai pas imaginé autre chose. Pour moi, ce n’était pas possible autrement. Une magie bleue, un peu nuageuse, parce qu’il fallait que ce soit visuel. Nous ne pouvions pas nous contenter d’une formule magique et « pouf, ça apparaît ». Tiens, soudainement, cette image m’apparaît en vous parlant: j’adore la Belle au Bois Dormant, c’est un de mes Disney préférés. J’ai eu cette image de la magie des fées avec les petites paillettes. Il y a de ça aussi.

Plus loin, c’est vrai qu’en traversant cette forêt éternelle, on pourrait imaginer qu’une Belle dort dans cette forêt touffue, ces ronces. Quant à la magie, elle n’est pas là ad vitam aeternam. Elle a un coût. Si on veut faire quelque chose de grands, on puise dans ses réserves.

C’est une magie à condition.

Je n’avais jamais lu ça avant. J’imagine qu’il doit y avoir des exemples ailleurs, mais je trouve que c’est assez inédit quand même.

En effet, elle a un coût. Il faut réfléchir comment utiliser cette magie. C’est intéressant.

Dans cet album, on traverse aussi toutes les saisons. Qu’est-ce qui a été facile pour toi dans cet album ?

Le hibou, très instinctif, puis Pym, le héros. Il ne m’est pas venu facilement parce qu’on a fait plusieurs recherches, j’ai eu plusieurs retours sur lui. Mais une fois que je l’avais, ça a roulé tout seul. Sa mamie, pareil. Les personnages, en général, sont assez faciles. Mais, la forêt, définitivement pas. (rires)

© Erkol/Bouvier chez Dupuis
© Erkol/Bouvier chez Dupuis

Que peut-on dire sur le deuxième album ?

Vous avez les 3 ou 4 premières pages, je crois, en guise de teaser dans la fin du tome 1. Mais qu’est-ce que je peux vous dire ?

Il y a encore plein de surprises ?

Oui, il y aura des nouveaux personnages très intéressants, des énormes surprises. Même moi, je me suis dit, c’est impossible! Que vous dire de plus sans vous spoiler ? Réponses au début de l’année prochaine.

Nous réalisons cette interview à la Foire du Livre de Bruxelles. Quel est votre rapport aux dédicaces?

Alors, là, on n’a pas le choix, ce n’est pas du numérique. On ne peut pas faire contrôle Z, on ne peut pas effacer et recommencer. C’est un bon exercice, ça nous rappelle aussi que le numérique c’est un peu facile finalement, avec tous ses outils à disposition.

Je peux vous en demander une? Merci Clémentine, hâte de voir où nous conduira toute cette magie, après le twist assez déboussolant présent dans ce premier tome.

Le tome 1, La nuit des Hurleurs, de Pym et la forêt éternelle est à lire chez Dupuis, en voici la preview: 

© Erkol/Bouvier chez Dupuis
© Erkol/Bouvier chez Dupuis
© Erkol/Bouvier chez Dupuis
© Erkol/Bouvier chez Dupuis
© Erkol/Bouvier chez Dupuis
© Erkol/Bouvier chez Dupuis
© Erkol/Bouvier chez Dupuis
© Erkol/Bouvier chez Dupuis
© Erkol/Bouvier chez Dupuis
© Erkol/Bouvier chez Dupuis
© Erkol/Bouvier chez Dupuis
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